À une époque qui fait l’éloge de la surproductivité plutôt que de la paix, le yoga somatique s’impose comme l’antidote à la hausse du cortisol.

Entre les vidéos TikTok qui enchaînent les défis « 75 Hard », la biométrie qui traque obsessionnellement les pics de glycémie et les innombrables astuces de « supplement stacking », l’appétit collectif pour l’optimisation de notre bien-être ne semble jamais faiblir. Pourtant, sous cette course à l’auto-optimisation, une révolution silencieuse est à l’œuvre : ralentir pour réguler son système nerveux, se concentrer sur une seule tâche à la fois, et faire passer l’indicateur ultime de santé de la forme au ressenti.

C’est ce qui explique l’entrée du mot « somatique » dans le lexique du bien-être. Alors que de plus en plus de recherches établissent un lien entre la vie moderne et le stress chronique, le yoga somatique est présenté comme l’antidote à cette culture insidieuse du « toujours plus », qui ne valorisait autrefois que la surproductivité et le bien-être axé sur la performance.

« Nous vivons dans un monde qui va incroyablement vite. Je pense que les gens sont en quête de pratiques qui les aident à ralentir, à réguler leur système nerveux et à se reconnecter à eux-mêmes. Le yoga somatique offre cette pause, cette possibilité d’écouter plutôt que de pousser », confirme Anabella Landa, professeure de yoga pour Alo, connue sur les réseaux sociaux sous le nom d’Annie Moves.

Qu’est-ce que le yoga somatique ?

Contrairement à d’autres pratiques centrées sur l’apparence du mouvement et des postures (pensez à la maîtrise du « Hundred » sur un reformer, ou à l’affinement d’une flexion arrière profonde en vinyasa), le yoga somatique s’intéresse avant tout à ce que l’on ressent de l’intérieur. On tourne son attention vers l’intérieur, on se concentre sur le retour sensoriel et l’observation interne, et l’on fait ainsi basculer le corps dans un état parasympathique (repos et digestion) qui contribue à faire baisser le taux de cortisol.

« Le yoga somatique, c’est bouger de l’intérieur vers l’extérieur, en étant à l’écoute du rythme de sa respiration, des sensations dans son corps et des changements subtils qui se produisent en mouvement », explique Landa, qui décrit sa discipline comme une pratique de la présence en mouvement. Pour elle, qui enseigne le yoga somatique à l’ALO Wellness Club dans le cadre de sa série Form Meets Flow, une séance se veut intuitive, consciente et ancrée.

C’est un constat que je partage. Si le yoga traditionnel m’aide moi aussi à me recentrer sur l’instant présent, j’y reste consciente de la nécessité de reproduire les postures avec précision. Le yoga somatique, lui, me semble bien plus personnel et intuitif : il me laisse l’espace pour explorer mon propre monde intérieur, et ses postures douces, ses mouvements lents et non linéaires, s’apparentent à une pratique presque méditative, plus encore qu’un yoga classique.

Lire aussi :Comment faire baisser son taux de cortisol (et pourquoi c’est important) ?

Quelle est la différence entre yoga somatique et vinyasa ?

« La principale différence tient à la concentration : je l’ai ressentie dans mon propre corps avant même de parvenir à l’expliquer », raconte Anabella Landa. « Le yoga somatique ajoute une dimension supplémentaire : il donne la priorité à la conscience interne. Les mouvements sont plus lents, plus exploratoires, et au lieu de se demander “est-ce que je fais ça correctement ?”, on commence à se demander “qu’est-ce que je ressens vraiment ?”. Ce glissement paraît simple, mais il change tout à la raison pour laquelle on est sur le tapis », précise-t-elle. Plutôt que des postures classiques, on travaille la respiration, les tremblements, les scans corporels et les séquences au sol.

Quels sont les bienfaits pour le corps et l’esprit ?

D’un point de vue plus physique, le yoga somatique « aide à relâcher les tensions physiques, à améliorer la mobilité articulaire et à favoriser la récupération, mais ses bienfaits dépassent largement le corps », explique Anabella. Ils commencent par le système nerveux, ce centre de commande du corps. « Grâce à des pratiques guidées par la respiration, le système nerveux entame son autorégulation, ce qui nous aide à sortir d’un état de stress. On bouge, on respire, et soudain le corps se souvient à nouveau de ce à quoi ressemble la sécurité », confie-t-elle. En signalant cette sécurité au cerveau à travers cette exploration interne et externe, le corps bascule du mode sympathique (combat-fuite) au mode parasympathique (repos-digestion). « Quand on apprend à écouter son corps, on trouve souvent plus d’équilibre dans tous les domaines de sa vie », ajoute Anabella Landa.

« Notre corps retient le stress et les émotions, souvent sans même que l’on s’en rende compte. Le yoga somatique aide à les libérer en combinant mouvement guidé par la respiration et conscience corporelle, ce qui peut activer le système nerveux parasympathique, l’état naturel de calme et de réparation du corps. Il en résulte souvent moins de tension, plus de fluidité, et un sentiment de présence accru », confirme Anabella.

Personnellement, le yoga somatique s’est révélé un véritable baume pour mon corps et mon esprit ces derniers mois – et mon sommeil s’est amélioré depuis que j’ai troqué les entraînements intensifs et brûle-calories contre cette pratique. En période de stress, mon réflexe est de pousser mes objectifs Strava ou de réserver un cours de spin supplémentaire ; pourtant, sujette à rester en mode combat-fuite bien plus longtemps que nécessaire, c’est en réalité l’inverse dont mon corps a besoin : sécurité, introspection, ralentissement.

Une pratique régulière m’a aussi appris à mieux décoder mes signaux internes et externes ; je perçois désormais plus clairement les moments où mon corps a réellement besoin de repos. Une mâchoire crispée, une nuque tendue : ces signaux m’indiquent qu’il est temps de faire le point, et un cours hebdomadaire de yoga somatique suffit à dissoudre instantanément la tension, physique comme mentale.

Je considère aujourd’hui le yoga somatique comme un complément essentiel à ma routine de bien-être. Les jours où je passe le plus clair de mon temps en pilote automatique, entre réunions, sans un instant pour me recentrer, l’entraînement somatique me permet simplement de demander à mon corps comment il se sent : je m’étire, je transpire, je respire ; et j’en ressors bien plus apaisée.

Article initialement paru sur ELLE UK

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