Depuis plus de dix ans, Nina Tomàs développe une pratique construite autour de la peinture, du textile et de l’installation, où le corps apparaît de manière récurrente, mais rarement dans son intégrité.

Une œuvre menée dans la durée, où les mêmes motifs reviennent, se déplacent et se recomposent, selon des logiques d’association, de fragmentation et de transformation. Le choix du médium ne précède jamais le sujet. Il intervient comme une réponse, au moment où une question précise appelle une forme spécifique. Cette recherche se déploie aujourd’hui dans Arborescences, une exposition présentée à la Galerie Nosbaum Reding, à voir jusqu’au 28 février.

Cette approche se met en place progressivement. Nina Tomàs grandit au Luxembourg, dans un environnement multiculturel, avant de suivre des études universitaires en arts plastiques à Paris et à Aix-en-Provence. Elle s’inscrit alors dans un parcours académique classique, davantage orienté vers la théorie que vers la pratique. « J’avais entendu dire qu’être artiste n’était pas un choix très sûr », explique-t-elle. Elle envisage un temps de devenir enseignante ou chercheuse.

Le basculement intervient lors d’un échange universitaire au Québec. Contrairement au système français, la pratique artistique y est pleinement intégrée à l’université. Les étudiants disposent d’ateliers et produisent leurs propres œuvres. « C’est là que je me suis rendu compte que je n’étais pas prête à arrêter », évoque Nina Tomàs. « J’avais l’impression que quelque chose commençait seulement à se développer ». À son retour, elle décide d’intégrer l’École supérieure d’art et de design Marseille-Méditerranée, où elle obtient son diplôme en 2016.

Courtesy of Nina Tomàs

Le fragment comme méthode

Le corps constitue déjà un point de départ central. Très tôt, Nina Tomàs travaille à partir de planches anatomiques. Le fragment s’impose comme une méthode. « Une peinture, ça se compose et ça se décompose ». Le fragment permet d’isoler certaines zones, de déplacer l’attention, de reconstruire autrement. Il introduit également une question d’échelle. « Plus on se rapproche, plus on découvre des éléments extrêmement précis. Et plus on s’éloigne, plus on perçoit l’ensemble différemment ».

Cette logique se prolonge dans l’espace d’exposition lui-même. Lors de ses premières résidences à Bruxelles, notamment au Carrefour des Arts, son atelier coïncide avec le lieu d’exposition. Elle commence alors à travailler directement dans l’espace, en intégrant les murs, le sol et l’architecture à ses compositions. « Je pouvais créer à l’intérieur même du lieu d’exposition, ce qui me permettait de visualiser comment un fragment pouvait se déployer dans l’espace ».

Le corps comme outil de perception

Parallèlement, le textile prend une place croissante dans son travail. La broderie introduit une autre temporalité, fondée sur la répétition et la durée. « Certaines pièces demandent des centaines d’heures de travail », explique-t-elle. « Le geste devient automatique ». Ce processus s’inscrit dans une pratique plus large. En parallèle de son travail artistique, Nina Tomàs enseigne l’Ashtanga yoga et accompagne un professeur dans ses formations internationales. Cette activité structure son rapport au corps et à la perception. « Le yoga permet d’observer ce qui se passe à l’intérieur. Le corps devient alors un outil de perception ».

Courtesy of Nina Tomàs

Cette attention portée à la perception se retrouve dans ses expositions récentes. Présentée à la galerie Nosbaum Reding Projects, son exposition Arborescences marque sa troisième collaboration avec cet espace. Le lieu a évolué depuis sa première exposition. Elle s’en empare différemment. Certaines œuvres prolongent des recherches engagées précédemment. D’autres introduisent de nouvelles directions.

Une installation présentée dans l’exposition en constitue un point de synthèse. Sur une petite table, une peinture représente une forme organique ouverte. Au centre, une colonne en porcelaine composée de trente-trois éléments empilés évoque une colonne vertébrale. « Cette pièce montre ce passage entre l’intérieur et l’extérieur », raconte Nina Tomàs.

Au fil des années, son travail intègre plusieurs collections publiques, notamment celle du Musée national d’histoire et d’art au Luxembourg. Cette reconnaissance intervient après une période d’incertitude, au moment où elle sort des études. « Les prix que j’ai reçus à ce moment-là m’ont donné confiance. Cela m’a permis de prendre le risque de continuer ».

Une fois exposées, les œuvres quittent définitivement l’atelier. « Une fois que c’est là, c’est complet, je n’y pense plus ». Certaines pièces disparaissent dans des collections. D’autres réapparaissent plus tard, sous une forme différente. Mais, au départ, il n’est toujours question que de fragment.

Arborescences, Nina Tomàs, à voir jusqu’au 28 février à la Galerie Nosbaum Reding, nosbaumreding.com

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