Au coeur du bâtiment HELIX, dans le siège de POST Luxembourg, l’exposition Voies Pluri•Elles déroule une histoire interne sur près de deux siècles, entre documents, images et entretiens filmés. L’exposition, gratuite et ouverte du 5 mars au 4 avril, suit l’évolution de la place des femmes dans l’entreprise, sans se limiter à un récit patrimonial.
Isabelle Faber, Directrice Ressources humaines, Relations publiques & RSE, met immédiatement en exergue la nature du projet : « Nous tenons sur les termes d’exposition documentaire », dit-elle, avant de rappeler la genèse de ce projet. « En marge de la journée internationale des Droits des Femmes, nous nous sommes demandé ce que nous pourrions faire, non seulement pour ajouter notre pierre à l’édifice sur ce sujet pour lequel la vigilance est plus que jamais de mise, mais qui soit aussi durable dans le temps. Et qui reflète vraiment ce qui se passe depuis deux siècles au sein de cette société, sans posture ni langue de bois. C’est là que nous avons eu l’idée de retranscrire l’évolution des métiers des femmes chez POST ».
La première séquence est une chronologie installée sur les vitres. Elle ramène à 1842, année de fondation de l’établissement Poste et Télécommunications, puis avance par étapes, textes, dates, extraits. Aurélie Genin, Responsable Patrimoine & Archives, curatrice de cette exposition le dit sans détour : « jusqu’au début du siècle dernier, très compliqué de trouver des données ». Elle cite des sources institutionnelles (dont des publications de la Chambre des députés) et une collecte d’archives internes. Côté images, le décalage est encore plus net. « Ne parlons même pas de photos de femmes au travail, très compliquées à trouver », dit-elle. Dans le parcours, un repère est posé : 1941, première photo officielle de femmes au travail. Les photographies deviennent plus présentes ensuite, « à partir, je pense, après-guerre ».
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Du patrimoine au présent, sans éléments de langage
Après la partie historique, l’exposition bascule dans le contemporain avec une dizaine de collaboratrices, toutes mises en avant à travers des portraits et des interviews filmées. Les séquences vidéo sont consultables sur place « grâce un QR code (…)qui permet d’écouter et regarder les interviews in extenso en intégralité », précise Isabelle Faber, qui insiste sur le ton des entretiens. « Une parole simple et assumée, sans vernis ; c’était une franchise absolue », dit-elle, en mentionnant la présence, ce jour-là, de Jessica Marisa Delgado, Chargée Transaction Monitoring, l’une des femmes interviewées avant de poursuivre : « J’ai toujours été attentive aux femmes dans ma vie, et dans ma carrière aussi. J’ai eu des mentors, des femmes et des hommes, mais j’ai beaucoup évolué grâce à une femme chez PostFinance. Et si cette exposition peut servir à quelque chose, c’est aussi à ça : sortir de l’idée de rivalité, et rappeler qu’entre femmes, on a tout à gagner à s’entraider ».
Le choix des profils est revendiqué sans formule : Isabelle Faber refuse l’expression “métiers d’hommes”, mais en assume le constat. « Des fonctions traditionnellement occupées par des hommes », dit-elle, quand elle évoque les postes présentés, avec l’idée de rendre visibles des trajectoires professionnelles et des prises de responsabilités dans des secteurs encore fortement genrés.
L’exposition est complétée par un travail photographique, réalisé par Anouck Flesch, et par une brochure qui reprend notamment le point de vue du directeur général et celui d’Isabelle Faber, ainsi que les portraits des collaboratrices mises en avant.
Des “premières” dans la gouvernance, et des chiffres affichés métier par métier
Le parcours intègre aussi des jalons internes liés à la gouvernance : « la première directrice, les premières femmes administratrices, notre première présidente du conseil d’administration (…) nommée l’année dernière », et « la première femme représentante de la délégation du personnel (…) au conseil d’administration ». Isabelle Faber rappelle un détail factuel : jusqu’à récemment, parmi les représentants du personnel siégeant au conseil, « il n’y a jamais eu de femme ».
Autre choix, très concret : afficher des données. Isabelle Faber ne cherche pas à enjoliver le diagnostic et le dit au présent. « On n’est absolument pas fiers, aujourd’hui, des pourcentages de femmes, leur représentation (…) au niveau des femmes dirigeantes, on n’est pas bons », affirme-t-elle. Jessica Marisa Delgado renchérit « dans les métiers de la finance, on dénombre certes plus de femmes, mais aucune n’endosse de fonctions managériales ». Et Isabelle Faber de renchérir : « il y a toujours une marge de progression ». Sur les panneaux, POST indique « le pourcentage par métier » et assume les variations : « Il y en a qui augmentent, il y en a qui baissent ». L’idée est de poser un état des lieux lisible, sans prétendre refermer le sujet.
Au milieu du parcours, une œuvre sert de point de fixation : The Deciders (2015) de Berthe Lutgen, prêt exceptionnel du ministère de la Culture. Isabelle Faber raconte la décision comme une démarche volontaire : « Soyons fous », se souvient-elle, en évoquant la demande de prêt de l’original. Le tableau met en scène des décideurs sous un arc de triomphe, avec très peu de femmes, et est présenté comme une pièce en résonance avec ce que l’exposition documente.
En parallèle, POST déploie la campagne nationale « Carrières Pluri•Elles » : des portraits visibles dans l’espace public (abribus), pensés pour toucher au-delà du bâtiment HELIX. L’exposition prévoit aussi des visites guidées sur réservation et vise explicitement les jeunes publics : « On a écrit aux écoles, aux lycées. Il y a déjà des écoles qui se sont inscrites pour faire des visites », conclut Isabelle Faber.
Infos pratiques :
Voies Pluri•Elles – Parcours de femmes au fil du temps, POST Luxembourg, Bâtiment HELIX, 38 place de la Gare, Luxembourg (gare).
Du 5 mars au 4 avril 2026. Entrée gratuite ; Horaires : lu–ve 9h–18h ; sa 9h–12h ; fermé le dimanche ; Visites guidées privées et visites de groupe (à partir de 6 personnes) sur réservation : heritage@post.lu.
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