Le 16 juin 2026, la Chambre des députés luxembourgeoise a voté, à 51 voix contre 6, l’inscription de la liberté de recourir à l’IVG dans la Constitution. Le Luxembourg devient le deuxième pays au monde à franchir ce cap, après la France en mars 2024.

« Nous sommes en train d’écrire une page d’histoire ». Marc Baum, député de déi Lénk, l’a affirmé devant la Chambre mardi 16 juin ; il n’exagérait en rien. Par 51 voix contre 6, le Parlement luxembourgeois a inscrit la liberté de recourir à l’IVG dans la Constitution. Deux pays au monde ont franchi ce cap. La France, le 4 mars 2024. Le Luxembourg, mardi 16 juin 2026.

Droit à l’IVG au Luxembourg : de la tolérance à la garantie

Jusqu’ici, l’État luxembourgeois tolérait l’avortement, sous conditions, dans un cadre légal qu’une majorité suffisait à modifier. Désormais, il en garantit la liberté. Dans le premier cas, c’est l’État qui accorde. Dans le second, c’est la femme qui détient.

Le texte constitutionnel parle de « liberté de recourir à l’IVG », et non de « droit à l’IVG ». Ce choix lexical n’est pas anodin : en effet, la liberté est individuelle, négative ; elle protège de l’ingérence de l’État. Le droit, quant à lui, est positif : comprenez, il crée une obligation pour l’État d’en garantir l’accès effectif. Ce compromis dit cependant quelque chose des limites de ce vote : on protège la liberté formelle. L’accès réel, lui, reste un chantier ouvert.

Lire aussi : Non, le féminisme n’a pas confisqué le débat sur l’IVG. Il l’a rendu possible.

Les droits récents demeurent les plus fragiles

En 2022, la Cour suprême américaine a annulé Roe v. Wade : cinquante années de protection effacées en un arrêt. Un droit construit sur la jurisprudence reste exposé aux majorités qui changent, aux rapports de force qui se renversent. La réponse constitutionnelle ferme cette porte.

Au Luxembourg, la dépénalisation de l’IVG date de 2014, soit douze ans, ce qui, il est vrai est peu. D’autant que les droits récents sont toujours les plus fragiles, précisément parce qu’ils n’ont pas encore l’évidence de l’ancienneté. L’inscription dans la Constitution est également un acte fort de transmission : s’assurer que la génération suivante n’aura pas à se battre pour ce que la précédente a arraché.

Le corps des femmes, toujours un enjeu politique

Ce vote intervient dans un contexte précis. Aux États-Unis, les législations anti-IVG se multiplient depuis 2022. En Europe, les mouvements pro-vie gagnent du terrain en Italie, en Hongrie, en Pologne. Le slogan « Vos corps, nos choix », scandé au lendemain de l’élection de Trump, résumait un programme. Inscrire la liberté d’avorter dans la Constitution, c’est soustraire ce sujet au débat politique ordinaire et le sortir de la table des négociations électorales, où il n’a rien à faire.

51 voix contre 6 est tout sauf anecdotique

Au CSV, parti de droite chrétienne, une majorité de députés a voté pour. Laurent Zeimet a résumé la position du groupe : renforcer la liberté des femmes. Pas la tolérer, non : la renforcer. Dans un paysage politique européen où ce type de consensus se fait rare, c’est une donnée qui compte.

Ce vote place par ailleurs le Luxembourg dans une dynamique qui dépasse ses frontières. Deux pays en Europe ont désormais franchi ce cap constitutionnel. En 2024, le Parlement européen a voté une résolution en faveur de l’inscription du droit à l’avortement dans la Charte des droits fondamentaux de l’UE. La France, le Luxembourg ; deux précédents qui pèsent dans ce débat.

Liberté de recourir à l’IVG au Luxembourg : ce que la Constitution ne fait pas

En 2023, 1 193 femmes ont formulé une demande d’avortement au Luxembourg, soit une hausse de 46 % par rapport à 2022. Derrière ce chiffre : des situations concrètes, un besoin d’accompagnement médical et psychologique, des parcours qui se heurtent à des obstacles que le texte constitutionnel ne lève pas.

Le Luxembourg attend encore un délit d’entrave à l’avortement, ce dispositif qui protège les femmes des pressions exercées à l’entrée des cliniques, des informations fausses, du harcèlement moral. La France, elle, l’a depuis 1993.

Fatima Rougi, présidente du Planning Familial de Luxembourg, l’avait formulé au moment du premier vote, en mars : « On est passés d’une dépénalisation à une dédiabolisation ». Ce second vote confirme ce déplacement. Il reste à s’assurer que la dédiabolisation descend jusqu’au réel, jusqu’aux femmes qui, concrètement, ont besoin d’y accéder.

À lire également sur le même thème

Yuriko Backes : « Nous ne reculerons pas d’un millimètre »

IVG : où en est-on au Luxembourg ?

Fatima Rougi : la nouvelle voix du Planning familial