À l’approche du 8 mars, certaines adresses parisiennes prolongent l’histoire de celles qui ont écrit, pensé et déplacé les cadres. De l’hôtel Une autre chambre aux expositions consacrées à Simone Veil ou Mickalene Thomas au Grand Palais, elles composent un week-end ancré dans leurs traces. Sélection non exhautive des coups de cœur ELLE Luxembourg.
Le point de départ de notre escapade se situe rue Bailly, dans le 3e arrondissement. Ouvert récemment dans le Marais, l’hôtel Une autre chambre a été conçu comme un hommage explicite aux figures féminines qui ont marqué l’histoire intellectuelle, artistique et politique. L’établissement compte 17 chambres, chacune associée à une personnalité. Simone de Beauvoir, Angela Davis, Joséphine Baker ou encore Gisèle Halimi donnent leur nom aux espaces.
La chambre Simone de Beauvoir rassemble plusieurs ouvrages de l’autrice, posés sur des étagères basses. Dans celle dédiée à Angela Davis, des textes et des images prolongent son engagement. Le projet repose sur cette idée simple : faire exister ces trajectoires dans un lieu de passage.
L’hôtel se trouve à moins de dix minutes à pied du Centre Pompidou et de la Seine, et à proximité immédiate de plusieurs lieux d’exposition. Les chambres sont proposées à partir d’environ 180 euros la nuit.
Où ? Une autre chambre, 3 rue Bailly, Paris 3e.
Le quartier permet ensuite de poursuivre le week-end à pied.
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Lire et transmettre
À une quinzaine de minutes en métro, la librairie Un livre et une tasse de thé, dans le 10e arrondissement, s’est imposée comme une adresse identifiée pour sa sélection attentive aux autrices. Fondée par deux femmes, la librairie propose romans, essais et poésie, avec une place importante accordée aux voix contemporaines.
Sur les tables, les textes d’Annie Ernaux côtoient ceux de bell hooks, Mona Chollet ou Audre Lorde. Le lieu accueille également des rencontres et des discussions régulières. On peut s’y installer, lire, ou simplement parcourir les rayonnages.
Où ? Un livre et une tasse de thé, 36 rue René Boulanger, Paris 10e.
À quelques stations de là, le Mémorial de la Shoah consacre actuellement une exposition à Simone Veil, intitulée Mes sœurs et moi. Le parcours, accessible gratuitement, revient sur son engagement politique à partir de documents personnels, de photographies et de correspondances. L’exposition retrace les étapes qui l’ont conduite jusqu’au vote de la loi sur l’interruption volontaire de grossesse, en 1975.
Où ? Mémorial de la Shoah, 17 rue Geoffroy-l’Asnier, Paris 4e. Entrée libre.
Au Musée du Luxembourg, l’exposition consacrée à Leonora Carrington rassemble peintures, dessins et archives. Longtemps associée au surréalisme sans en être pleinement reconnue, l’artiste y apparaît dans la continuité de sa propre trajectoire.
Où ? Musée du Luxembourg, 19 rue de Vaugirard, Paris 6e.
Tandis qu’au Grand Palais, Mickalene Thomas présente une série de portraits qui interrogent la représentation des femmes noires dans l’histoire de l’art. L’artiste reprend des codes classiques pour en modifier le centre.
Où ? Grand Palais, avenue Winston-Churchill, Paris 8e.
Enfin, dans le 19e arrondissement, la programmation du 8 mars s’organise cette année autour du festival TellesM 2026, Femmes en Mouvement, qui tient sa deuxième édition. Pensé comme une vitrine d’œuvres réalisées par des femmes du monde entier, le festival enchaîne portraits, projections et rencontres, avec un fil rouge clairement annoncé: l’engagement collectif face aux violences, aux guerres et aux discriminations de genre et de race. L’édition revendique une approche écologique et décoloniale, en montrant comment la création devient un levier de justice, de paix et de solidarité.
Programme : mairie19.paris.fr
Le soir, des lieux investis
À une vingtaine de minutes de métro du centre de Paris, Montvenus s’est installé boulevard Paul-Vaillant-Couturier, à Montreuil. Ouvert en 2024 par Hélène Carreira et Andréa Bellemere-Laussat, le lieu se présente d’emblée comme un bar queer et féministe, conçu à la fois comme un espace de sociabilité et de programmation. Concerts, vernissages d’artistes de la communauté, rencontres et événements organisés régulièrement prolongent cette intention.
Le lieu lui-même reste de taille modeste. Banquettes, murs colorés, lumière basse. La carte rassemble une série de cocktails maison, autour de 12 euros, dont plusieurs versions sans alcool, dans une logique d’inclusivité revendiquée par les fondatrices. Le dimanche, le bar accueille également des rendez-vous pensés pour favoriser les rencontres au sein de la communauté.
Situé à la sortie du métro Mairie de Montreuil, Montvenus s’inscrit dans un territoire qui accueille depuis plusieurs années une partie de la scène artistique et militante parisienne.
Où ? Montvenus, 6 boulevard PV Couturier, Montreuil
Dans le Marais, La Mutinerie occupe depuis 2013 un local de la rue Saint-Martin. Fondé par un collectif de militantes, le lieu a été pensé dès l’origine comme un bar lesbien, féministe et queer, à la fois espace de fête et espace politique. À Paris, où la plupart des établissements historiques ont fermé au fil des années, La Mutinerie s’est installée dans la durée.
La programmation s’organise presque tous les soirs. DJ sets, soirées drag, projections, ateliers d’autodéfense féministe, rencontres et lectures s’y succèdent, dans une logique d’ouverture et de transmission. Le lieu accueille également des permanences associatives et des événements organisés par des collectifs militants.
Le bar lui-même reste volontairement simple. Un comptoir central, quelques tables, une piste rapidement pleine en fin de semaine. La carte propose bières, vins et cocktails à des prix qui restent accessibles pour le quartier.
Située à quelques minutes à pied du Centre Pompidou, La Mutinerie s’inscrit dans le paysage du Marais, tout en conservant une fonction spécifique : celle d’un lieu conçu et occupé par celles qui, longtemps, n’avaient pas d’espace dédié.
Où ? La Mutinerie, 176-178 rue Saint-Martin, Paris 3e.
Enfin, dans le 11e arrondissement, Le Coyote occupe un angle discret de la rue du Faubourg-Saint-Antoine. Ouvert par un collectif issu de la scène queer parisienne, le lieu fonctionne à la fois comme bar, restaurant et espace de programmation, avec l’idée de proposer un environnement où les identités et les usages ne sont pas assignés.
En début de soirée, la salle accueille une clientèle mêlée autour d’une carte courte, composée de plats à partager et d’assiettes simples. Le bar prend ensuite le relais. DJ sets, performances et soirées organisées régulièrement prolongent cette première partie plus calme. La programmation évolue au fil des semaines, avec une attention portée aux artistes et collectifs émergents.
Le lieu lui-même reste volontairement accessible. Tables en bois, grandes baies vitrées ouvertes sur la rue, comptoir central. L’adresse attire à la fois les habitués du quartier et un public plus large, venu pour ses soirées.
Situé à quelques minutes à pied de la place de la Bastille, Le Coyote s’inscrit dans un arrondissement où plusieurs espaces indépendants ont ouvert ces dernières années, participant à déplacer le centre de gravité de la scène queer parisienne.
Le Coyote, 53 rue du Faubourg-Saint-Antoine, Paris 11e.
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