C’est un fait avéré : la génération Z boit peut-être moins. Mais cela ne veut pas dire qu’elle a arrêté de danser. Longue vie aux party girls !

Peut-être que vous y prêtez attention ; peut-être pas. Mais le mot « longévité » est partout : sur vos flacons de soins, à la salle de sport, jusque sur les paquets de nourriture pour chiens. Bienvenue dans The Long Game, une série qui interroge notre rapport contemporain à la longévité, et par conséquent et ce que « vivre mieux » veut réellement dire.

Dans presque toutes mes conversations, il y a un moment où je lance : « On devrait aller danser ». Une meilleure amie décroche un job ? On fête ça. Il fait doux dehors ? On fête ça. On est mardi ? Bah, pourquoi pas, après tout ? D’aucuns vous diront que sortir en semaine, enchaîner les nuits courtes (martinis et french kiss en option), frôle l’irresponsabilité. D’autres considèrent au contraire qu’une soirée à danser relève du self-care, qu’elle fait partie d’une routine de bien-être, voire d’une stratégie de longévité. Je fais clairement partie de ceux-là ; et je ne suis pas la seule.

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Pour Dan Buettner, auteur et expert des « Blue Zones », ces régions du monde où l’on vit plus longtemps, faire la fête pourrait même jouer un rôle clé. Dans ces territoires, le lien social est un pilier du bien-être, et les rassemblements font partie du quotidien. Ils offrent des moments de partage, d’entraide, d’énergie collective. Dans une vidéo TikTok récente, il explique que les fêtes permettent de « recréer des liens sociaux durables, à l’échelle d’une communauté ». Elles favorisent aussi l’activité physique… et l’attention aux autres.

La danse, au cœur de ces moments, est depuis longtemps reconnue comme une forme d’exercice simple à intégrer dans la vie quotidienne,sans équipement, sans contrainte. « Elle améliore la coordination, la mémoire, l’équilibre et la force », explique Sara Plumer-Holzman, danseuse et physiothérapeute au centre Harkness de NYU Langone Health. Sur le plan cognitif, elle contribue aussi à réduire le stress et à stimuler les fonctions cérébrales. Une étude publiée en 2003 dans The New England Journal of Medicine a même montré que, parmi onze activités de loisir (natation, vélo, tennis…) la danse était la seule à réduire significativement le risque de démence, en raison de l’effort mental et de l’interaction sociale qu’elle mobilise.

D’autres recherches, comme une étude publiée en 2024 par les National Institutes of Health, montrent que le mélange d’activité physique et d’expression émotionnelle active le système de récompense du cerveau et stimule la production de sérotonine, l’hormone associée au bien-être. En clair : danser, c’est se faire du bien. « La beauté de la danse, c’est qu’on ne la pratique pas par obligation. On le fait simplement parce que ça fait du bien », résume Ismene Ormonde. « Et sans s’en rendre compte, on peut facilement atteindre les 10 000 pas. »

J’ai moi-même repris des cours au Alvin Ailey Dance Theater à New York ces derniers mois. Ce qui frappe, c’est la diversité des profils : tous les âges, tous les niveaux, réunis après des journées de travail bien remplies. Et les chiffres confirment cet engouement. Selon IBISWorld, les inscriptions aux cours de danse en présentiel ont augmenté de 10 % par an depuis 2020 : soit un net rebond après la période Covid.

Cette dynamique se retrouve aussi dans la pop culture. Depuis cinq ans, les sons house et les rythmes club reviennent en force chez des artistes mainstream comme Drake ou Beyoncé, dont l’album Renaissance (2022) s’inspire directement de la culture club queer noire. Billie Eilish, Sabrina Carpenter ou Ariana Grande ont elles aussi exploré des sonorités plus dansantes.

« Il y a quelque chose de très particulier dans une musique conçue pour faire bouger les corps et ramener à l’instant présent », analyse Dani Offline. Même Charli XCX, figure d’un renouveau « party girl » après Brat, revendique l’impact direct de ces expériences sur sa création. « Quand je sors et que je rencontre des gens, je me perds dans un monde imaginaire. C’est une source d’inspiration énorme. Si je m’en privais, ce serait comme me couper d’une partie de moi-même », confiait-elle à Gwyneth Paltrow dans The Goop Podcast.

Danser, que ce soit en club, en concert ou en cours, impose une forme de présence. « Ça vous fait sortir de votre tête pour revenir dans votre corps », explique Lauren Zucker. Même constat côté concerts : « De plus en plus d’artistes demandent de ranger le téléphone pour vivre le moment », note Dani Offline. Ismene Ormonde parle, elle, d’un basculement : « À un moment, on accepte d’être un peu ridicule, et d’être simplement soi ».

Dans un contexte où les interactions physiques se raréfient, notamment chez les millennials et la génération Z, ces moments prennent une autre dimension. Demander à quelqu’un de danser, ou même danser seul, devient une manière de chercher du lien. Une façon simple de dire : sois là, avec moi, maintenant.

Cette vulnérabilité ouvre la voie à des connexions plus profondes, essentielles pour la santé globale. L’étude de Harvard Study of Adult Development, l’une des plus longues jamais menées sur la vie adulte, montre que la qualité des relations sociales est un meilleur indicateur de longévité que l’argent ou le statut social. Elle contribue aussi à ralentir le déclin physique et mental.

« Les gens commencent à se demander à quoi ils veulent vraiment que leur vie ressemble », observe Dani Offline. « Est-ce qu’ils veulent se souvenir d’heures passées à scroller et à se comparer, ou de moments vécus, avec des gens, dans la vraie vie » ?

Je finirai peut-être par me lasser des nuits en club. Mais je continuerai à chercher des occasions de transformer n’importe quel moment en moment à danser. Vous êtes arrivés jusqu’ici ? Alors, on va danser ?

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