Le tournoi de Wimbledon se déroule actuellement à Londres, jusqu’au 12 juillet. L’occasion de remonter le temps à travers les tenues iconiques des joueuses de tennis qui ont fait bouger les lignes, de Naomi Osaka à Wimbledon jusqu’à Suzanne Lenglen dans les années 1920. Une histoire de l’émancipation des femmes dans le tennis de haut niveau.

Ses entrées sur le court sont toujours particulièrement attendues. Il y a quelques semaines, Naomi Osaka brillait de mille feux sur la terre battue de Roland-Garros dans une robe dorée et scintillante, ornée de perles et sequins, désignée par Kevin Germanier en collaboration avec Nike. Comme en début d’année à l’Open d’Australie, avec cette création incroyable inspirée d’une méduse, coiffée d’un immense chapeau à larges bords et d’un voile, imaginée par Robert Wun avec Nike. Ses looks spectaculaires sont devenus la marque de fabrique de la Japonaise, actuellement 14ème mondiale.

Ces derniers jours, sur le gazon londonien, la détentrice de quatre titres du Grand Chelem s’est présentée dans une création signée de la styliste Hana Yagi, qui a utilisé des matières recyclées à partir de kimonos vintage et d’une robe de mariage traditionnelle. Si ses apparitions sont très commentées et ont parfois tendance à agacer ses adversaires, l’effet recherché est avant tout symbolique. « J’aime utiliser la mode comme un moyen de raconter des histoires. Chaque entrée sur le court est une occasion d’emmener les gens dans mon univers créatif », confiait-elle récemment au British Vogue. On peut également y voir une quête d’affirmation et de confiance en soi, Naomi Osaka étant l’une des premières joueuses de tennis de haut niveau à évoquer publiquement des problèmes de santé mentale en 2021.

Une génération engagée

Le lien entre la mode et les stars du tennis féminin ne date pas d’aujourd’hui. C’est même un long chemin d’émancipation des femmes que racontent ces tenues iconiques. Avant Naomi Osaka, les sœurs Williams ont cassé les codes vestimentaires dès les années 2000. Notamment Serena, lauréate de 23 trophées en Grand Chelem en simple. La star américaine, qui vient d’effectuer un timide retour à 44 ans sur le circuit (elle a été éliminée dès le premier tour de Wimbledon, NDLR) après sa retraite en 2022, a fait bouger les lignes. Avec Venus, elles ont ouvert la voie à une génération engagée pour obtenir certaines avancées notables, dont la question des dotations financières lors des tournois majeurs.

Mais également concernant les règles relatives aux normes vestimentaires. Elles ont ardemment bataillé pour assouplir des injonctions très contraignantes, précisément à Wimbledon, qui avait rendu obligatoire le port du blanc de la tête aux pieds à la fin des années 1960. Venus Williams en avait d’ailleurs fait les frais en 2009, sommée de changer de soutien-gorge durant une rencontre car ses bretelles roses étaient trop visibles. D’autres championnes se sont emparées du sujet, dont la légende Billie Jean King, et ont réussi à faire plier l’organisation britannique du tournoi en 2022. Justement afin de pouvoir porter des sous-vêtements colorés, diminuant considérablement le stress d’avoir à gérer les menstruations durant un match.

Reste que les tenues de Serena Williams, qui a lancé plusieurs lignes de vêtements et bijoux, ont souvent été jugées fantasques. Comme cette combinaison Nike noire intégrale en 2018 à Roland-Garros. Une « catsuit » lui donnant une allure de super-héroïne, qui permet surtout d’améliorer la circulation sanguine. Mère d’une petite fille depuis quelques mois, elle peine alors à retrouver toutes ses capacités athlétiques. Sur les réseaux sociaux, elle explique s’adresser « à toutes les mamans dont la reprise est difficile après leur grossesse ». Certains commentateurs se fendent néanmoins de propos sexistes et racistes. Les sœurs prodiges reviennent sur ces épisodes de leur parcours dans le documentaire Venus & Serena. Ces icônes que l’Amérique ne voulait pas voir (disponibles sur différentes plateformes de streaming).

De Suzanne Lenglen à Serena Williams : des pionnières décriées de la mode tennis

On peut remonter bien plus loin dans le temps, au début du XXème siècle. Le tennis, bien que populaire, reste réservé à la bourgeoisie. Les femmes sont vêtues de robes très longues aux étoffes trop lourdes. Sans compter les corsets qui entravent inévitablement les mouvements. Dans les années 1920, la Française Suzanne Lenglen, six fois victorieuse de Wimbledon, révolutionne la pratique : avec Jean Patou, elle fait raccourcir les jupes jusqu’aux genoux et libère les épaules. Abandonne par ailleurs le tissu sergé, peu confortable, pour de la soie plissée. De quoi scandaliser l’élite de l’époque, craignant « une masculinisation des femmes qui nuit à l’équilibre social », comme le rappelle l’animation Tennis : le sport et l’étiquette. En 1967, une autre Française, Françoise Dürr, suscite la colère des organisateurs de… Wimbledon avec un dos nu conçu par Tinling. Citons encore Martina Navratilova, qui a tenté d’imposer le short dans les années 1990, toutefois sans succès. Il a ainsi fallu plus d’un siècle pour que la mode fasse évoluer le tennis. Grâce à la détermination de ces championnes qui, au-delà de se battre pour remporter des titres, ont à cœur de faire respecter les libertés fondamentales de toutes les femmes.