Chez Alessandro Michele, l’opulence et l’excentricité se rencontrent de plein fouet.

Alessandro Michele sait très bien ce que vous pourriez penser des vêtements qu’il a fait défiler pour le show printemps-été 2027 de Valentino. Vous pourriez trouver certaines pièces merveilleusement peu pratiques, sublimement importables, spectaculaires mais irréelles. Et parfois, vous auriez raison. Mais c’est justement le propos.

Fidèle à ses collections nourries de réflexions sur la mode et la place qu’elle occupe dans nos vies, Michele s’est plongé dans les rayonnages pour le printemps-été 2027. En théorie, du moins. La collection s’articule autour de l’idée d’« antibibliothèque », un concept mis en lumière par le professeur libano-américain Nassim Nicholas Taleb dans son livre Le Cygne noir, selon lequel plus on possède de livres non lus, plus on a de connaissances à acquérir. Loin d’évoquer l’inachevé, l’antibibliothèque incarne la promesse de la découverte : celle d’histoires, d’idées et de vies qui dépassent la nôtre.

Le show de rêve de Valentino

Michele reprend cette même idée, à ceci près que les objets non lus sont ici des vêtements. « Certains ne traverseront l’espace du défilé qu’une seule fois ; d’autres resteront vivants dans les images qui figent leur apparition fugace ; d’autres encore entreront dans les garde-robes pour y demeurer presque intacts, chéris comme des reliques », écrit-il dans la note d’intention du show. Résultat : Antibiblioteca, comme s’intitulait le défilé, déploie une collection flamboyante de pièces qui ne sont peut-être pas faites pour être portées au quotidien, mais qui interrogent ce que la mode peut être et ce qu’elle peut nous faire ressentir.

La jupe devient une toile vierge pour Michele, qui la réinvente sous toutes ses formes : dans des palettes tutti frutti, en brocart, en dentelle ou en taffetas de soie froncé, l’ourlet bordé de plumes et de franges, la silhouette arrondie jusqu’à évoquer une sphère. Vient ensuite la robe, déclinée en modèles plissés fluides, en nuisettes richement ornées et en robes colonnes à la traîne saisissante, toujours avec cette touche d’étrangeté propre à Michele. Tantôt une paire de gants en soie froncée magenta montant jusqu’au coude, tantôt un canotier en paille, et le plus souvent, une paire de larges lunettes de soleil rectangulaires.

Malgré toute son excentricité, la collection regorge aussi de pièces bien réelles à porter. Michele est un maître de la superposition, mais une fois les couches retirées, l’ensemble se révèle plus pratique qu’il n’y paraît. Un jean barrel vert kelly porté avec un caraco en dentelle lilas serait tout aussi réussi avec un simple t-shirt blanc ; les trenchs sont décontractés et sans chichis ; quant aux sandales à rosettes, elles pourraient bien devenir les chaussures parfaites de l’été.

Ces robes spectaculaires ne seront peut-être jamais produites, ou ne finiront que dans la garde-robe de quelques heureuses élues. Mais comme l’écrivait Michele dans sa note d’intention, la collection a été conçue pour « élargir le champ de l’imaginable ». Antibiblioteca l’a prouvé : s’il y a bien une chose dans laquelle Alessandro Michele excelle, c’est l’art de faire rêver.

Article initialement publié sur elle.com.au

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