Aux Rotondes, l’artiste et designer Ruth Lorang ( aka ruth.atelier ») a conçu un atelier qui détourne le jeu « Qui est-ce ? » afin de raconter l’histoire de femmes oubliées dans le cadre de la Journée internationale des droits des femmes. Pensé avec l’institution culturelle luxembourgeoise et développé pendant un an, le projet sera ensuite déployé une semaine durant dans les écoles primaires et les lycées. À travers le collage et le jeu, elle cherche à transmettre aux enfants des figures féminines absentes des récits dominants, dans un contexte où les espaces de dialogue se réduisent. ELLE Luxembourg est allé à sa rencontre.

Comment est né cet atelier ?

Ce sont les Rotondes qui m’ont contactée. Joëlle Linden a eu l’idée de ce workshop autour de la Journée internationale des droits des femmes et nous l’avons développé ensemble. Ça a pris un an. On a créé un jeu inspiré du « Qui est-ce ? », mais uniquement avec des femmes, plus ou moins passées entre les mailles de la grande Histoire. Trois workshops sont prévus aux Rotondes les 07 et 08 mars. On s’est dit que ce serait important de le prolonger ensuite dans les écoles primaires et les lycées : c’est ce que nous ferons la semaine du 09 au 13 mars.

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Pourquoi était-il important pour vous de l’emmener dans les écoles ?

J’ai insisté pour aller dans les écoles, justement parce que le public y est plus varié. Il y a différentes opinions, différents milieux qui se rencontrent. J’espère que ce projet pourra retisser des liens. Aujourd’hui, on vit dans une période très polarisée, où les gens restent entre eux. L’école est ce lieu qui permet encore ces rencontres.

Que se passe-t-il, selon vous, quand un enfant reconstitue le portrait d’une femme qu’il ne connaissait pas auparavant ?

Je pense qu’il y a d’abord de la curiosité. Les enfants doivent s’intéresser à son histoire, à ce qu’elle a fait. On ne reconstitue pas seulement son visage, mais aussi les éléments qui ont marqué sa vie, sa profession, ce qu’elle a laissé. L’aspect physique n’est pas le plus important. Ce sont les traces qu’elle a laissées.

Pourquoi avoir choisi le collage comme médium ?

Le collage permet différentes formes d’expression. On peut travailler avec des photos, des textures, du dessin. Tous les publics ne sont pas forcément à l’aise avec le dessin, donc ça permet à chacun de trouver sa manière de représenter cette femme. Le collage est aussi tridimensionnel. On travaille dans des boîtes d’allumettes, qui créent une profondeur. Selon l’angle, on découvre des détails différents.

Le jeu repose sur une sélection d’une vingtaine de figures féminines. Comment les avez-vous choisies ?

On a travaillé avec le CID au Luxembourg, consulté des livres, fait des recherches. On a voulu créer un mix. Il y a des figures connues, comme Simone de Beauvoir, mais également d’autres que même des adultes ne connaissent pas. On a essayé de couvrir différentes périodes, de Cléopâtre jusqu’à aujourd’hui, en passant par le Moyen-Âge.

On a aussi fait attention à la diversité. C’était important de ne pas montrer uniquement des femmes blanches occidentales, mais aussi des femmes asiatiques, africaines, d’Amérique latine, du Moyen-Orient. Et des femmes issues de domaines différents : la politique, le sport, la musique, les sciences, l’activisme.

©Nathan Roux

Qu’est-ce que leur oubli raconte, selon vous ?

Ces femmes ont influencé l’histoire, la politique, les sciences. Le fait qu’elles soient oubliées montre qu’on vit dans un patriarcat, où les femmes restent souvent en deuxième rang. Leurs inventions ou leurs contributions ont été éclipsées par des figures masculines. C’est pour ça qu’on veut les remettre en lumière.

Le jeu occupe une place centrale dans l’atelier. Pourquoi ce choix ?

Le jeu permet de communiquer des informations autrement. Il rend les choses plus accessibles. À la fin de l’atelier, les participants peuvent jouer avec les portraits qu’ils ont créés. Ils posent des questions, ils apprennent en jouant. Ça enlève le côté lourd que certains sujets peuvent avoir et ça les rend plus accessibles.

Considérez-vous cet atelier comme un geste politique ?

Pour moi, clairement, oui.

Vous vous définissez comme une artiste engagée. Comment vivez-vous la période actuelle, marquée par des remises en cause des droits des femmes dans plusieurs pays ?

Sincèrement, je suis inquiète. Même si au Luxembourg, certaines avancées existent, je pense que les droits des femmes peuvent toujours être remis en question. La lutte n’est pas finie. Il faudra toujours continuer à parler de ces sujets, pas seulement pour les femmes, mais pour toutes les minorités.

Qu’attendez-vous de cet atelier ?

Je n’ai pas vraiment d’attente précise. Je reste ouverte à l’expérience. J’espère simplement que les participants seront curieux, qu’ils découvriront ces femmes et qu’ils s’en souviendront.

©Navid Razvi

L’atelier « Qui est-ce ? » se tiendra aux Rotondes en luxembourgeois, avec deux séances destinées aux enfants (à partir de 10 ans), les samedi 7 et dimanche 8 mars de 10h à 12h, ainsi qu’une séance pour adultes le samedi 7 mars de 16h à 18h. Plus d’informations sur rotondes.lu

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