L’hiver a ce don particulier de tout ralentir ; et ce n’est pas ce début d’année pluvieux qui nous fera dire le contraire.
Pour beaucoup, c’est une saison que l’on traverse plus qu’on ne la savoure, en attendant que le froid passe. Heureusement, Flavour Trip est là pour nous remonter le moral avec des paysages apaisants et des mixes feel-good.
Derrière ces sets house qui ont rassemblé plus de 810 000 abonnés sur YouTube et 124 000 sur Instagram, Amii Watson et Jimmi Harvey redéfinissent discrètement la culture DJ. Leurs sets ne courent pas après la nuit. Ils prennent place en cuisine, au bord de la mer ou devant des paysages montagneux. La recette reste la même : de la house music, de la bonne nourriture, une vie au ralenti et ce sentiment d’être exactement là où l’on doit être.
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Une vie entourée de musique
« Mon tout premier souvenir, c’est mon père qui jouait de la guitare dans la maison », raconte Amii Watson. Son frère a suivi la passion de leur père pour l’instrument, tandis qu’elle s’est tournée vers les arts visuels. Un moment, pourtant, est resté enfoui pendant des années : adolescente, elle a vu deux femmes DJ derrière les platines au Rocas, à Luxembourg-ville. Elle a été fascinée.
« Mes parents ne jouaient pas d’instruments, mais mon père écoutait énormément de musique et avait une immense collection de CD », partage Jimmi Harvey. Son éveil musical commence lorsque son père emmène leur famille au Paléo Festival en Suisse chaque été, de son enfance à son adolescence. Dans la foule, en regardant des groupes comme Muse et Placebo, quelque chose s’est déclenché. Il a reconnu ce désir de devenir musicien.
De son côté, Amii était dans une section artistique, puis a étudié la communication et le design, obtenant une licence et un master tout en travaillant dans l’art visuel et le graphisme. Ce n’est que bien plus tard, encouragée par des amis qui lui ont simplement dit qu’elle en était capable, qu’elle s’est autorisée à se lancer dans le DJing. Le souvenir de ces deux femmes derrière les platines est alors revenu, prenant soudain tout son sens.
Jimmi, lui, a étudié la musique de manière formelle, apprenant la guitare et le solfège au conservatoire. Au fil des années, il a évolué dans plusieurs groupes, du metalcore à l’indie pop, tournant à l’international et connaissant à la fois les sommets et les désillusions du succès.

©Flavour Trip
Flavour Trip : la recette
Ils se connaissaient depuis des années, s’étant croisés dans la scène musicale luxembourgeoise avant de vraiment se rapprocher par la collaboration créative. Dès qu’ils ont commencé à travailler ensemble, les projets ont suivi naturellement, bien avant la naissance de Flavour Trip.
Pendant la pandémie, un sentiment général de pause forcée s’est fait lourdement sentir. Un séjour à Malte fut une première expérience : télétravail, un climat plus chaud et l’aperçu d’une autre façon de vivre. Cette étincelle s’est transformée en une question plus vaste : pouvaient-ils vivre autrement ? En 2022, ils ont décidé d’essayer.
Ils ont quitté le Luxembourg avec un van et quelques affaires, finançant leur voyage grâce au freelance, Amii en design, Jimmi en production musicale. Après un certain temps, il a fallu réfléchir à la manière de rendre ce nouveau mode de vie durable. L’idée de Flavour Trip est née dans une cuisine en Croatie. En cuisinant ensemble, musique en fond sonore, ils ont compris que le moment lui-même était le concept.
Plutôt que des performances live, ils ont choisi l’intimité. Plutôt que les clubs, des Airbnbs chaleureux et des paysages. Plutôt que la culture nocturne, des sets filmés en journée. Le nom s’est imposé naturellement : « Trip » pour leur vie nomade et le voyage musical qu’ils construisent, « Flavour » pour les expériences et les aventures qu’ils collectionnent en chemin.
« J’ai toujours admiré les musiciens pour la manière dont ils peuvent créer une connexion si directe avec leur public, comme un échange émotionnel. Ça va vers l’auditeur et ça revient vers vous, et on le ressent encore plus quand on est émotionnellement sensible », confie Amii.
Leur lien avec la house music s’est approfondi après un festival Defected en Croatie, où ils ont découvert un son plus lent et plus authentique, loin de l’EDM commercial. Pour Amii, l’histoire de la house compte autant que son rythme. Ses recherches universitaires l’ont menée à ses racines dans les communautés noires, latino et LGBTQ de Chicago, des espaces de liberté, de résistance et de guérison collective. Pour eux, la house music porte des valeurs d’inclusivité, d’égalité et de vivre-ensemble. Ces origines sont toujours audibles, toujours pertinentes dans un monde marqué par la division et l’incertitude.
« Si votre bonheur et votre santé dépendent du regard des autres, cela peut être très dangereux quand vous jouez en live et que vous partez souvent en tournée. C’est un mode de vie irrégulier et très épuisant. C’est pour ça que beaucoup de musiciens et de DJs adoptent des stratégies toxiques pour tenir le coup », fait remarquer Jimmi.
Ni Amii ni Jimmi ne s’identifient au mode de vie DJ traditionnel fait de nuits blanches, d’excès et de tournées incessantes. Ils privilégient la routine, le repos et la santé mentale. En se concentrant sur des sets filmés, ils gardent le contrôle de leur temps, de leur énergie et de leur créativité. La nature joue un rôle central dans cet équilibre. Se produire face aux montagnes ou au bord de la mer apporte perspective et ancrage.
Leurs adresses préférées au Luxembourg
Malgré leurs voyages, le Luxembourg reste leur cocon. Lorsqu’ils reviennent, ils privilégient le temps passé avec leurs proches, mais ont accepté de partager quelques adresses cosy pour affronter le blues hivernal.
Pour un brunch
« Je suis une grande fan de brunch, et le Café Numéro 12 est de loin le meilleur endroit », suggère Amii.
Pour une balade
« Quand il fait un peu moins froid, juste pour prendre l’air, on aime se promener dans le Mullerthal », recommandent-ils tous les deux.
Pour une nouvelle coupe de cheveux
Leur recommandation coiffure : Kim, au salon de coiffure Belle Hair à Diekirch.
Pour un dîner romantique
« Le Mesa Verde est un très beau restaurant végétarien dans la capitale. Encore mieux en été avec la terrasse », ajoute Amii.
Pour bien manger
« Amii adore le gratin de pâtes à l’arrabbiata et moi une bonne pizza chez Gran Sasso », révèle Jimmi. « Et aussi Mister Goofy pour les meilleurs burgers et frites », ajoute-t-il.
Pour boire un verre et danser
The Flying Dutchman.
Pour des soirées cinéma
Cinéscala.
« Et pour une soirée cinéma cosy à la maison, pourquoi pas un marathon Harry Potter ? », partage Jimmi.
L’hiver, reconnaissent-ils, reste difficile. Voyager est un privilège que tout le monde n’a pas, et ralentir n’est pas toujours naturel, surtout dans une culture qui valorise la productivité.
« Beaucoup de gens nous disent qu’ils utilisent nos sets en fond pendant qu’ils travaillent. Certains ont même deux écrans : un pour travailler, un autre avec l’un de nos sets pour voyager avec nous et être au soleil », raconte Jimmi.
« On n’a pas besoin de feux d’artifice pour se sentir vivant. Parfois, il suffit de bonne musique, de bonne nourriture et de s’autoriser à ralentir », conclut Amii.
Retrouvez Flavour Trip sur Instagram et sur Youtube.
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