Les 19 et 20 septembre, à l’occasion des Journées européennes du patrimoine, Chanel a ouvert pour la première fois les portes de son atelier parisien, le 19M. Un moment rare où se côtoient savoir-faire d’exception, archives de défilés et personnel aux mains d’or.
Avec sa mode jugée autrefois trop masculine, Coco Chanel – comme on l’appelait dans le milieu – a libéré les femmes des corsets à la Christian Dior. Telle une justicière, cette créatrice de génie introduit dans la garde-robe féminine un large panel de vêtements dits masculins : la chemise à col, le pantalon de sailor ainsi que le tweed, devenu tissu emblématique de la maison. Un scandale pour certains mais une révolution pour d’autres. Avec sa vision avant-gardiste du vêtement, elle permet à sa marque éponyme – autrefois consacrée aux chapeaux – d’atteindre les cimes de la célébrité et d’asseoir sa renommée à l’échelle mondiale. Aujourd’hui, les défilés signés Chanel sont suivis et commentés aux quatre coins du globe, les tapis rouges sont inondés de créations Chanel et le 2.55 se positionne comme l’accessoire les plus en vogue saison après saison.
Mais derrière les petites robes noires et les sacs à main dernier cri, qui fascinent tant pour leur style épuré que pour leur belle facture, se cachent des ateliers qui ne dorment jamais. Pensé par Gabrielle Chanel de son vivant, le 19M, dont le nom a été choisi comme « un clin d’œil à son chiffre préféré puisqu’elle est née le 19 août 1883 » a ouvert les portes de l’Atelier Montex, en charge de la broderie pour Chanel.
C’est ainsi que je me retrouve plongée dans cet écrin de beauté contemporain certain, mais marqué par un héritage indélébile. Téléphone à portée de main et oreille tendue, je me faufile curieuse et impatiente dans ces ateliers où la broderie est reine.
Entre tradition et innovation, l’Atelier Montex façonne la broderie des géants du prêt-à-porter
À Porte d’Aubervilliers, le 19 M, dont le M renvoie aux mots “mode”, “mains, “métiers d’art” et “maisons”, héberge douze ateliers et manufactures d’art, leurs artisans ainsi que leurs archives : le Studio MTX, Lesage, Massaro ainsi que l’Atelier Montex. Créée en 1949 et originellement spécialisée dans la broderie sur tissus au mètre, cette maison rachetée par Chanel en 2011 s’impose comme l’as de la broderie pour le prêt-à-porter, la Haute Couture et le luxe. Art complexe mais fascinant, la broderie consiste à « anoblir un tissu avec des motifs en aplats ou en volume avec toutes variétés de fils mais aussi de perles », partage une des petites mains lors de la visite guidée.
Aussi, l’Atelier Montex qui se distingue par son développement de broderie architecturale bluffante, utilise principalement trois techniques de broderies d’excellence, qu’il associe pour habiller les silhouettes de nos défilés favoris : le crochet de Lunéville, la broderie à l’aiguille et la machine Cornely. Légèrement perdue dans ce flux d’informations jusqu’alors inconnues pour moi, j’ai religieusement écouté chaque explication.
Pour la première technique, le crochet de Lunéville, le procédé est entièrement réalisé à la main et le travail s’exécute à l’envers. Tandis que pour la broderie à l’aiguille, soit la technique qui m’était la plus familière, l’artisan pose les éléments point par point sur le dessus du tissu. Enfin, la machine Cornely qui permet de poser des rubans et du fil duveteux se dessine comme une technique mécanique hyper branchée, guidée entièrement par la main du brodeur.

© Lily-Rose Rueda

© Lily-Rose Rueda
Après les informations pratiques, place aux archives de défilés soit ma partie préférée. À l’esprit vif et futuriste, l’ancien directeur artistique de Chanel, Karl Lagerfeld s’est laissé aller à la nouveauté pour sa collection Haute Couture Automne-Hiver 2014-2015 de Chanel. L’idée ? Utiliser un textile novateur composé de petits cubes de béton léger, brodés à la main par l’Atelier Montex. Incroyable mais vrai, broder ces cubes de béton sur le bustier d’une des pièces iconiques de la collection a nécessité environ 250 heures de travail… rien que ça.
Autre exemple, reflet du travail exigeant que requiert la broderie, la tenue de mariée – issue de la collection Haute Couture Printemps-Été 2026 de Chanel imaginée par Matthieu Blazy – s’est distinguée pour son assortiment de plumes à la fois romantique et onirique. Derrière cette pièce mélangeant plumes, nacre et broderies se cache toujours l’Atelier Montex qui a conçu des sequins en nacre peints à la main, et découpés un par un pour imiter un plumage blanchâtre.
“Métamorphoses, les chapeaux de Maison Michel” : une exposition au cœur du processus créatif fascinant d’un couvre-chef
Point d’orgue de cette visite. À la Galerie du 19M, au rez-de-chaussée, une exposition gratuite et inédite invite à se perdre encore un peu plus dans le monde fascinant de la mode. Jusqu’au 13 décembre 2026, l’exposition “Métamorphoses” consacrée à la maison Michel, modiste depuis 1936 et qui a rejoint les Métiers d’art de Chanel en 1997, répond à une question essentielle : comment les chapeaux prennent-ils forme ? Pièce star d’un large panel de défilés, le chapeau ou du moins sa création relève pour beaucoup d’un mystère. Souvent, pour ne pas dire toujours, on se rue vers le dernier couvre-chef le plus tendance du moment sans même se questionner sur son histoire. C’est là que l’exposition “Métamorphoses, les chapeaux de Maison Michel” prend tout son sens : comprendre nos accessoires.
Fruit d’un travail minutieux, le couvre-chef traduit bien plus qu’un goût prononcé pour la mode. Objet de style, expression de sa personnalité, accessoire politique et miroir des hiérarchies comme des normes sociétales, le chapeau se décline à l’envi du bibi au béret en passant par le haut-de-forme. Soumis à une transformation perpétuelle lors de sa création, marquée par quatre étapes capitales, le chapeau prend d’abord vie sur le papier au sein de la maison Michel avant d’atteindre la forme et le design qu’on lui connaît. Mais je n’en dirai pas davantage… À travers cette ode à l’industrie chapelière, la Galerie du 19M nous offre l’opportunité de suivre tout le processus créatif d’une casquette comme d’un pillbox, de leur matière première aux touches finales.
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