En avril, puisqu’au Luxembourg le printemps arrive rarement en avance, on profite encore bien volontiers des journées fraîches pour se mettre à l’abri, voir les grandes expositions du moment, vibrer dans des concerts très attendus ou retrouver la puissance et la grâce de ballets d’hier et de ceux de demain.

Voici notre sélection, forcément non exhaustive, des rendez-vous qui ont retenu l’attention de la rédaction d’ELLE Luxembourg.

(Concert) 08 avril : Mobb Deep à den Atelier

Courtesy of Den Atelier

Sous le nom Mobb Deep, den Atelier accueille Havoc, accompagné de Big Noyd et DJ L.E.S. Le concert arrive dans le sillage d’Infinite, dernier album studio du duo, construit à partir de voix inédites de Prodigy et de nouvelles productions de Havoc et The Alchemist. Pour mesurer ce que représente encore ce nom, il faut revenir à The Infamous et à l’iconique « Shook Ones (Part II) », aka LE morceau avec lequel Mobb Deep a véritablement imposé sa marque en 1995, après un premier album resté confidentiel. C’est donc toute cette histoire-là qui remonte sur scène : celle de Queensbridge, d’un son sec et sombre, et d’un groupe qui a durablement changé l’écriture du rap new-yorkais

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(Danse) 12 avril : Le Lac des cygnes à la Rockhal

©Adobe Stock

Indubitablement, Le Lac des cygnes fait partie de ces œuvres que l’on croit connaître avant même de les avoir vues. Créé sur une musique de Tchaïkovski en 1875, puis fixé dans l’histoire du ballet par la chorégraphie de Marius Petipa en 1895, il reste l’un des grands classiques du répertoire. On y suit le prince Siegfried et Odette, princesse victime d’un sortilège qui la condamne à vivre sous l’apparence d’un cygne le jour, avant de retrouver sa forme humaine la nuit. Entre le pas de deux, la danse des cygnes et la figure de Rothbart, le ballet a traversé les générations sans perdre sa force de récit.

Ainsi, le voir programmé à la Rockhal change légèrement la donne. Car pour celles et ceux qui n’osent pas toujours pousser la porte d’un opéra ou d’un théâtre dédié, cette date peut constituer une bonne entrée dans l’univers du ballet classique. La production annoncée pour la tournée 2025-2026 promet une nouvelle mise en scène, avec orchestre, décors, costumes et danseurs professionnels, dans un format qui rend cette œuvre majeure plus accessible sans en diminuer l’ampleur.

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(Concert) 16 avril : Mahler’s Resurrection à la Philharmonie

©Patrice Nin

Voilà une soirée entièrement consacrée à la Symphonie n° 2 de Gustav Mahler, dite « Résurrection », dirigée par Tugan Sokhiev avec le Luxembourg Philharmonic, le Wiener Singakademie, la soprano Louise Alder et la mezzo-soprano Okka von der Damerau.

Mahler compose cette partition après plusieurs deuils, et y fait tenir ensemble l’angoisse, la perte, le désir de relèvement et l’idée même d’une vie reprise. Avec son chœur, ses deux voix solistes et ses mouvements d’une ampleur rare, l’œuvre avance comme une traversée, jusqu’à cet élan final qui lui a valu son surnom. Une seule pièce, donc, mais l’une des plus vastes et des plus saisissantes du répertoire symphonique.

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(Danse) 16 et 17 avril : Compagnie DCA / Philippe Decouflé, Entre-Temps au Grand Théâtre

©Pierre Planchenault

Avec Entre-Temps, Philippe Decouflé et la compagnie DCA reviennent au Grand Théâtre après Stéréo, présenté lors de la saison 23•24. Cette nouvelle création réunit neuf danseurs et danseuses et un musicien autour d’une matière très concrète : le temps, ses rythmes, ses reprises, ses écarts. La pièce passe de la monotonie des jours semblables à la vitesse, à la lenteur, aux cycles de la vie, et construit à partir de là tout un registre de gestes et de variations. Temps qui se contracte, s’étire, se scande ou se répète, Entre-Temps avance, finalement, comme un jeu très construit avec ce qui organise nos vies, sans jamais se laisser saisir tout à fait.

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(Concert) 17 avril : Imany au Casino 2000

Courtesy of Casino 2000

Imany sera sur la scène du Chapito, à Mondorf-les-Bains, avec Women Deserve Rage, son nouvel album sorti en octobre 2025. Depuis plus de dix ans, la chanteuse s’est imposée par une voix grave, ample, immédiatement identifiable, et par une présence scénique qui repose moins sur l’effet que sur l’intensité de l’interprétation. La présentation du concert revient aussi sur Voodoo Cello, ce projet construit autour de sa voix et de huit violoncelles, qui a donné lieu à plus de cent dates à travers l’Europe et au-delà.

Cette nouvelle tournée accompagne un disque centré sur une colère féminine trop souvent contenue, qu’Imany revendique ici comme une force, un droit et un point de départ. Le 17 avril, elle viendra présenter au Luxembourg ce nouveau répertoire, dans le prolongement d’un parcours où la scène reste le lieu le plus direct de sa musique.

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(Concert) 26 avril : Luxembourg Philharmonia – Anniversary Concert, 30 Years with Martin Elmquist à la Philharmonie

©Philippe Decker

Pour les trente ans de Martin Elmquist avec le Luxembourg Philharmonia, la Philharmonie réunit trois œuvres au Grand Auditorium : le Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy, Noches en los jardines de España de Manuel de Falla avec Johan Ferreira Perdigão au piano, puis la Symphonie n° 3 « Espansiva » de Carl Nielsen. Le programme fait ainsi passer la soirée d’un orchestre de la couleur et de la suggestion à une écriture plus ample, plus ouverte, portée par la dynamique de Nielsen. Un concert anniversaire, donc, mais aussi une manière de retraverser trois façons très différentes d’entendre l’orchestre.

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(Expo) Jusqu’au 23 août : Simon Fujiwara, A Whole New World, au Mudam

 

Courtesy of Mudam

Avec A Whole New World, le Mudam consacre à Simon Fujiwara une exposition qui couvre près de vingt années de création. Né à Londres en 1982, l’artiste britannico-japonais y déploie une pratique qui traverse la peinture, le cinéma, la performance, l’animation et la narration. Son travail avance à partir de motifs très contemporains (icônes, dessins animés, parcs d’attractions, sites touristiques de masse, musées) pour regarder la manière dont une société fabrique ses propres images, les amplifie, les met en scène et finit par s’y projeter. Histoire, mythologie, sexualité, psychanalyse, architecture ou anthropologie traversent ce parcours nourri d’expériences personnelles, où les surfaces les plus séduisantes laissent apparaître des questions plus instables : notre besoin d’authenticité, notre goût pour l’artifice, et les contradictions d’un monde saturé d’images.

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(Expo) Jusqu’au 23 août : Igshaan Adams, Between Then and Now au Mudam

Courtesy of Mudam

Avec Between Then and Now, le Mudam consacre l’une des plus grandes rétrospectives jamais exposées à Igshaan Adams, né au Cap en 1982, et dont le travail brouille les frontières entre art textile, sculpture et performance. Son rapport au tissage remonte aux paniers tressés collectionnés par sa famille lorsqu’il était enfant, puis à une pratique volontairement construite en dehors d’un apprentissage académique, pour laisser une place au non-savoir, à l’intuition et au geste. Nourrie par un travail collaboratif, son œuvre puise autant dans sa mémoire personnelle que dans la spiritualité et les histoires partagées, en transformant des matériaux et objets du quotidien en réflexion sur l’identité, la valeur et l’appartenance.

L’exposition se présente comme une chronologie tissée de son parcours, traversée par des fragments d’histoire et des échos de son propre passé.

Adams a grandi à Bonteheuwel, dans une banlieue ségréguée du Cap durant l’apartheid, à l’intersection d’identités conflictuelles qui ont profondément marqué sa pratique. Dès l’entrée, le visiteur est invité à pénétrer dans un environnement d’atelier à travers un ensemble de textiles que l’on peut toucher, avant de découvrir les grandes tapisseries, les sculptures « nuages » et les impressions dansées réunies ici sous la forme d’un vaste environnement. L’ensemble compose une chorégraphie silencieuse, où le mouvement devient à son tour un langage de transformation et de libération.

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(Expo) Jusqu’au 1er janvier 2027 : Notes on Weathering / Bianca Bondi au Casino Luxembourg

Photo : Marc Domage © ADAGP, Paris 2026

Notes on Weathering de Bianca Bondi (née en 1986 à Johannesburg, Afrique du Sud ; vit et travaille à Paris) inaugure le cadre très spécifique de la programmation FORA pensée dans le cadre du trentième anniversaire du Casino Luxembourg. Ce projet évolutif, conçu par l’artiste pour les sous-sols du Casino Luxembourg, s’étend sur une année, affirmant une temporalité particulière, souterraine, continue et silencieuse.

Habituellement inaccessibles au public, les espaces souterrains du Casino Luxembourg constituent un environnement singulier marqué par l’humidité, l’obscurité et la minéralité. Ce milieu actif, soumis aux aléas continus du temps, engendre dégradations, dépôts, corrosion et transformations. Aussi, le terme anglais weathering désigne des processus discrets mais irréversibles par lesquels les matières se transforment sous l’effet du temps. Dans Notes on Weathering, ces phénomènes sont accueillis comme des forces à l’œuvre, capables de modifier progressivement les matériaux, les formes et les relations entre les éléments. Le mot notes, quant à lui, suggère une approche documentaire, fragmentaire et ouverte. Le projet se présente donc moins comme une œuvre unifiée ou stabilisée, que comme une succession d’observations, de traces et d’états transitoires, répartis dans l’espace et dans le temps.

La pratique de Bianca Bondi trouve dans cet écosystème une résonance profonde. Son travail s’appuie sur des matériaux sensibles aux conditions qui les entourent, activés par des phénomènes de réaction, d’altération et de propagation. Les œuvres se développent comme des systèmes ouverts, soumis à l’action du milieu et à une temporalité étendue, échappant aux logiques de contrôle, de conservation et de visibilité immédiate.

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Et dans la Grande Région ?

(Projection / débat) 02 avril : Chronique d’un été #Love Tour au KLUB & à La Dame Jeanne, Metz

©Kaalk Production

La soirée autour de Chronique d’un été commence au cinéma Le Klub avec une projection suivie d’un débat, avant de se prolonger à La Dame Jeanne pour un aftershow avec une performance burlesque de Julie Britney. Dans ce nouveau film, Anoushka suit Lola, réalisatrice décidée à faire un film sur le bonheur et l’amour malgré les réserves de son producteur, qui juge le récit insuffisamment « sexy ». Elle poursuit pourtant son projet avec une petite équipe, jusqu’à la « Maison des Hommes meilleurs ».

Après Chaos en 2024, la cinéaste investit ici la comédie musicale, avec des scènes chantées et dansées, une palette visuelle vive et un travail très direct sur les représentations du désir. Chronique d’un été s’inscrit aussi dans la continuité de sa recherche autour d’un cinéma pornographique joyeux, inclusif, féministe et pédagogique, où les scènes d’intimité sont pensées comme des espaces d’apprentissage, de consentement et de plaisir partagé. Le film, porté notamment par Petra Von Schatz, Mya Lorenn et Misungui, donne ainsi à la soirée sa ligne très claire, entre projection, discussion et performance.

@anouschka_movies@damejeanne

(Concert) 10 avril : Pussy Riot aux Trinitaires, Metz

Courtesy of Cité Musicale-Metz

Avec Riot Days, Pussy Riot présente aux Trinitaires une performance multimédia inspirée des mémoires de Maria Alyokhina. Musique live, spoken word, vidéo et art de la scène s’y mêlent pour revenir sur son combat pour la liberté et sur l’emprisonnement qui a suivi l’action de 2012. Le spectacle prolonge cette histoire en l’ouvrant à d’autres lignes de front très présentes aujourd’hui dans le travail du collectif : l’oppression des personnes LGBTQ+, l’histoire d’Alexeï Navalny et l’invasion de l’Ukraine. Une forme scénique construite à la croisée du concert, du récit et de la prise de parole politique.

citemusicale-metz.fr

(Concert) 24 avril : Veda & the String Machine, Arthur Possing feat. Joel Rabesolo et SINGÜLAR au festival Jazzahead!, Brême

©Kultur | lx

Veda and the String Quartet fera partie de la toute première Clubnight luxembourgeoise organisée dans le cadre de jazzahead!, à Brême. Sélectionné avec Arthur Possing feat. Joel Rabesolo et SINGÜLAR, le projet ouvrira cette soirée pensée pour donner une visibilité plus forte à la scène jazz luxembourgeoise auprès des programmateurs, médias et professionnels présents au salon. Cette présence s’inscrit dans une dynamique engagée depuis plusieurs années par Kultur | lx à jazzahead!, rendez-vous majeur du secteur qui réunit chaque printemps, en Allemagne, plusieurs milliers de professionnels venus du monde entier. Une manière, aussi, d’ancrer plus nettement le Luxembourg dans les circulations internationales du jazz contemporain.

jazzhead.de

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