Dépression post partum : une fatalité ?

Mis à jour le 10 juillet 2024 par Alexandra Vidic
Dépression post partum : une fatalité ?© Unsplash

Une grossesse désirée est porteuse d’un grand bonheur et marque le début d’une aventure bouleversante. Mais on en sous-estime souvent l’impact de la naissance sur soi et son couple. Fatigue, stress, solitude, perte de repères peuvent insidieusement mener à une dépression l’année suivant la naissance. Une femme sur cinq est concernée ainsi qu’un homme sur dix. Le Luxembourg dispose heureusement de moyens de préventions et de solution efficaces pour aider les parents concernés. 

Dépression post partum : des causes très variées

Nathalie Marbehant, sage-femme exerçant en libéral et en maternité au Luxembourg, nous rappelle que l’arrivée d’un bébé appuie sur des points sensibles, réveille des histoires familiales, des parcours difficiles (FIV, fausses couche, contexte de burn-out professionnel, de précarité qui augmentent les risques de dépression. De retour à la maison, la maman se retrouve souvent rapidement seule avec son bébé, fatiguée, démunie, isolée. Elle peut alors se sentir oppressée, prisonnière de cette nouvelle vie, incapable de faire face au sentiment de tristesse et de mal-être qui grandit en elle allant jusqu’à la difficulté d’établir un lien avec son bébé, un sentiment de rejet, des idées noires envers soi et son enfant. L’accouchement et la maternité, souvent idéalisés, sont alors mal vécus dans les faits : 

« Je rêvais d’un accouchement naturel dans l’eau, j’avais en tête les étapes que j’allais vivre dans un ordre précis. Mais rien ne s’est passé comme prévu » nous confie Chiara, une maman du Luxembourg victime de dépression post partum. Un travail extrêmement long, une détresse fœtale l’ont mené à une césarienne d’urgence. « J’étais tellement épuisée après trois jours sans sommeil que je n’ai ressenti aucune émotion à la naissance. J’ai beaucoup culpabilisé. J’avais le sentiment de ne pas avoir vécu un vrai accouchement, de ne pas réussir à m’occuper de mon bébé ».

« Une femme sur cinq est concernée »

Se préparer au plus tôt au changement de vie

«Nous observons que beaucoup de femmes continuent de travailler intensément durant leur grossesse et ne prennent pas conscience qu’elles doivent ralentir le rythme, prendre soin d’elles en établissant une routine simple: bien dormir, manger sainement, faire du sport, se recentrer sur elles» nous alerte Nathalie Marbehant. « Les bébés ressentent beaucoup de choses à intérieur, notamment le stress. Il est important de le diminuer dès que possible» rappelle Nathalie Hermann.

Il est également important de se faire confiance, de suivre son instinct tandis que pèsent des attentes sociales et familiales sur la future maman. C’est parfois l’occasion de poser des limites à son entourage. « L’arrivée au monde d’un enfant est comme une maison en construction. Les fondations sont les mêmes pour toutes mais on y vit et on la décore comme on le souhaite ». Une métaphore très parlante partagée par la sage-femme.

Libérer la parole rapidement pour éloigner le risque de dépression

Martine BLASIUS, pédagogue au sein de l’association Liewensufank insiste sur la distinction entre Baby Blues et dépression. « Le baby blues est d’origine hormonale et ne dure que quelques jours. La dépression quant à elle s’inscrit dans la durée. « Pourquoi est-ce que je n’y arrive pas ? Pourquoi est-ce que mon corps ne veut pas ? Pourquoi je me sens si mal alors que je suis censée vivre le plus grand des bonheurs ? »

Bien que le sujet reste tabou, il est nécessaire de libérer la parole dès les premières angoisses, de ne pas rester isolée afin de maximiser ses chances d’aller mieux au plus vite. De nombreuses initiatives viennent en aide aux parents :

  • L’association Liewensufank propose de nombreux services de soutien et d’accompagnement (équipe de femmes mais aussi d’hommes)
  • Le service BabyPlus, soutenu par de nombreuses communes luxembourgeoises, propose la visite gratuite de consultantes spécialisées à domicile avant et après la naissance. 
  • La Baby Hotline (36 05 98), gratuite et anonyme, offre une écoute empathique et sans jugement dans plusieurs langues. Si nécessaire, s’ensuit la mise en place d’une aide adaptée (soutien psychologique, médical…). Joignable également par email : [email protected].
  • Des groupes de paroles destinés aux parents pour échanger autour de difficultés
  • Les hôpitaux Robert Schuman (Cours de préparation et d’après naissance, Cours de sport pour femmes enceinte, Thérapies complémentaires).
  • Toute femme enceinte au Luxembourg a droit au suivi par une sage-femme avant et après l’accouchement.

« Le baby blues est d’origine hormonale et ne dure que quelques jours. La dépression quant à elle s’inscrit dans la durée. »

Dépression post partum : l’opportunité d’un travail sur soi ?

La dépression post natale peut être révélatrice d’une situation antérieure non réglée. Le mal-être provoque une prise de conscience, l’urgence d’un travail sur soi, la remise en perspective de ses choix de vie et priorités. La dépression devient alors l’occasion de remettre les choses à plat et de prendre des décisions parfois radicales pour son bien-être et celui de sa famille (démission, déménagement, rééquilibrage de la charge mentale au sein du couple). Comprendre ses aspirations profondes, repenser ses priorités devient en effet une nécessité. L’horizon s’éclaire petit à petit, le soleil réapparait et met en lumière un nouveau champ des possibles : celui d’une maternité bien vécue, d’une vie apaisée et du bonheur familial que l’on avait tant espéré.