Les sérums capillaires à base d’exosomes destinés à stimuler la pousse des cheveux sont très en vogue en ce moment. Voici ce que les experts en pensent réellement.
Si vous suivez les tendances beauté, vous avez sans doute beaucoup entendu parler des exosomes ces dernières années. Vantés pour leur capacité à régénérer et réparer la peau, y compris après une intervention chirurgicale, il n’était qu’une question de temps avant qu’ils ne s’imposent aussi dans le soin des cheveux. Après tout, des cheveux denses et épais, cela commence à la racine, précisément ce que prétend soutenir un nombre croissant de sérums capillaires à base d’exosomes vendus sans ordonnance.
Mais les exosomes tiennent-ils vraiment leurs promesses en matière de pousse des cheveux ? Nous avons interrogé une dermatologue et deux chirurgiens plasticiens pour démêler le vrai du faux.
Que sont les exosomes ? Quels bienfaits pour le cuir chevelu et les cheveux ?
Les exosomes, ou vésicules extracellulaires, sont essentiellement « de minuscules paquets entourés d’une membrane que les cellules libèrent pour communiquer entre elles », explique la Dre Yael Halaas, chirurgienne plasticienne basée à New York. « Ils transportent des protéines, des facteurs de croissance, des lipides et du matériel génétique, comme de l’ARN messager et des microARN. Lorsqu’une cellule voisine capte un exosome, elle reçoit un ensemble d’instructions capables de modifier son comportement ».
« En laboratoire et dans les premiers travaux cliniques, les exosomes semblent calmer la signalisation inflammatoire qui peut contribuer à l’amincissement des cheveux, soutenir les cellules de la papille dermique qui régulent le cycle pilaire, et encourager les follicules à repasser en phase de croissance active », poursuit-elle.
La Dre Kseniya Kobets, dermatologue new-yorkaise, indique que de nouvelles données montrent qu’ils pourraient stimuler l’une des principales voies impliquées dans la régénération folliculaire. « C’est l’un des domaines les plus prometteurs de la recherche sur la régénération capillaire, car ils peuvent potentiellement agir sur plusieurs composants du microenvironnement folliculaire à la fois, plutôt que de cibler une seule voie ».
« Selon leur origine, ils peuvent aussi contenir 15 à 20 fois plus de facteurs de croissance et de signaux cellulaires que certaines autres thérapies régénératives », ajoute le Dr Jeffrey B. Wise, chirurgien plasticien facial basé dans le New Jersey. Il cite en exemple le plasma riche en plaquettes (PRP), une thérapie populaire qui utilise des plaquettes concentrées issues du sang du patient pour stimuler les follicules affaiblis.
Les exosomes, eux, peuvent être prélevés directement sur des plantes ou issus de tissus cellulaires animaux ou humains donnés, notamment la moelle osseuse et le sang, mais le plus souvent la graisse, le liquide amniotique et le tissu placentaire, précise le Dr Wise.
Humain, végétal ou conçu en laboratoire : quelle différence ?
« Les exosomes d’origine humaine et animale disposent de preuves cliniques plus directes concernant la pousse des cheveux », explique la Dre Kobets. « Les vésicules d’origine végétale seront sans doute plus faciles à standardiser et à intégrer dans des produits de consommation, mais les preuves cliniques en sont encore à un stade plus précoce ».
Autrement dit : « Les cellules humaines parlent le langage que comprennent les follicules humains », note la Dre Halaas. « La contrepartie, c’est la variabilité selon les donneurs, une fabrication plus complexe et un contrôle réglementaire plus strict. Les vésicules d’origine végétale, elles, sont plus faciles à produire de façon homogène et ne présentent aucun risque de transmission d’agents pathogènes humains. Il existe au moins un essai contrôlé randomisé sur une formulation d’exosomes à base d’extraits végétaux montrant une réelle augmentation de la densité capillaire, mais le chevauchement avec la biologie des follicules humains reste moins bien caractérisé ».
La Dre Halaas évoque aussi une troisième catégorie d’exosomes que les consommateurs de produits capillaires verront de plus en plus apparaître : les vésicules biomimétiques ou conçues en laboratoire. « Elles sont conçues pour imiter la structure des exosomes sans être prélevées sur aucune cellule donneuse, sacrifiant une part de complexité biologique au profit d’une très grande homogénéité d’un lot à l’autre », précise-t-elle.
Ces thérapies sont-elles vraiment efficaces et sûres ?
Les recherches sur toutes les formes de thérapie par exosomes restent néanmoins limitées, et aucun produit de ce type n’a été approuvé par la FDA. Ces produits n’étant pas standardisés, leur qualité et leur traçabilité peuvent varier considérablement. « Les produits peuvent différer fortement selon la source cellulaire, la méthode d’isolement et de purification des vésicules extracellulaires, leur concentration et leur distribution en taille, ou encore la stabilité de leur contenu biologiquement actif une fois formulé dans un produit », détaille la Dre Kobets. « Pour les produits d’origine humaine ou animale s’ajoutent des préoccupations théoriques liées à l’immunogénicité, aux réactions inflammatoires, à la contamination et à la transmission d’agents pathogènes, ce qui rend les normes d’approvisionnement, de purification et de fabrication absolument essentielles ».
« Aux États-Unis, ces produits sont commercialisés comme des cosmétiques, et la FDA a déjà émis des alertes de sécurité et des lettres d’avertissement à des entreprises formulant des allégations thérapeutiques », ajoute la Dre Halaas. « Cela ne signifie pas que tous les produits sont dangereux, mais qu’aucune agence ne vérifie ce que contient réellement le flacon ».
« Les risques d’infection et de contamination sont plus préoccupants encore, en particulier pour les produits injectables : la FDA a documenté des effets indésirables graves chez des patients ayant reçu des produits non approuvés commercialisés comme des exosomes », poursuit-elle. Avant tout traitement à base d’exosomes, la FDA conseille aux patients de demander si celui-ci s’inscrit dans le cadre d’un essai clinique autorisé et, le cas échéant, d’exiger le numéro IND (Investigational New Drug) ainsi que les documents attestant de cette autorisation.
Que rechercher dans un sérum capillaire aux exosomes
Pour un produit topique vendu sans ordonnance, la Dre Halaas insiste sur l’importance de la transparence.
« La marque doit indiquer clairement la source du produit, son lieu de fabrication, les tests réalisés en matière d’identité, de pureté et d’activité, ainsi que la liste complète des ingrédients. Parmi les actifs utiles, on trouve la caféine pour stimuler les follicules, l’acide azélaïque, qui inhibe l’enzyme convertissant la testostérone en DHT, et des humectants comme l’acide hyaluronique, qui soutiennent l’équilibre du cuir chevelu ».
« Recherchez des données cliniques publiées sur le produit précis que vous envisagez, plutôt que des références à la littérature générale sur les exosomes, et vérifiez qui a financé l’étude. Méfiez-vous des comptages de particules présentés sans contexte, de la mention « enregistré auprès de la FDA », qui concerne un site de fabrication et non une approbation de produit, et de toute promesse de résultats garantis ».
Comment intégrer les exosomes à sa routine capillaire
Comme pour toute approche ciblée contre la chute de cheveux, mieux vaut d’abord consulter un médecin. « Je conseille toujours d’obtenir un diagnostic précis avant de dépenser de l’argent dans les exosomes », explique la Dre Kobets. « L‘alopécie androgénétique, l’effluvium télogène, la pelade et les alopécies cicatricielles relèvent de mécanismes très différents et peuvent souvent coexister. À ce jour, les exosomes doivent être vus comme un complément aux traitements établis et approuvés par la FDA, comme le minoxidil et le finastéride oral, et non comme un substitut ».
« Les exosomes peuvent être considérés comme un stimulus prometteur pour un follicule existant et encore viable, mais pas comme un moyen de recréer comme par magie un follicule déjà cicatrisé ou disparu », précise-t-elle. « Les données chez l’humain sont encourageantes, certaines études montrant une amélioration de la densité et de l’épaisseur des cheveux, mais elles restent relativement restreintes et hétérogènes ». La Dre Halaas ajoute qu’un changement notable peut prendre six mois ou plus.
Article initialement publié sur elle.uk
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