C’est chez Muse by, une boutique chic située dans le centre de Luxembourg-Ville, que nous avons rencontré Mathilde Favier à l’occasion d’une soirée intime. La directrice des relations publiques de Dior y dédicaçait son ouvrage, Mathilde à Paris, dédié à l’art de vivre à la parisienne et à l’élégance à la française, paru aux éditions Flammarion.
Avant la séance de dédicaces, dans une ambiance égayée par les pochettes colorées de Bloom Paris, la marque parisienne créée par sa sœur, Pauline Favier et Axelle d’Hérouville, nous avons échangé avec l’icône parisienne dans le sous-sol aux allures de speakeasy de luxe de la boutique.

©Claire Brausch
Votre livre rassemble un carnet d’adresses, à la fois intime et universel. Vous citez votre famille comme une source d’inspiration majeure…
J’ai eu la chance de naître dans un milieu artistique, joyeux et généreux, entourée de personnes pour qui le détail a toujours eu une importance capitale. Ma famille est en effet ma première source d’inspiration, mes enfants le sont également devenus. Ma vie elle-même est une inspiration. Quand on a la chance d’avoir beaucoup voyagé, tant pour son métier que dans le cadre de sa vie privée, Paris, lorsqu’on y revient, est la plus belle ville du monde. Le monde actuel va très vite, et j’ai eu envie de partager et de fixer la trace de ce qui subsiste encore de cet idéal que je me fais de Paris. Parce que les restaurants ferment, certains lieux sont rachetés, des institutions vieillissent, ce qui fait évidemment partie de la vie. J’ai gardé en tête l’idéal d’un certain Paris, et je voulais que ce livre en soit un témoignage pour les générations à venir.
Vous avez beaucoup voyagé. Pourquoi avoir finalement choisi d’écrire sur une ville comme Paris ?
Après avoir tant parcouru le monde, je ne vieillirai jamais ailleurs qu’à Paris. C’est revenir chez moi, dans ma ville, ma maison. Une ville où je pourrais conduire ou marcher les yeux fermés, une ville qui a un parfum bien à elle. Je pourrais atterrir à Paris les yeux bandés et savoir immédiatement que j’y suis : c’est tout simplement chez moi. Ce livre est une déclaration d’amour, un hommage à cette ville qui me comble de beauté.
Paris aurait donc un parfum ?
Un parfum du temps. Paris est avant tout une femme, avec des états d’âme ; je n’en parle jamais au masculin. Quand il pleut, elle sent la pluie. Quand il fait beau, elle a l’odeur d’une certaine chaleur contre la pierre, une chaleur très charnelle et séduisante. Elle a l’odeur du charme, qui est un parfum presque indescriptible. C’est vraiment une ville charmante. Je viens d’ailleurs de terminer un livre, La Vie Parisienne, sur le XVIIe siècle, et on y voit déjà à quel point le raffinement, le sens du détail, de la beauté et du savoir-vivre était une véritable obsession des Parisiens, en tout cas d’une certaine Parisienne.
Mathilde à Paris, Emily in Paris… Comment définiriez-vous la Parisienne en 2025 ?
J’ai rencontré l’actrice Lily Collins, mais je n’ai pas encore regardé la série. J’ai constaté le succès phénoménal d’Emily in Paris et son influence, comme les files d’attente au Café de Flore ou chez Carette Paris. C’est une très bonne chose. Ce n’est pas exactement le Paris que je décris, mais on m’identifie souvent à une Parisienne, donc le titre de mon livre était logique. Surtout, il s’agissait de partager un certain art de vivre, pour que la jeunesse se souvienne que c’est important. Ce n’est pas une question de moyens, mais d’attacher de l’importance au détail.
De fait, la vie et les générations évoluent. Je pense que les Parisiennes qui sont dans la vingtaine aujourd’hui sont beaucoup moins relax que les générations précédentes. Ayant évolué dans la mode, nous aimions nous habiller et nous étions très légères. Je crois que la conjoncture actuelle ne permet plus cette même légèreté. À leur âge, nous étions plus insouciantes. La Parisienne d’aujourd’hui est tout aussi charmante, mais elle est plus méfiante, et elle a bien raison.
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L’art de recevoir, de la table et du détail sont très présents dans cet ouvrage. Pourquoi sont-ils si importants pour vous ?
En dehors des drames tels que la maladie, nos vies sont assez semblables au fur et à mesure que l’on vieillit. Ce qui les différencie, ce sont les détails qu’on y met, la façon dont on la regarde. J’ai la chance de voir la vie – ou du moins de tâcher de n’en retenir que le beau. Et pour moi, le beau, c’est le détail, la vérité, un regard. Pas forcément gai, parfois triste, mais c’est ce qui fait la différence. J’y attache beaucoup d’importance.
Je vois de ravissantes jeunes femmes, heureuses dans leur travail, qui aimeraient peut-être avoir des partenaires de vie. J’aimerais leur dire : prenez le temps de prendre soin de vous. Vous faire couler un bain avec des bougies, dresser une jolie table, mettre votre nourriture dans une assiette plutôt que de manger en faisant dix mille choses à la fois. Prendre le temps de bien vivre. Cela change tout, cela rend la vie plus jolie et plus agréable. Le temps est le luxe d’aujourd’hui.

©Delali Amegah
Et cet art de recevoir, qu’est-ce qui compte pour vous, en tant qu’invitée ?
En tant qu’invitée, je regarde moins les « chichis », comme le type de vase pour les fleurs. Bien sûr, quand c’est bien fait, c’est merveilleux ! Mais, ce que je retiens le plus, c’est la vérité, la sincérité, la simplicité et la qualité de ce que l’on mange. Le luxe aujourd’hui, c’est aussi de manger des aliments sains, comme une très belle tomate, d’avoir du bon vin, des produits fiables et traçables. Que l’ensemble fasse preuve de qualité.
Auriez-vous des adresses à recommander à nos lectrices du Luxembourg qui souhaiteraient passer un week-end à Paris ? Une recommandation du moment ?
J’ai connu cette adresse à New York, elle vient d’arriver à Paris avec déjà d’excellents échos : je recommande le thé, le déjeuner ou le brunch chez Saint Ambroeus, très sympathique, familial et très bon. Je recommande aussi vivement l’exposition sur la collection privée d’Azzedine Alaïa, qui collectionnait les robes de Christian Dior. Cela vaut vraiment le détour. Après un passage dans la Galerie Dior, vous pourrez déguster un excellent gâteau au café, ou prendre votre repas chez Monsieur Dior, où le chef Yannick Alléno a repris le flambeau – c’est délicieux.
Vous portez une attention bienveillante à la jeune génération. Quel conseil donneriez-vous aux jeunes femmes qui voudraient se lancer dans la mode ?
Si c’était à refaire ? Je referais exactement la même chose, même si tout n’a pas toujours été simple. Mon conseil : essayez de ne jamais vous décourager. Ce qui n’arrive pas à un moment précis arrivera plus tard, c’est certain. Gardez espoir, même si le chemin peut être long et laborieux, un moment viendra où il s’éclairera.
Muse by, 60 Grand Rue, Luxembourg
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