Sensuelle, rétro, maximaliste, glamour, très chic. Pour la saison printemps-été 2027, Matthieu Blazy explore les mille visages de la rue Cambon dans un jeu de transformations qui rend hommage aux femmes. Avec, en filigrane, le mythe de Gabrielle, et bien plus encore.
Chanel sexy, Chanel rétro, Chanel maximaliste, Chanel glamour et, bien sûr, Chanel très chic. S’il fallait résumer le défilé en quelques mots, ce serait ceux-là, à l’image du mash-up qui lui sert de bande-son. Plus dansante que jamais, elle fait se croiser Lesley Gore, Britney Spears et a-ha, dont le tube Take On Me a fait battre la mesure jusqu’aux invités (Pedro Pascal, Dua Lipa et Nicole Kidman, entre autres). Un an après ses débuts, Matthieu Blazy avait une mission peut-être plus délicate encore : ne pas décevoir des attentes immenses, et même les dépasser. Car le propre des grands talents, on le sait, est de placer la barre toujours plus haut.
Le néologisme circule déjà : la « Blazymania » désigne l’engouement suscité en boutique par les pièces du nouveau Chanel. Selon des chiffres rapportés par Bloomberg début août, la maison aurait enregistré une croissance de 16 % de son chiffre d’affaires au premier semestre 2026, tout en se hissant en tête du Lyst Index des marques les plus désirées au monde. « On peut avancer avec prudence, en suivant le code et les lignes directrices de Chanel, qui sont très claires, a confié le créateur au magazine HTSI. Ou bien on peut oser, parfois échouer, puis réfléchir. Sans prise de risque, il n’y aurait pas de processus créatif, seulement une recette. J’aime les défis : je préfère suivre une idée et l’explorer. Et si ça ne fonctionne pas, au moins, on aura essayé. »
©Spotlight / Chanel S27
©Spotlight / Chanel S27
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Voilà la touche magique qu’il apporte à la rue Cambon (une maison qui, à vrai dire, a inventé une bonne partie du vestiaire moderne et n’avait sans doute besoin que d’un frisson supplémentaire). C’est la grande force de ce créateur au talent rare, que le Time Magazine a d’ailleurs rangé parmi les innovateurs de sa liste annuelle des personnalités les plus influentes du monde. Margaret Qualley, l’une des nombreuses amies de la maison, y soulignait un autre aspect essentiel : « Chanel fait rêver, mais grâce à Matthieu, la maison a conservé son humanité. »
Ajoutons-y une bonne dose de légèreté et de joie : un Grand Palais survolé d’oiseaux géants que les invités se sont empressés de partager sur les réseaux sociaux, une bande-son teintée de mélancolie (Blazy l’a répété à plusieurs reprises, il est un nostalgique incorrigible), ou encore une petite robe en tulle transparent terminée par un ourlet de perles et ornée d’une grande fleur sauvage qui rend le double C presque séducteur.
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Tout est là dans ce défilé : les classiques de la maison démontés puis remontés, les vestes du tailleur mythique réinventées en version courte et carrée, le bouclé transformé en un imprimé animalier griffé qui mérite d’être observé de près, la chemise (signée Charvet, véritable institution ici) déclinée en cuir avec une ligne de boutons apparente. Un blazer conserve l’anatomie, purement visuelle, d’un corset avant de se déconstruire en gilet au bord sinueux et rigidifié. Un ensemble en maille, comme peint d’arabesques vives, est un chef-d’œuvre de savoir-faire. Le bouclé prend la forme d’un top (ou d’une robe) à encolure Bardot, l’androgynie s’incarne dans un smoking qui avance sur des souliers bicolores. Quant à la robe midi, c’est le genre de pièce que Coco aurait portée : fluide, dansant sur le corps, taille basse soulignée par une bande de tissu plissé qui fait écho au bas de la jupe, buste brodé d’un entrelacs de perles dessinant un tableau botanique, et ces coupes en biais avec lesquelles Gabrielle présenta au monde la femme nouvelle.
©Spotlight / Chanel S27
©Spotlight / Chanel S27
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La main des ateliers Chanel se devine partout : dans la mosaïque de perles qui compose certaines robes, dans les tailleurs à la construction brute et aux ourlets coupés à vif, dans un tweed ajouré, allégé mais toujours aussi tactile, dans les ensembles polo et jupe aux genoux jaune limoncello qui défilent en fin de show, et jusque dans la légèreté d’un flou vaporeux comme un nuage. Littéralement, d’ailleurs, puisque Blazy s’amuse aussi à imprimer des ciels nocturnes sur des pièces aériennes. Impossible de dégager un schéma dans ce véritable traité de beauté, où les tutus de tulle explosifs cèdent la place à des ensembles à minijupes plissées, où des escarpins ajustés comme un gant et constellés de strass écarlates alternent avec des mocassins au charme classique, et où la « Ford signée Chanel », comme Vogue avait baptisé la petite robe noire il y a un siècle, devient une œuvre à porter, tout en matière.
On pourrait trouver le défilé parfois décousu. Ce serait pourtant une erreur, car, comme l’explique Matthieu Blazy dans ses notes de présentation, il s’agit d’une ode aux femmes et à leurs multiples visages, mais aussi à une mode insaisissable par définition, changeante et fuyante, et justement pour cela l’un des sujets d’étude les plus fascinants. « Au fil de leur vie, les femmes deviennent multiples, autant de facettes d’une même personne, écrit le créateur. C’est comme un jeu de cadavre exquis, où une identité mène à la suivante. Il s’agit des femmes qui habitent une femme. Et ici, il est question d’une femme, Gabrielle, qui est ensuite devenue Chanel. »
©Spotlight / Chanel S27
©Spotlight / Chanel S27
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Blazy, qui étudie minutieusement l’histoire de la maison, l’avait annoncé : il est parti de là. De cette femme à la vie de roman, de cette incarnation de la garçonne qui sut si habilement nourrir son propre mythe, de cette créatrice révolutionnaire qui imaginait les vêtements qu’elle aurait voulu porter elle-même, et finalement de son histoire, de mode et bien au-delà. « La petite fille que j’étais est toujours là avec moi aujourd’hui, écrivait Chanel dans un texte exhumé par le directeur artistique. J’ai réalisé ses projets. J’ai suivi ses goûts. C’est d’elle que je tiens mon exigence, et c’est elle que j’ai su satisfaire. Personne ne m’est plus proche qu’elle. Elle me doit tout, et je lui dois ce que j’ai pu donner à mon époque. »
Tout le sens de ce défilé est là : une épopée faite de transformations permanentes, une identité changeante qui, comme la mode elle-même, refuse de se laisser enfermer dans une forme définitive.
©Spotlight / Chanel S27
©Spotlight / Chanel S27
Article initialement publié sur elle.it
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