Au Palazzo Belmonte, face à la mer dans le sud de l’Italie, Datu Wellness imagine des retraites ayurvédiques où tout invite à ralentir. Pendant une semaine, entre soins, yoga, méditation et cuisine végétarienne, notre journaliste a tenté de déposer sa charge mentale et de retrouver le chemin vers elle-même.
Palazzo Belmonte, Santa Maria di Castellabate. Jardins luxuriants, plage privée, coucher de soleil quotidien sur la mer : un cadre idéal pour une parenthèse. Mais Datu Wellness y compose autre chose. Une semaine de retraite ayurvédique où la prise en charge est totale et la charge mentale, déposée à l’entrée. Chaque moment est anticipé et ajusté jour après jour pour me permettre de lâcher prise progressivement. Les thérapeutes, presque tous indiens, médecins, psychologues, masseurs, cuisiniers, déploient une expertise profonde et une attention rare. L’ayurveda, « science de la vie », tient ici sa promesse holistique : yoga, méditation, repas végétariens sourcés localement, conférences. Il m’aura quand même fallu deux jours pour lâcher mon mental. Et une phrase pour tout comprendre : « the only way out is the way in ». Quelques mois plus tard, l’effet persiste ; une nouvelle routine matinale, une attention accrue à mon alimentation, une autre façon de bouger mon corps, un sommeil apaisé. Cette semaine a été pour moi une exploration introspective insoupçonnée.
©Alexandra Oehl
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Quarante-cinq ans, Londonien aux racines plurielles, père d’origine suédoise élevé au Brésil, mère allemande, naissance à Bruxelles, neuf maisons avant ses dix-huit ans, Constantin Bjerke se définit comme « déraciné ». De la production média aux ashrams indiens, il a fondé Datu en réaction à une vie qui s’effondrait.
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Conversation avec Constantin Bjerke, fondateur de Datu

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Comment Datu est-il né ?
D’un parcours assez typique de Londonien, en réalité. J’avais ma société de production, je faisais tout ce qu’on est censé faire, bonnes écoles, bonnes entreprises, couple parfait, jusqu’au moment où ça ne tient plus. Le COVID a tout précipité : ma femme et moi nous sommes séparés, mon chien est mort, je me suis déchiré le ménisque. Une accumulation à laquelle je n’étais absolument pas équipé à faire face. Plutôt que de répondre à la difficulté, j’ai réagi : je me suis enfui en Afrique de l’Est, où j’ai sillonné 3 000 kilomètres en solitaire au cœur de la pandémie. Puis j’ai rencontré à Londres une jeune femme indienne, praticienne ayurvédique, qui a eu la sagesse de me dire que je n’étais pas prêt. Mon monde s’est écroulé. Je suis parti faire un panchakarma à Vaidya Grama, littéralement « la communauté des médecins » en sanskrit, un village ayurvédique de guérison. J’y ai passé deux ans cumulés en quatre ans et demi.
Et Datu est né de là ?
Absolument pas comme un projet business. Datu a émergé de mes propres traumas. Le déclic est venu en janvier 2023, quand Vana, l’un des grands centres de bien-être indiens, est devenu un Six Senses. Les thérapeutes que j’aimais m’ont dit qu’ils souhaitaient continuer à aider et à soigner leurs clients dans l’esprit de la tradition d’un lieu de bien-être, sans adopter les pratiques d’une chaîne hôtelière internationale. Ma peur de l’abandon a parlé : hors de question qu’ils disparaissent. Le producteur en moi a pris le relais : je leur ai proposé de venir en Europe. La plupart n’avait jamais quitté l’Inde. Ils ont accepté. C’est de cette peur très intime, et très égoïste, au fond, qu’est né Datu.
Le vrai luxe, désomrais, c’est l’humanité
Comment recréer en une semaine ce qui s’expérimente normalement sur trois ?
Votre question est très occidentale : « est-ce assez ? ». Parfois, une seule phrase change une vie. Nous ne sommes pas un monastère : nos hôtes veulent rentrer chez eux et y vivre mieux. J’ai voulu offrir une variété de modalités, psychologie, ostéopathie, yoga, médecine ayurvédique, pour que chacun trouve sa propre porte d’entrée. Certains enchaînent cinq sessions de psychologie parce qu’ils réalisent qu’ils ont besoin de parler. D’autres sont juste épuisés et ont besoin qu’on les mette au lit à neuf heures avec une bouillotte. Nous ne convainquons personne, nous créons des opportunités d’éclairage. La consultation peut paraître brève : trois minutes de pouls par nos médecins en disent davantage qu’une journée à l’hôpital.
©Alexandra Oehl
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Datu est itinérant. Où vous retrouver ?
Trois lieux en trois ans : en Toscane, à Goa, et ici, au Sud de Naples. L’Italie est notre base et l’Inde, notre retour à la source. Bientôt Eremito en Ombrie, une étape plus monastique et introspective. Avec un partenaire local, les Postcard Hotels, premier groupe boutique d’Inde, nous esquissons l’idée d’emmener nos hôtes au Ladakh, en Assam, au Bhoutan, pour qu’ils s’immergent dans la culture qui porte tout cela. Nous sommes une équipe de 25 personnes, sans hiérarchie figée.
Qu’est-ce qui guide votre approche ?
Trust and gentleness. C’est notre principe depuis le premier soir. Nous sommes à l’écoute de chacun. You are your guru. Personne ici ne vous dira ce que vous devez faire. Nous ne faisons que proposer, encourager. Vous participez, et si une chose ne vous sert pas, vous l’écartez. Nous n’avons pas vocation à justifier une autorité ni à imposer une légitimité. Mon père disait : l’appât doit être appétissant pour le poisson, pas pour le pêcheur.
Les doshas ont la côte en Europe. Vous résistez ?
Encore une habitude d’Occidentaux : tirer des conclusions définitives. « Je suis tel dosha, donc X. » Nous avons peur de l’incertitude et de l’impermanence, qui sont pourtant les fondements de la sagesse orientale. Demandez à nos médecins : ils vous répondront « qui s’en soucie ? ». Ce n’est pas un guide, c’est un confort psychologique. Et l’Occident est très doué pour transformer ce confort en produits : « vous êtes Vata, Pitta ou Kapha, achetez ce shampoing ». Ça ne nous intéresse pas.
Vous parlez d’alimentation comme d’une médecine.
C’est Hippocrate : let food be thy medicine, and medicine be thy food. Notre cheffe cuisinière Asia tient notre pharmacie. Le secret de la longévité que tout le monde tente de hacker à coups de compléments tient à très peu de choses : les gens qui vivent longtemps sont minces et mangent peu. Trois repas par jour, c’est une invention occidentale ; les yogis en font deux. Le sommeil, le mouvement, la joie et la communauté font le reste.
©Alexandra Oehl
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La leçon que vous retenez de la création de Datu ?
Never let a crisis go to waste. Et la définition même du luxe a changé. Dans les années 80, c’était l’ostentation ; dans les années 2000, l’expérience. Aujourd’hui, c’est la santé, devenue inaccessible à mesure que l’écart de richesse creuse un écart de santé. Mais le vrai luxe, désormais, c’est l’humanité. Dans un monde où chacun cherche à vous vendre quelque chose, être réellement pris en soin, simplement parce que vous le méritez, est devenu le bien le plus rare. Tout, à Datu, est intentionnel : il y a ce dont vous avez besoin, et rien dont vous n’avez pas besoin.
Où vous retrouver dans les prochains mois ?
Nos prochaines retraites sont en août et septembre à Goa, en Inde, comme un retour aux sources. Puis nous revenons en Italie en octobre et novembre, d’abord en Ombrie dans un lieu propice à la méditation, puis au Palazzo Belmonte qui domine la côte amalfitaine, où vous nous avez découverts.
Rencontre avec Asia Kostka, cheffe à Datu

©Alexandra Oehl
Née en Pologne, élevée aux États-Unis, formée à la psychologie puis à la nutrition et aux systèmes de santé traditionnels, Asia Kostka cuisine depuis l’enfance ses souvenirs du potager de sa grand-mère à Brooklyn. À Datu, sa cuisine s’écrit comme une ordonnance.
Comment définissez-vous la cuisine ayurvédique ?
Ce n’est pas une cuisine mais avant tout une philosophie : la nourriture peut être à la fois un aliment et un remède. L’ayurveda est local et universel, il nous invite à manger ce qui pousse autour de nous, en tenant compte des saisons, de notre constitution et des six rasas, les six saveurs (salé, sucré, acide, piquant, amer et astringent).
Trois gestes simples à rapporter chez soi ?
Consommer du ghee au quotidien, plus digeste que les graisses transformées ; le trempage des céréales et légumineuses la veille de la cuisson, pour mieux en assimiler les nutriments ; et les épices digestives (cumin, coriandre, fenouil, curcuma, gingembre) ajoutées au ghee chaud en début de cuisson. Mon garde-manger ayurvédique essentiel : petit épeautre, millet, tulsi, mung dal et asafoetida, des alliés discrets qui transforment une cuisine sans la complexifier. On trouve de plus en plus ces ingrédients en Europe heureusement.
Retrouvez deux recettes ayurvédiques d’Asia Kostka dans la dernière édition de ELLE Luxembourg.
Notre sélection d’épiceries indiennes au Luxembourg
- Dokaan : 122-126 Rte de Thionville, L-2610 Bouneweg-Süd, dokaan.lu
- Tandori Market : 219 Rue de Beggen, L-1221 Beggen, onlinestore.lu
- Indian Spices Bazaar : 2 Rue du Fort Wallis, L-2714 Luxembourg, indianspicesbazaar.lu
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