Conçue par un ancien danseur étoile, la pratique de la méthode Munz, ou « Munz Floor », fait de plus en plus d’adeptes. Le concept ? Des mouvements ultra-lents qui sollicitent nos fascias et auraient de puissants effets régénérants sur le corps et la peau.

Depuis le début des années 2000, l’ancien petit rat de l’opéra de Paris et ex-danseur étoile de l’opéra de Berlin Alexandre Munz élabore, seul dans son coin, des enchaînements de mouvements qui ne ressemblent à aucun autre. Pratiqués exclusivement en position allongée, très lents et à la précision millimétrée, ces derniers sollicitent les chaînes musculaires croisées et la colonne vertébrale. Objectif : enrayer les douleurs dues à des hernies discales que le danseur refuse, malgré plusieurs avis médicaux, d’opérer. Quelque temps plus tard, son travail porte ses fruits. Ses maux de dos ont disparu sans intervention chirurgicale et la qualité de sa peau, son sommeil et son bien-être général se sont améliorés de manière flagrante. Alors il décide de transmettre sa pratique.

Le succès est tel que des athlètes de Roland-Garros, de la fédération française de natation synchronisée ou encore les danseurs du célèbre Ballet Preljocaj s’initient à sa méthode, appelée Munz Floor. Aujourd’hui, de Los Angeles à Paris, en passant par Toronto, les cours se multiplient et rassemblent de plus en plus d’aficionados. Au-delà de ses effets sur l’élasticité des muscles et la mobilité des articulations, la discipline aurait en effet un impact remarquable sur les fascias, le système lymphatique et nerveux, l’immunité, mais également la capacité d’autorégénération de l’organisme.

Une pratique à rebours des tendances

Alors que partout dans le monde le running, le spinning (vélo rapide en salle), le Crossfit (musculation intense) ou l’Hyrox (enchaînement d’activités cardio à haute intensité) explosent, la méthode Munz, elle, fait la part belle à la lenteur, voire à l’extrême lenteur. « Ce que je propose, c’est de ralentir, de se mouvoir le plus lentement possible. On peut dire que c’est carrément antinomique avec le XXIe siècle », s’amuse Alexandre Munz.

Et il suffit de tester une séance pour comprendre à quel point ce que le danseur propose va plus loin que de simples mouvements. À mi-chemin entre le Feldenkrais (entraînement très doux qui assouplit la colonne vertébrale, créé au milieu du XXe siècle par un contemporain de Joseph Pilates), le Gyrotonic (mix de gym douce, tai-chi et yoga) et le traitement ostéopathique, le Munz Floor surprend d’abord, plonge dans une méditation active dès les premières minutes, et laisse ensuite dans une béatitude grisante pour de longues heures.

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En position allongée du début à la fin, soit pendant une heure environ, on est exclusivement guidé par la voix du professeur, qui en abaisse volontairement la tonalité et le débit, afin de plonger le pratiquant dans un bain d’ondes alpha, connues pour leur pouvoir relaxant. Avec une lenteur poussée à l’extrême, on fait rouler une partie du corps à l’opposé de l’autre, on crée des flux et reflux inverses, on s’enroule sur soi, sans jamais forcer ni ressentir de douleur.

L’idée ? Créer de l’espace entre les vertèbres et les décompresser, éloigner la tête du bassin, ressentir la gravité, découvrir un rythme de déplacement que le corps n’a encore jamais expérimenté. Le tout avec fluidité, sans miroir, les yeux mi-clos et la langue en suspens.

« C’est comme pour détendre les muscles durant un massage du visage, il faut y aller lentement mais profondément, pour éviter les contractions phasiques qui figent les fascias », précise Alexandre. Car ces derniers, découverts par la science il y a à peine quelques années et encore méconnus du grand public comme des athlètes, renferment des pouvoirs insoupçonnés.

La révolution du système fascial

Sans le savoir au départ, ce sont ces fascias, tissu conjonctif qui recouvre les muscles, que la méthode Munz sollicite tout particulièrement. Ce n’est qu’en 2018 que le danseur finit enfin par comprendre le processus physiologique qui se cache derrière ses mouvements.

Jusque-là, les chercheurs et médecins avaient certes connaissance des fascias, mais pas de leur fonction. Or, après onze ans de recherche, la communauté scientifique internationale annonce officiellement à la Harvard University que les fascias sont un organe à part entière, le 80e dénombré dans le corps en réalité.

Ce n’est pas tout : les chercheurs découvrent que sous l’impulsion de certains types de mouvements lents, à l’instar de ceux conçus par Munz, le système fascial génère un renouvellement cellulaire, une autoproduction de collagène, d’acide hyaluronique, d’élastine et de protéoglycanes, c’est-à-dire un complexe de protéines et de glucides à forte capacité de rétention d’eau, aux effets hydratants, anti-inflammatoires et anti-âge.

Au sein de la communauté scientifique, on parle carrément d’une découverte révolutionnaire. « On a compris que le système fascial, cette grande matrice aux allures de gel gélatineux et visqueux, représentait 30 à 40 % du poids du corps humain. C’est autour de la colonne vertébrale qu’il est en quantité la plus importante, mais il faut comprendre que l’on baigne littéralement dedans, puisqu’il se loge entre les fibres et s’immisce jusqu’aux cellules », précise Alexandre.

Pour mieux se figurer l’aspect de ce gel collant, le professeur Jean-Claude Guimberteau, un chirurgien, parvient à le filmer dans un documentaire passionnant, Promenade sous la peau (sur YouTube et Arte).

Aussi, tout s’éclaircit pour le danseur qui met en lumière en 2022 sa méthode et son impact sur les fascias dans un ouvrage qui devient rapidement un best-seller, Rajeunir de l’intérieur grâce à la révolution des fascias (éd. Eyrolles).

« À l’aide d’exercices circulaires en spirale que l’on appelle des mouvements réflexes, on active, on régule et on assure le bon fonctionnement du système fascial et la bonne communication des organes entre eux. À l’instar d’une tour de contrôle, les fascias sont un moteur qui gère l’ensemble des organes et plus ils sont souples et élastiques, moins il y a d’adhérences, de sécheresses et donc de scléroses », conclut Alexandre.

La prochaine étape dans cette découverte qui n’en est qu’à ses prémices ? De nombreux scientifiques étudient actuellement l’impact de ces scléroses sur l’apparition des cancers.

Le reconditionnement du corps

Cependant, ce n’est pas parce que la méthode entraîne un rajeunissement qu’elle ne serait pas indiquée pour les jeunes.

« Pratiquer 1 à 3 fois par semaine durant quelques minutes offre un reconditionnement qui optimise le corps et le régénère, ceci quel que soit l’âge », ajoute Alexandre.

Pour les danseurs, il a créé Munz Barre, une version du Munz Floor en position debout, davantage tournée vers l’esthétique, moins inclusive et qui comporte des basiques de la danse classique.

Selon le danseur, débutants comme athlètes perçoivent les effets dès la première séance. « D’emblée, on peut devenir addict et, au bout de quelques cours, on ressent un grand apaisement mental, un regain de confiance, un meilleur sommeil, un moral en hausse. Côté physique, on retrouve de l’élasticité musculaire, on progresse dans ses activités sportives, on récupère mieux et on prévient les blessures ».

Pour s’y mettre, on choisit les cours en ligne sur maisonmunz.com.

L’exercice à faire chez soi

Parfait pour se lancer, on le réalise au sol, sur un tapis, le plus lentement possible.

  1. Allongée sur le dos, les bras tendus en diagonale sur les côtés, paumes face au plafond, fléchissez vos jambes et collez les pieds. Posez le pied gauche en tailleur sur l’autre genou.
  2. Enroulez très lentement le bassin vers la droite.
  3. Allongez la jambe du dessus en l’alignant avec le genou qui est ouvert au sol, en gardant son pied légèrement décollé du sol. Le bassin s’enroule.
  4. Descendez la jambe que vous venez d’allonger et posez-la au sol. Le bassin se déroule.
  5. Rembobinez l’exercice : toujours dans une extrême lenteur, basculez de nouveau la jambe allongée au-dessus du genou plié.
  6. Cette jambe allongée, pliez-la et croisez-la en tailleur sur l’autre genou.
  7. En poussant le bras qui est côté jambes contre le sol, déroulez le bassin et revenez dans la position de départ.

Recommencez 3 fois du même côté, puis 4 fois de l’autre.

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