Fondatrice de Bloom Paris, Pauline Favier développe depuis cinq ans une marque de textile et d’art de vivre construite hors des logiques saisonnières.
Passée par la télévision avant de se tourner vers l’entrepreneuriat, elle travaille le coton et la couleur avec une attention constante portée à l’usage. Invitée chez Muse by pour un pop-up de deux jours, elle y a présente Bloom Paris dans un format simple, aux côtés de sa sœur Mathilde Favier, venue signer son livre : Mathilde à Paris. « Franchement, c’était super sympa », s’enthousiasme Pauline. Une rencontre courte, mais dense, fidèle à l’esprit de la marque: échanger, expliquer, partager ce qui fait le cœur du projet.
À lire aussi : Une icône de la mode parisienne au Luxembourg : Mathilde Favier
Une question de timing
Pauline Favier a longtemps travaillé dans la télévision : près de vingt ans dans un environnement structuré, rapide, très codifié. Quand son mari suggère l’idée de partir faire le tour du monde avec leurs deux enfants, Pauline Favier refuse d’abord : les enfants sont trop petits. Une question de timing. Et puis, le moment est venu ; un long voyage en famille, vécu comme une expérience fondatrice. En Inde, à Pondichéry, le textile s’impose dans son moodboard personnel. Il faut dire que le coton est partout dans les maisons, dans les gestes, bref dans chaque instant de la vie quotidienne. On l’utilise, on le lave, on le garde : cette relation directe à la matière marque durablement sa manière de penser un objet. Voilà que l’idée commence à germer.
Car cette expérience agit véritablement comme un déclic. Pauline Favier vient alors de passer vingt ans dans un univers où tout est formaté, rythmé, planifié. En Inde, elle découvre une autre temporalité, car les tissus ne sont pas liés à des collections ou à des saisons comme en Europe, mais à des gestes, à des habitudes. « Il y a une richesse dingue, il faut en faire quelque chose. » Son projet personnel commence à se structurer. De retour en France, le contexte professionnel accélère la décision. La télévision se réorganise, les repères changent. Du côté de Pauline, une certaine lassitude s’installe. Voire l’idée que quelque chose d’autre l’appelle. « Je me suis dit : est-ce que je continue dans la télé ou est-ce que je change ? Ma décision a vite été prise ». Bloom Paris comme une réponse directe à ce qu’elle a vu et compris en Inde : des objets simples, durables, pensés pour être utilisés. « J’ai choisi ces tissus parce que je les trouvais intemporels ».
Pauline Favier veut un nom simple, facile à prononcer – et dans toutes les langues – et, surtout, facile à retenir. « Bloom » s’impose. Elle lui accole Paris, pour le singulariser. Bloom pour l’idée d’épanouissement, Paris pour l’ancrage. La matière vient d’Inde, mais le regard et l’esprit eux, sont bel et bien parisiens. Bloom Paris naît ainsi d’un enchaînement clair : le timing est, une fois encore, au rendez-vous.
Bloom Paris : une ADN singulière
« Bloom Paris n’est pas une marque de mode ». Pauline Favier insiste sur ce point. Les premières pièces sont des sets de table, « des objets simples et abordables ». Pauline Favier choisit ses tissus pour leur capacité à durer « et parce que je les trouvais intemporels ». Elle avance sans investisseurs, en fonds propres, par essais successifs, ventes privées et retours directs.
Très vite, une philosophie enveloppe la marque. Mettre du beau là où on ne l’attend pas forcément. Sur une table, dans une chambre, dans des gestes ordinaires. Pauline Favier insiste sur ce point. Pour elle, le beau est un moteur. « Je pense que manger sur un joli set de table, boire dans un joli verre, se coucher dans un joli lit, ce sont des petites choses qui rendent le quotidien moins lourd ». Bloom Paris se construit autour d’une conviction, celle selon laquelle la beauté apaise.
Dès lors, la couleur occupe une place centrale dans ce rapport au beau. Pauline Favier en parle avec une énergie communicative. « La couleur, c’est comme des bonbons pour des enfants ». Elle évoque son impact direct sur l’humeur, sur l’espace, sur la manière de vivre un intérieur. « J’ai besoin de vivre avec la couleur, même si chez moi elle est réservée aux arts de la table et à la chambre, plaisante-t-elle. Mon mari aime les décorations plus minimalistes ». De l’art du compromis
Une marque qui s’invente en progressant
Depuis la création de la marque, la production reste volontairement maîtrisée, entre Pondichéry et des ateliers en France. Pauline Favier parle de fidélité, de confiance, de relations construites dans le temps. Bloom Paris se définit comme une marque premium, mais refuse l’étiquette du luxe. « On vend du voile de coton ». Les prix couvrent une large gamme, « pour que tout le monde puisse s’offrir un peu de Bloom Paris ». La marque s’est développée en toute bienveillance, sans jamais forcer le rythme. À l’image de Pauline Favier.
Dès que Bloom Paris commence à prendre de l’ampleur, Pauline Favier s’entoure d’une associée de longue date, Axelle d’Hérouville une amie de maternelle, avec laquelle elle partage une relation de confiance ancienne. Elle prend en charge la structuration financière et le développement, tandis que Pauline Favier reste concentrée sur la création, la production et la vision globale de la marque.
À présent, Bloom Paris compte deux boutiques à Paris : la première boutique se trouve 7 rue Nicolo dans le 16e arrondissement, une seconde, au 97 rue du Bac (Paris 7e). L’ouverture de la seconde boutique parisienne a marqué un tournant, rendue possible par l’entrée au capital de cette troisième associée, d’abord cliente de la marque, avec laquelle Pauline Favier et Axelle d’Hérouville partagent une même vision du temps long, du travail bien fait et d’un développement fondé sur la confiance plutôt que sur la croissance à tout prix. La gamme s’est élargie à l’art de vivre, à la décoration, aux accessoires, sans modification de la ligne initiale. Pauline Favier parle de son travail avec une forme de joie très directe. « Bloom, c’est mon troisième enfant ». Une présence quotidienne, exigeante, mais choisie. « Je suis libre. Et la liberté, c’est vertigineux et jubilatoire à la fois ».
Bloom Paris : 97 rue du Bac, Paris 7 ; 7 rue Nicolo, Paris 16
Muse by : 60 Grand Rue, Luxembourg-Ville
À lire que le même sujet
Vintage au Luxembourg : la mode que l’on aime deux fois plus
7 marques de bijoux stylés et abordables
Mode « Made in Luxembourg » : Yanis Miltgen, la couture entre mode et art