ELLE Luxembourg organisait la première édition du ELLE Summit en novembre dernier, avec le soutien de Porsche.

Une après-midi entière consacrée à la performance, non pas comme une injonction, mais comme une question. La salle réunissait des femmes venues d’horizons très différents, cadres, entrepreneures, sportives, indépendantes, dirigeantes, toutes confrontées, chacune à sa manière, à la question de ce que signifie encore « performer » aujourd’hui.

La journée s’est ouverte par une plénière entre Marie-Adélaïde Leclercq-Olhagaray, directrice de publication de ELLE Luxembourg, et Anne Ghesquière, fondatrice du podcast Métamorphose, aux 100 millions d’écoutes. Dès cet échange, la performance a été replacée dans une lecture qui dépasse largement le monde du travail. Anne Ghesquière est arrivée avec une conviction précise : « Notre rapport à la performance ne peut pas être dissocié du corps, et en particulier du fonctionnement du cerveau féminin, étroitement lié à nos fluctuations hormonales », expliquait-elle. Elle interrogeait aussi la possibilité même d’en parler : « Comment créer des espaces où ces sujets, encore largement tabous, puissent enfin être nommés sans honte ni disqualification » ?

La performance à l’épreuve du corps féminin

Cette grille de lecture a donné le ton. Les travaux en neurosciences qu’elle évoque, notamment ceux de Lisa Mosconi, montrent que l’approche de la ménopause peut affecter la sphère cérébrale, avec de l’anxiété, du brouillard mental, des variations de l’attention, souvent sept ou huit ans avant l’arrêt des règles. Dans ce contexte, continuer à appliquer des critères de performance constants et linéaires demeure, selon elle, profondément inadapté.

« On doute de soi, on se compare à un “avant” », résume Anne Ghesquière. Alors que le corps est simplement en train de changer de régime.

Après cette ouverture, l’après-midi s’est structurée autour de deux grandes sessions d’ateliers, entrecoupées de pauses et de temps d’échange. La diversité des intervenantes a fait la singularité de cette première édition.

Sur le plan professionnel et économique, Marina Andrieu a travaillé sur les croyances liées à l’argent, Stéphanie Baldinucci sur la gestion patrimoniale comme reflet des trajectoires de vie, Gwladys Costant sur la performance et le plaisir, et Verena Landgraf-Freudenreich sur la performance en marketing automobile, croisant émotion, données et stratégie. Pour cette dernière, « l’émotion crée la proximité, les faits apportent la crédibilité et les données permettent de prendre des décisions éclairées ». Les ateliers autour de la data et de l’intelligence artificielle, animés notamment par Florence Sardas, ont également suscité de nombreux échanges, plusieurs participantes soulignant « la clarté » et « le côté très accessible » de ces interventions.

Du côté de l’intime et du relationnel, Laura Hendricks, sexologue clinicienne, a ouvert un espace rare autour des injonctions à la perfection dans le couple, la sexualité et la vie affective. « La pression à la performance ne s’arrête pas au monde professionnel, elle traverse aussi nos relations, notre intimité, et notre rapport à nous-mêmes », rappelle-t-elle. Elle décrit un climat d’écoute et de parole inhabituel : « Les participantes ont osé poser des questions, parfois même personnelles, et beaucoup avaient envie de prolonger les échanges ».

De même, la performance a aussi été abordée par le corps. Jeanne Lehair, championne d’Europe de triathlon et athlète olympique, est venue parler de sport de haut niveau. Mais elle a aussi évoqué des fragilités, des phases de doute et de la nécessité de tenir dans la durée. L’émotion dont elle a fait preuve lors de son témoignage, évoquant un passage difficile de sa carrière, a, d’ailleurs, marqué la salle. Mireille Tritz-Kayser a, quant à elle, proposé un temps de cohérence cardiaque. « L’union corps-esprit est le meilleur allié de la performance », rappelle-t-elle.

Un véritable moment d’échange et de sororité

Entre les ateliers, les pauses ont joué un rôle clé. De nombreuses participantes racontent être venues seules et être reparties avec des contacts, des idées, un sentiment de soutien. « On sent qu’il y a vraiment un soutien de femme à femme », notait l’une d’elles. Une autre évoque l’« empowerment féminin » et ce « petit boost de confiance en soi ». Ces échanges informels ont prolongé les discussions entamées en atelier et donné une dimension collective à la journée.

Anne Ghesquière en a été l’un des témoins privilégiés. « De nombreuses femmes sont venues se confier à moi, parfois avec beaucoup d’émotion, sur leurs changements de vie, leur envie d’évolution, mais aussi sur ce qu’elles traversent aujourd’hui dans leur corps et dans leur tête », explique-t-elle. Beaucoup évoquaient « ce sentiment de ne plus se reconnaître comme avant », sans toujours comprendre ce qui leur arrivait.

Enfin, la journée s’est conclue par une conversation entre Isabelle Rauch, députée de la Moselle, et Elisabeth Margue, ministre de la Justice au Luxembourg. Deux trajectoires, deux générations, deux manières d’exercer le pouvoir. Cette séquence a replacé la performance dans un cadre plus large, celui du collectif, en rappelant que les trajectoires individuelles des femmes s’inscrivent toujours dans des cadres politiques, sociaux et économiques qui conditionnent concrètement leur capacité à tenir, à durer et à évoluer.

Ce que le ELLE Summit a mis en mouvement

Finalement, ce que cette édition inaugurale du ELLE Summit a rendu visible, c’est une convergence. Que l’on parle de carrière, de relations, de marketing, de sport ou de santé, la performance n’est plus pensée comme un dépassement permanent, mais comme un travail d’équilibre.

Pour Anne Ghesquière, « en nommant ces réalités biologiques et cognitives, on redonne aux femmes des clés de compréhension, mais aussi de la légitimité ». Et c’est peut-être cela que beaucoup retiennent aujourd’hui. La possibilité d’aborder 2026 avec une performance plus consciente, plus ajustée, et donc plus durable.

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