À 25 ans, Tali investit la Rockhal le 8 mai pour présenter Red Haven, son premier album. Un rendez-vous qui s’inscrit dans un moment de bascule : après l’Eurovision 2024, l’artiste passe à la musique à plein temps et élargit son public. Là où Wander documentait une phase de recherche entre New York et ses débuts de scène, ce nouveau projet marque une stabilisation de son écriture et une affirmation plus nette de son identité artistique.

Sa présence envoûte le studio du Lab de la Rockhal. Tali répète ses partitions, prélude d’un concert à venir le 8 mai. Quelques jours avant le grand soir, l’artiste nous a accordé une parenthèse des plus enchanteresses.

Avec maestria et détermination, Tali roule sa basse, ses guitares et surtout son piano dont elle joue depuis l’enfance. Trace sa route partout où les scènes européennes l’accueillent et creuse profondément son sillon dans le paysage musical actuel. On lui prête de faux airs de Billie Eilish dans les jolies fêlures de sa voix. Mais Tali possède sa propre signature, bien à elle, qui fusionne les genres.

Du haut de gamme, à la mesure de la plus grande salle de concert du Luxembourg. À seulement 25 ans, l’autrice-compositrice et interprète peut déjà se targuer d’une jeune carrière aussi remplie que solide. Instant privilégié aux côtés d’une artiste dont la vie, ponctuée d’expériences fondatrices, est riche de tant de vécu et de maturité.

ELLE Luxembourg : La rencontre d’un artiste avec son public a toujours quelque chose de spécial. Que ressentez-vous à l’approche de ce rendez-vous, ici, à la Rockhal ? Avez-vous l’impression d’avoir invité tous vos amis à une grande fête à la maison ?

Icone citation

Rencontrer mes fans et mon public, c’est le plus important.

Tali : Je pense à ces moments tout le temps, à chaque instant, parce que je peux leur parler, échanger avec eux. Toute connexion humaine, c’est la raison pour laquelle je fais de la musique. Et chaque histoire personnelle qu’ils me racontent, chaque fois qu’ils disent qu’ils se reconnaissent dans mes chansons, c’est exactement pour ça que je fais de la musique et que je chante. Pour moi, honnêtement, ils sont la raison pour laquelle je continue à faire ce que je fais.

ELLE Luxembourg : La vie d’artiste démarre souvent par une succession de « petits » boulots afin de pouvoir faire vivre sa passion. Cela a été votre cas. À quoi ressemble votre vie d’artiste aujourd’hui ?

Tali : Absolument, oui ! J’ai eu plusieurs boulots pour survivre à New York. J’étais professeure de musique dans une école publique, coach vocal privée, nounou tous les jours. J’ai presque élevé une petite fille : j’ai été jeune fille au pair pendant trois ans, elle est, presque, comme ma fille. J’étais aussi professeure de langues. La nuit, seulement la nuit, j’écrivais et je donnais des concerts dans des sous-sols. J’ai donc traversé beaucoup de métiers et de situations différentes, parce que la ville était très chère et que je ne pouvais pas vivre de la musique.

Dieu merci, je peux en vivre à plein temps maintenant. Je ne dirais pas que c’est plus simple, je dirais que c’est plus incroyable. Tout ce que je fais, je l’adore. Tout est tourné vers la musique, ma propre musique et ma propre identité artistique. C’est donc extraordinaire pour moi. Ce n’est pas toujours facile, mais c’est beaucoup plus gratifiant, et j’en suis très reconnaissante.

Lire aussi : Que faire au Luxembourg en mai 2026 ?

ELLE Luxembourg : Vous décriviez votre premier EP Wander comme un « journal intime musical », dans lequel vous sondez les questions notamment liées à la famille, à l’identité. Votre nouvel album Red Haven (que l’on pourra écouter dès le 8 mai, ndlr.) est-il un prolongement de cette réflexion ?

Tali : Wander, c’était plutôt un voyage de découverte. Rien que le titre évoque l’idée de vagabonder autour du monde. J’étais plus confuse, plus jeune. Même si je suis encore jeune ! Avec Red Haven, qui évoque un lieu sûr, c’est comme un chapitre qui s’ouvre avec un peu plus de stabilité. Comme je l’ai dit, je suis aujourd’hui musicienne à plein temps. Donc c’est un peu plus de confiance, de stabilité. Et le rouge, pour moi, est une couleur très romantique, sexy, mais aussi très forte, audacieuse et tournée vers l’avenir.

Pour quelqu’un qui a beaucoup voyagé et qui a constamment changé, c’est un moment très fort en tant qu’individu, parce que Wander raconte l’histoire de cette fille qui essaie de comprendre les choses à New York, les difficultés d’être artiste. Maintenant, elle n’est pas encore totalement chez elle, mais elle trouve ce refuge. C’est clairement une continuité de mon histoire.

Courtesy of Tali

ELLE Luxembourg : Les métiers artistiques peuvent être émaillés de doutes lors de la création, mais il faut faire preuve d’aplomb au moment de monter sur scène et présenter son travail. Comment trouve-t-on le juste équilibre ?

Tali : Je crois que c’est un équilibre entre rester authentique et, en même temps, savoir jouer un peu le jeu. Pour moi, il s’agit de savoir comment rester le plus possible Tali pour mes fans et pour le public, tout en acceptant parfois d’exposer aussi les moments difficiles. Il faut savoir quand et quoi montrer. Je crois aussi beaucoup au fait que ma vie privée est différente de ma vie publique. Par exemple, je n’affiche presque jamais mes proches. Même si j’écris des chansons sur eux, ils ne sont pas mis en avant. Pour moi, c’est très important : j’ai choisi d’être publique, mais personne autour de moi n’a fait ce choix. Il faut trouver le juste milieu et garder ce qui est privé… privé. J’apprends clairement à le faire avec le temps.

ELLE Luxembourg : Vous êtes à la fois autrice, compositrice et interprète. Comment naissent vos chansons ? Par une mélodie qui danse dans votre tête, des mots qui vous parlent, ou un thème qui vous inspire ?

Tali : Ça dépend. Pour moi, c’est surtout la mélodie. J’entends une mélodie et je l’enregistre sur mon téléphone. Même en voiture, je l’enregistre. J’entends très souvent la musique d’abord. Parfois, quand je voyage ou quand je suis dans un avion, parce qu’il n’y a pas de wifi, je réfléchis beaucoup. Dans ces moments-là, j’écris des paroles et des titres. Un titre peut m’inspirer et ensuite j’écris une chanson à partir de ça, ou une sorte de citation. Mais je trouve plus difficile de composer une mélodie quand le texte est déjà écrit. C’est plus compliqué de l’adapter. Les mots viennent plus naturellement avec elle.

ELLE Luxembourg : Votre prestation sur Fighter à l’Eurovision en 2024 (pour laquelle Tali a offert une belle 13e place au Luxembourg après trente ans d’absence du pays au concours, ndlr.), vous a-t-elle ouvert des portes à l’international ? D’autant que vous maîtrisez plusieurs langues…

Tali : Oui, ça a changé ma vie ! Je suis passée de quatre petits boulots de survie à un travail de musicienne à plein temps. Désormais, je suis une personne plus forte. Je pense savoir faire preuve de gentillesse, tout en ayant la peau dure et en sachant m’imposer quand il le faut, exprimer mes opinions et être plus indépendante, plus forte en tant que femme dans l’industrie musicale. Donc oui, ça a clairement changé ma personnalité ; pas seulement ma carrière, mais aussi ma manière d’être en tant qu’être humain.

Icone citation

Je suis passée de quatre petits boulots de survie à un travail de musicienne à plein temps.

ELLE Luxembourg : Certains de vos titres, à l’instar de Fighter, prennent des accents orientalisants dans la façon dont vous faites chanter les paroles. La sonorité des textes semble avoir autant d’importance que le sens des idées pour vous ?

Tali : Ah oui ! Pour moi, ce qui est fou, c’est que Fighter a une touche moyen-orientale, mais aussi un rythme reggaeton. Pour quelqu’un qui est à moitié latina, à moitié moyen-orientale, c’est vraiment cool d’avoir une chanson en français, parce que j’ai grandi ici au Luxembourg, avec ce reggaeton lié à mon cœur latino et cette belle gamme musicale harmonique moyen-orientale. Tout ça ensemble, je pense que cela représentait vraiment qui je suis, ainsi que le Luxembourg. C’était une belle coïncidence que la chanson ait été écrite comme ça.

Concert et Red Haven release party à la Rockhal vendredi 8 mai, à 20 h.

rockhal.lu

À lire également sur le même thème

Danser plutôt que boire : le nouveau réflexe bien-être de la génération Z

À la Philharmonie Luxembourg, pOpera réunit 200 participants dans un opéra participatif

Milan Design Week 2026 : les projets à retenir entre grandes maisons et designers