Depuis la série Les Chemins de l’olivier sur Netflix, les constellations familiales, une thérapie qui explore les liens et blessures transgénérationnels, intriguent autant qu’elles séduisent. Immersion dans un atelier pour comprendre ce qui s’y joue.
Samedi matin, 9 heures. Hettange-Grande, à quelques minutes de la frontière luxembourgeoise. Le rendez-vous est donné au 100, rue Charles-de-Gaulle. Je monte les marches qui mènent à la porte d’entrée. À côté de la sonnette, une plaque verte annonce : « Virginie Jonas, énergéticienne et constellations familiales ». C’est pour cela que nous sommes là : découvrir, le temps d’une matinée, le principe des constellations familiales.
Une thérapie devenue populaire depuis la sortie sur Netflix de la série Les Chemins de l’olivier, qui l’a fait connaître auprès d’un public bien plus large, et qui repose en réalité sur une approche thérapeutique transgénérationnelle développée dans les années 1990 par Bert Hellinger, ancien prêtre allemand devenu psychothérapeute. Elle repose sur des mises en scène collectives, proches du jeu de rôle ou du psychodrame, censées faire émerger et apaiser des conflits familiaux hérités du passé.
La porte s’ouvre sur Virginie, quinquagénaire brune, veste de tailleur et lunettes fines, sourire doux aux lèvres ; loin de l’image mystique que l’on pourrait projeter. « Très jeune déjà, j’ai toujours eu l’envie d’aider les autres et toujours été hyperempathique, à ressentir les émotions des personnes et des animaux. La spiritualité s’est invitée dans ma vie vers la quarantaine, en croisant le chemin de deux énergéticiens qui m’ont fait prendre conscience de mes potentialités. J’ai commencé à suivre différentes formations, entamé un travail en profondeur sur moi-même. Mais il me manquait quelque chose… puis j’ai finalement découvert les constellations familiales », me confiera plus tard en aparté la thérapeute.
Ce matin-là, une douzaine de personnes, exclusivement des femmes, à l’exception d’un homme, sont au rendez-vous pour démarrer la séance. Dans cette pièce consacrée à la pratique, les murs sont tapissés de diplômes : magnétisme, sonothérapie, radiesthésie, hypnose, PNL… et des canapés sont disposés le long des murs, dégageant au centre un large espace.
Mettre en scène le système familial
« Avant chaque séance, j’ai un entretien avec ma cliente pour comprendre le contexte, retracer les grandes lignes de son arbre généalogique et identifier les événements marquants », précise Virginie.
Sandra (le prénom a été modifié) ouvre la séance. Habituée des constellations, elle consulte cette fois pour son fils, autiste, et évoque des difficultés d’autonomie qu’elle a du mal à accompagner. « Choisis quelqu’un pour te représenter, quelqu’un pour incarner ton fils et quelqu’un pour représenter le problème que tu exposes », lui demande la thérapeute.
Et c’est là tout le principe de la constellation : les participants deviennent les représentants symboliques des membres de la famille concernés par la problématique. « On crée ainsi un champ particulier en début de séance. Les représentants peuvent ressentir des sensations physiques, des émotions ou des pensées qui ne leur appartiennent pas, mais qui appartiennent à la personne qu’ils représentent. Ces perceptions permettent de comprendre ce qui se joue dans le système familial et d’harmoniser ce qui pose problème ».
Déjouer les loyautés invisibles
À l’écoute de leurs ressentis, les représentants se placent une première fois au centre du groupe, puis se rapprochent, s’éloignent ou se repositionnent en fonction des questions de Virginie. D’autres figures entrent progressivement en scène, incarnant des ancêtres jusqu’à la septième génération.
Au fil de la séance, des objets sont également utilisés pour symboliser des conflits ou des charges émotionnelles. Ces derniers sont alors remis à l’ancêtre auquel il semble appartenir, comme pour replacer dans la lignée ce qui s’était déplacé. Une mise en scène qui permet de travailler sur des loyautés invisibles, liées à des héritages matériels ou symboliques et de rééquilibrer les dynamiques familiales.
« Salomé, même si tu es là en tant que journaliste, souhaites-tu participer ? » Je pensais effectivement juste observer, mais l’envie de me prêter à l’expérience l’emporte, et me voilà debout au centre de la pièce, incarnant une ancêtre sous le regard de rangées de descendants symboliques.
« Que ressens-tu ? »
Certes mon cœur bat un peu plus vite et il y a comme une légère chaleur dans ma tête. Est-ce simplement parce que tous les regards sont tournés vers moi ? Ou autre chose ? Difficile à dire. Je décris ce que je ressens, sans chercher à interpréter. Autour de moi, au fil des questions de Virginie, les corps continuent de se déplacer, une femme me prend la main, d’autres s’enlacent… Une heure passe ainsi. À la fin, une explication au problème de Sandra semble se dessiner. Cette dernière est émue, un peu secouée. Un débriefing lui permettra ensuite de mettre des mots sur ce qui a émergé.
Harmoniser le transgénérationnel
Après une courte pause, une deuxième constellation démarre. C’est au tour d’Yvonne (le prénom a été modifié) de parler cette fois de colère inexpliquée envers sa mère décédée qu’elle tente en vain de comprendre.
« Je vous demande de ne pas parler de ce qui se passe durant les constellations », rappelle Virginie. Je n’entrerai donc pas dans les détails, mais là encore, je fais partie des représentants. L’expérience est plus intense. Je « ressens » véritablement des choses envers ces personnes autour de moi que je ne connais pas. Une affection soudaine pour une participante que j’avais à peine remarquée.
Puis, au fil des mouvements des représentants, d’ancêtres donc, l’impression de toucher au cœur du problème, d’en comprendre l’origine, comme si un secret familial se révélait… Et les confessions d’Yvonne en fin de séance valideront mon ressenti. « Dès qu’il y a une souffrance, le constellateur vérifie si les causes peuvent être transgénérationnelles. Si c’est le cas, il propose une harmonisation. Ce travail amorce un processus de libération pour le client et son système familial. Bien sûr, il ne se substitue pas à un traitement médical ou à une psychothérapie ».
Une méthode qui interroge
La matinée touche à sa fin, mais Virginie enchaînera dès 14 heures avec un second atelier au Luxembourg. Dans la voiture, sur le chemin du retour, je m’interroge. Que penser de cette pratique qui en intéresse beaucoup, mais qui reste controversée ?
Les notions de « champ » ou de « perceptions représentatives » ne reposent pas sur des validations scientifiques établies. Certains psychologues évoquent des mécanismes connus : effet de groupe, suggestion, identification projective, empathie, puissance de la mise en scène collective. Dans un cadre sécurisé et émotionnellement chargé, il n’est pas surprenant de ressentir intensément. Ce que j’ai vécu peut-il s’expliquer ainsi ? Peut-être. D’autant que dans un domaine encore peu encadré, la prudence reste de mise : mieux vaut s’informer sérieusement sur la formation et l’expérience du constellateur avant de se lancer.
Reste que les retours des clients de Virginie sont probants : une peur de prendre la voiture débloquée en un mois après une séance, des réconciliations soudaines, une grossesse après des difficultés à procréer, des déblocages professionnels, une rencontre amoureuse… Thérapie, mise en scène symbolique ou simple révélateur émotionnel : l’expérience ne laisse en tout cas pas indifférent.
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