Avec l’exposition Identities: When Fashion Meets Photography, présentée jusqu’au 31 mai au Château de Bourglinster, les artistes Tom Watson, Tetiana Popyk et Lynn Theisen interrogent la manière dont la photographie façonne les identités. Figure de la photographie de mode depuis plusieurs décennies, Tom Watson revient, pour ELLE Luxembourg, sur l’évolution d’un milieu longtemps dominé par le male gaze et sur la manière dont son propre regard s’est transformé au fil du temps.
Avec plus de quarante ans de carrière, Tom Watson a photographié pour ELLE, Vanity Fair, Glamour ou Harper’s Bazaar et signé des campagnes pour Cerruti, Canon, Club Med ou Trussardi. Exposé notamment au Musée des Arts Décoratifs du Louvre à Paris, le photographe américain est connu pour ses images sophistiquées construites autour d’un équilibre entre élégance et spontanéité.
Dans les salles du château, les images dialoguent à la faveur de leurs différences. Les photographies ultra léchées de Tom Watson croisent les compositions silencieuses en noir et blanc de Tetiana Popyk et les univers colorés de Lynn Theisen. L’exposition, imaginée par la curatrice Emanuela Mazzonis et produite par VF Art Projects, s’intéresse moins à la mode comme industrie qu’à la manière dont les images participent à fabriquer des identités, des récits et des projections.
Chez Tom Watson, cette réflexion passe forcément par plusieurs décennies de photographie de mode vécues de l’intérieur. « Quand j’ai commencé, la photographie de mode était souvent construite autour d’une forme de perfection », explique-t-il. « Une beauté idéalisée, des images très contrôlées, une certaine distance ». Une époque où les femmes étaient aussi largement photographiées à travers une perspective masculine très marquée. « Elles devaient souvent incarner une forme idéalisée de beauté ou de désir », résume-t-il désormais.
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D’un idéal figé à une recherche de présence
Si Tom Watson a travaillé dans un milieu longtemps structuré par un regard masculin très codifié, le photographe américain constate toutefois une évolution profonde du regard porté sur les corps et les représentations. « À présent, il existe une conscience beaucoup plus forte autour de la représentation, de l’identité et de la question de savoir qui regarde qui ». Les images de mode restent omniprésentes, mais les attentes ont changé. « Les jeunes générations réagissent immédiatement à l’authenticité. Elles sont entourées d’images et sentent très vite quand quelque chose paraît artificiel ».
Une recherche d’authenticité qui traverse aussi son propre travail, car, depuis l’âge de six ans, Tom Watson ne voit que d’un œil. Une particularité qui a progressivement influencé sa manière de cadrer, tout comme celle de penser, de construire ses photographies. « Avec le temps, j’ai compris que cette vision monoculaire façonnait ma manière de regarder le monde, presque comme une caméra elle-même, en me faisant me concentrer instinctivement sur la lumière, la composition et la présence émotionnelle ». Ce qui ressemblait autrefois à une contrainte est désormais a pris une importance considérable dans son langage visuel.
Dans la série « Roadside Attraction », présentée dans l’exposition, cette approche apparaît de manière très concrète. Réalisées en 2001 à Almeria, en Espagne, les images sont nées d’un arrêt improvisé devant un ancien décor abandonné de parc d’attractions : Tom Watson, son modèle et son équipe escaladent une clôture et passent la journée à photographier cet espace totalement déserté. Le décor accidentel, voire irréel, devient alors un terrain de jeu visuel au cœur duquel la mode perd son caractère figé pour gagner en spontanéité.
Trois photographes, trois façons de construire l’identité
Face à Tom Watson, Tetiana Popyk travaille le noir et blanc comme une matière mouvante et sensible. Basée au Luxembourg, Tetiana Popyk, également connue sous le nom de Tanita, développe une photographie située entre mode, image conceptuelle et direction artistique. Son travail a notamment été publié dans Vogue, L’Officiel ou Harper’s Bazaar, tandis qu’elle collabore à présent régulièrement avec ELLE Luxembourg. Dans sa série « Grammar of Gesture », les gestes, les fragments de corps et les interruptions de l’image déplacent constamment la perception.
Lynn Theisen, photographe luxembourgeoise-thaïlandaise formée à Berlin, explore quant à elle les notions d’idéal de beauté et d’identité culturelle à travers des images très narratives nourries par le voyage et les références interculturelles. Trois générations, trois écritures visuelles différentes, réunies autour d’une même question : ce que les images produisent encore aujourd’hui sur notre manière de regarder les autres et de nous regarder nous-mêmes.
Identities: When Fashion Meets Photography, à voir jusqu’au 31 mai au Château de Bourlingster
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