L’écrivaine, journaliste et militante américaine, qui s’est battue toute sa vie pour les droits des femmes, s’est éteinte à l’âge de 92 ans

Elle avait compris que l’estime de soi est une construction sociale, et c’est autour de cette intuition qu’elle avait théorisé son ouvrage Estime de soi. La révolution part de vous, republié par Vanda Edizioni. Un livre qui n’est pas un manuel de développement personnel (ceux sur l’estime de soi sont presque tous écrits par des hommes), mais qui est plus utile que n’importe quelle formule, car il raconte l’histoire de nos renoncements, ces projets que nous n’entreprenons pas parce que nous ne nous sentons pas à la hauteur.

Gloria Steinem avait les pieds bien ancrés dans le réel. Écrivaine, intellectuelle, féministe et défenseure des droits, elle a inspiré l’engagement de millions de femmes à travers le monde. Elle est décédée hier, le 2 septembre 2026, à son domicile de New York, entourée de ses proches, à l’âge de 92 ans : c’est ce qu’a annoncé la fondation qui porte son nom. « Le plus beau cadeau de Gloria était sa capacité à écouter les autres, à leur donner le sentiment d’être vus et entendus. Ses paroles, ses actes et son exemple ont donné aux gens le courage d’être pleinement eux-mêmes. Gloria est restée fidèle à son esprit indépendant, toujours animée par la curiosité et un grand sens de l’humour. »

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Fondatrice de Ms. Magazine, Gloria Steinem, comme elle l’a elle-même raconté dans son autobiographie My Life on the Road (2015), a traversé de nombreuses vies en une seule. C’est d’ailleurs de cet ouvrage qu’est né The Glorias, film biographique consacré à la féministe américaine et réalisé par Julie Taymor, dans lequel quatre actrices différentes incarnent Steinem : Ryan Keira Armstrong pour l’enfance, Lulu Wilson pour l’adolescence, l’actrice oscarisée Alicia Vikander pour la période entre 20 et 40 ans, tandis que l’autre interprète oscarisée, Julianne Moore, campe la période suivante, celle des années 1970, avec son style inimitable — cheveux raides et lunettes aviateur.

Ms. Magazine et la révolution de Gloria Steinem

Avec Dorothy Pitman Hughes et Patricia Carbine, Steinem fonda en 1972 Ms. Magazine, le premier magazine féministe mensuel diffusé à l’échelle nationale et destiné à un large public féminin. L’objectif était de raconter des histoires qui ne trouvaient pas leur place ailleurs, et de les faire parvenir aussi aux lectrices que les autres magazines féministes, plus confidentiels, ne touchaient pas. Pour Steinem, la sociabilité comme acte politique fut la marque de son engagement, qui l’a menée jusqu’au bout dans des batailles de terrain. La fondation rappelle ses « Talking Circles », qui réunissaient des centaines d’invités dans son salon et dont elle espérait qu’ils lui survivraient.

Elle en parle aussi dans son prochain livre, An Unexpected Life, à paraître : « Je vis depuis plus de cinquante ans dans cette maison de grès, dans des pièces qui ont vu passer d’autres vies avant la mienne et qui en connaîtront d’autres quand je ne serai plus là. » « Ce livre — peut-on lire dans le communiqué de la fondation annonçant sa disparition — ainsi que son engagement à faire de sa maison un centre pour les mouvements de justice sociale, comptent parmi les nombreux dons que Gloria a faits au monde, dans l’espoir qu’ils produisent des effets appelés à se propager sur les générations futures. Gloria citait souvent ce dicton : “Le battement d’ailes d’un papillon peut changer le temps à des centaines de kilomètres de distance.” »

Les dernières volontés de Gloria Steinem

Même la mort devient, pour Steinem, l’occasion d’un geste qui prolonge son engagement social. Plutôt que des fleurs, elle a demandé que l’on fasse un don à la Gloria’s Foundation : « Gloria aimait la tradition qui consiste à allumer des feux sur les collines pour éclairer le chemin vers l’autre versant de la montagne. Allumer une bougie pour Gloria, c’est rejoindre ce cercle communautaire, mondial et céleste », peut-on lire dans le communiqué.

La biographie de Gloria Steinem

Née en 1934 à Toledo, dans l’Ohio, Steinem a connu une enfance itinérante en raison des déplacements incessants de son père, vendeur ambulant. La famille se déplaçait en caravane, et les tensions entre ses parents — sa mère Ruth Nuneviller et son père Leo Steinem — créèrent rapidement une atmosphère lourde et difficile. Sa mère tomba malade de ce que l’on qualifiait alors, de façon générique, de « dépression nerveuse », et le couple se sépara quand Gloria avait 10 ans. Pour sa mère commença alors une longue et douloureuse période d’allers-retours en hôpital psychiatrique.

Après un voyage en Inde, elle rentra aux États-Unis pour chercher du travail comme écrivaine et journaliste, mais, parce qu’elle était une femme, on ne lui confiait que des sujets de mode, de célébrités ou de voyages, alors que ses centres d’intérêt étaient tout autres. Steinem décrivait cette période de sa vie comme « déchirée, de façon presque schizophrène, entre carrière et conscience ».

Le premier numéro de Ms. et les batailles pour les droits des femmes

Puis vint la naissance de Ms. Le premier numéro officiel parut en kiosque le 1er juillet 1972, avec en couverture une illustration de Wonder Woman et le slogan « Wonder Woman for president ». On y trouvait, entre autres, un article utilisant certaines situations vécues par l’héroïne de bande dessinée pour évoquer des problèmes répandus chez les femmes, comme la discrimination de genre au travail — et surtout un article intitulé We Have Had Abortions (« Nous avons avorté ») : plus de 50 femmes, dont certaines très célèbres comme l’écrivaine Susan Sontag, y déclaraient avoir eu recours à une interruption de grossesse, à une époque où l’avortement était encore interdit dans de nombreux États américains.

Gloria Steinem et le combat pour le droit à l’avortement

Steinem elle-même rendit public son propre avortement, pratiqué en 1957 grâce à l’aide du médecin britannique John Sharpe, alors que l’acte était encore illégal. C’est à ce médecin qu’elle dédia son autobiographie My Life on the Road. Ms.deviendra une revue culte, référence pour les féministes du monde entier. « Nous cherchions un moyen de parler avec honnêteté de notre expérience et des sujets qui nous concernaient », disait-elle en évoquant l’un des anniversaires du magazine. Les thèmes abordés restent parmi les plus brûlants : harcèlement sexuel, égalité salariale, avortement, loi sur l’égalité des sexes, violence domestique, garde d’enfants.

Article initialement paru sur elle.it

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