On dit que c’est la fatigue, le stress, voire l’âge. Parfois la dépression. On met ça sur le compte de la charge mentale, de la quarantaine, la vie qui va vite ou du contexte géopolitique qui nous épuise. Mais ce que beaucoup de femmes traversent quand leur énergie, leur sommeil ou leur humeur se dérèglent est loin d’être un mystère, ou, pire, une fatalité. L’équilibre hormonal est simplement en train de bouger.
Chute d’énergie, irritabilité, sommeil haché, stockage au niveau du ventre, chute de cheveux, règles plus lourdes, anxiété qui apparaît sans raison claire. Longtemps, ces signaux ont été vécus comme des petites défaites individuelles. En réalité, ils racontent tous la même chose : les hormones sont en train de changer de régime.
« Les hormones sont les messagers du corps », résume Caroline Lanson, cofondatrice de Miyé. « Le système hormonal, le système nerveux et le microbiote sont les trois grands systèmes dynamiques du corps. Le reste, ce sont des symptômes ». Autrement dit, la peau, le poids, l’humeur, la libido, le sommeil ne sont, souvent, pas des problèmes séparés. Ils sont les traductions visibles d’un dialogue intérieur qui commence à se changer de tempo.
Ce que la périménopause ne dit pas
Si la ménopause commence à s’inviter sur la place publique, ce qui la précède – aka la périménopause – reste encore largement méconnu. « Je me suis toujours dit que moins j’y pensais, moins la ménopause arriverait vite », plaisante Maud, 43 ans. Or c’est là que tout se joue. La périménopause, cette période de transition qui peut commencer dès la fin de la trentaine, s’installe insidieusement.
« La progestérone est la première hormone qui baisse », explique Caroline Lanson. « C’est elle qui calme, qui aide à dormir, qui stabilise. Quand elle diminue, le cortisol, l’hormone du stress, elle, monte mécaniquement ». C’est à ce moment que beaucoup de femmes entrent dans un cercle vicieux : car qui dit plus de stress, dit plus de cortisol. Et qui dit plus de cortisol, dit moins de progestérone, donc plus d’irritabilité, de troubles du sommeil, de prise de poids. Et ainsi de suite. Souvent, ce moment coïncide avec un sentiment très net de ne plus se reconnaître.
Chez Insentials, Amandine de Paepe observe le même phénomène depuis un autre angle, métabolique cette fois. « À partir de 40-45 ans, le métabolisme ralentit. Les hormones baissent. On stocke plus facilement, on est plus fatiguée, plus fragile mentalement ». La bascule hormonale ne se contente pas de modifier le cycle ; au contraire, elle affecte tout le système.
Le foie, l’organe dont personne ne parle
Car si les hormones sont des messagers, encore faut-il que le corps sache les traiter. Et c’est là qu’un acteur central reste largement ignoré : le foie. « Le rôle du foie est de métaboliser les hormones », explique Amandine de Paepe. « Il transforme, active, neutralise les hormones. Mais c’est aussi lui qui devient en premier résistant à l’insuline. Et l’insuline est une hormone dominante ». Ainsi, quand le foie est saturé par le sucre, l’alcool, la pollution, les médicaments, le stress chronique, il devient moins efficace. Résultat : les hormones circulent moins bien, s’accumulent ou agissent de façon désordonnée. C’est l’un des mécanismes derrière la prise de poids abdominale, la fatigue persistante ou encore certaines inflammations.
Caroline Lanson arrive au même constat par une autre porte. « La dominance œstrogénique est un problème majeur. Quand la progestérone baisse et que le corps n’élimine pas bien les œstrogènes, on se retrouve avec douleurs aux seins, chute de cheveux, acné, irritabilité ».
Dans les deux cas, la logique est la même : les systèmes sont saturés.
Lire aussi : Équilibre hormonal : l’assiette hormonale existe-t-elle ?
Le stress n’est pas dans la tête
On a longtemps séparé le mental et le corps, quand les hormones, elles, ne font pas cette distinction. « Les glandes surrénales produisent à la fois le cortisol et la progestérone », explique Caroline Lanson. « En stress chronique, la progestérone est transformée en cortisol. Le corps privilégie toujours la survie » .
Comprenez : plus une femme vit en hypervigilance, plus elle consomme l’hormone qui la calme. Et plus elle devient anxieuse, insomniaque, inflammée. Le stress ne fait pas qu’épuiser. Il reprogramme l’équilibre hormonal. Amandine de Paepe le constate également chez ses patientes. « Le stress chronique, la sédentarité, le sucre chargent le foie et dérèglent l’insuline. Et l’insuline dérègle les autres hormones ». Ce que l’on attribue trop souvent à un manque de volonté, de discipline ou de résistance chez les femmes relève en réalité de mécanismes biologiques très concrets. Les hormones gouvernent l’énergie, le sommeil, l’appétit, l’humeur et la façon dont le corps stocke ou dépense. Quand cet équilibre se modifie, le corps doit s’adapter. Des ajustements que l’on confond trop souvent avec une faiblesse personnelle.
Pourquoi tant de femmes se sentent « dépressives »
L’un des angles morts les plus violents de cette période est la santé mentale. « Les femmes ont 20 % de chances en plus d’être diagnostiquées dépressives en périménopause », rappelle Caroline Lanson. « Alors que très souvent, c’est cyclique ». Sans lecture hormonale, les variations d’humeur deviennent des pathologies. Avec, elles redeviennent des signaux.
Apprendre à repérer ce qui est cyclique, ce qui est lié au sommeil, au stress, à l’alimentation, permet souvent de sortir de la culpabilité. « Je ne suis pas folle. Mon corps est en train de changer ».
Apprendre à vivre avec sa biologie
Tenter de contrôler ses hormones a tout prix n’a guère de sens. Il s’agit plutôt de comprendre leurs variations, d’identifier ce qui les perturbe et de créer les conditions pour que l’équilibre puisse se rétablir. « Il faut observer », insiste Caroline Lanson. « Certaines femmes ont besoin de plus bouger, d’autres de ralentir. Certaines ne supportent plus l’alcool, d’autres les sucres. Deux femmes avec les mêmes dosages hormonaux peuvent réagir très différemment ». Pas de traitement universel mais une approche, au cas par cas. Amandine de Paepe dit la même chose autrement : « Il faut écouter les petits signaux. Se réveiller à 3 ou 4 heures du matin, avoir besoin de sucre, être épuisée. Ce sont des messages ». Ce que les deux défendent, c’est une forme de médecine préventive, fondée sur l’écoute et l’ajustement, pas sur la performance. « La ménopause n’est pas la vieillesse », rappelle Caroline Lanson. « C’est un changement d’état. Et plus on l’anticipe, plus il peut être doux ».
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