Au Luxembourg, des ateliers proposent désormais d’apprendre à gérer les premières heures d’une crise ou d’une perturbation majeure. Jusqu’à présent, les femmes sont nettement majoritaires parmi les participantes.
Ces dernières semaines, l’actualité comme les réseaux sociaux le montrent : même les pays que l’on pensait les plus sûrs peuvent être confrontés à des crises ou à des perturbations majeures susceptibles de bouleverser le quotidien de leurs habitants.
Dans ce contexte, la capacité à faire face aux imprévus s’impose peu à peu dans le débat public, portée aussi par des stratégies européenne et nationale qui appellent à mieux préparer les citoyens.
Ainsi, au Luxembourg, certaines initiatives proposent d’ores et déjà de se former à la bonne manière de réagir, à l’image d’Allions | Project Resilience, qui organise des ateliers consacrés à la gestion des premières heures d’un incident — des formations où près de 70 % des participantes sont des femmes. « Nous sommes dédiés à la préparation concrète, à la résilience et à ce que nous appelons la continuité humaine — la capacité des personnes, des foyers et des équipes à rester capables, calmes et fonctionnels lorsque les systèmes habituels sont perturbés. La préparation devrait être vue comme une ceinture de sécurité. On met une ceinture juste au cas où, pas parce qu’on s’attend à avoir un accident. On veut toujours arriver à destination, et on suppose que la vie va suivre son cours normal. Mais cette couche de protection apporte de la tranquillité d’esprit et rend le trajet plus sûr. Pour nous, la résilience fonctionne de la même manière. Ce n’est pas du pessimisme. C’est de la maturité, du sens des responsabilités, et une façon plus calme de vivre avec l’incertitude », expliquent Alexandre Nogues et Yon Elosegui, fondateurs d’Allions.
Des ateliers pour bien réagir en cas de perturbations majeures
Dans ces ateliers menés par des professionnels expérimentés, les participantes et participants travaillent sur des situations réalistes, auxquelles tout un chacun pourrait être confronté. « Cela peut être une panne d’électricité, une inondation, des troubles civils, une rupture des communications ou une perturbation temporaire des approvisionnements. Nous abordons les priorités des premières 72 heures — souvent les plus confuses —, le plan d’urgence familial, la préparation concrète du foyer, les outils et équipements utiles, ainsi que la manière de prendre de meilleures décisions sous stress. L’objectif n’est pas de noyer les participants sous la théorie, mais de leur donner une structure qu’ils pourront réellement utiliser », précise Alexandre Nogues. Car face à une situation de crise, certaines réactions peuvent encore davantage compliquer les choses. « Les erreurs les plus fréquentes sont le déni, l’attente, l’excès de confiance et la dépendance à l’improvisation. Les gens supposent que tout reviendra à la normale immédiatement. Ils attendent trop longtemps. Ou bien ils confondent optimisme et préparation. Nous entraînons la prise de décision sous stress en simplifiant, en donnant aux participants des priorités claires, des scénarios réalistes et des cadres pratiques dont ils peuvent se souvenir. Sous stress, les gens n’ont pas besoin de plus de complexité, mais d’un meilleur premier réflexe ».
Quand les femmes prennent les devants
Depuis le lancement de ces formations en 2025, les femmes y sont largement majoritaires, représentant près de sept participantes sur dix. « Dans notre expérience, les femmes abordent souvent la préparation d’une manière très lucide et très concrète. Elles ne recherchent généralement ni le drame ni l’ego, mais de la clarté, des compétences et la capacité de protéger ce qui compte. Elles pensent souvent immédiatement au foyer, aux enfants, aux routines, aux médicaments, à la communication et à la stabilité émotionnelle sous pression. Cela rend les formations pratiques à la résilience particulièrement pertinentes pour elles, parce qu’elles en perçoivent très vite la valeur concrète ». Pour autant, les fondateurs se gardent d’en tirer des conclusions trop catégoriques. « Une bonne préparation est avant tout humaine, pas masculine ou féminine. Cela dit, nous observons souvent chez les femmes un mélange fort d’anticipation, de réalisme et d’attention aux autres. Elles pensent non seulement à l’événement lui-même, mais aussi à ses conséquences et à la continuité. Et cela n’a rien de secondaire. Dans bien des situations réelles, c’est précisément ce qui permet à un foyer ou à un groupe de continuer à fonctionner. Leur résilience est souvent sous-estimée parce qu’elle ne se manifeste pas toujours sous la forme d’une confiance bruyante. Pourtant, dans une situation de perturbation réelle, l’anticipation, l’organisation, la stabilité émotionnelle et le jugement pratique sont des forces considérables ».
Maria Carvalho, docteure en pharmacie au Luxembourg, a participé à l’un des ateliers de six heures proposés par Allions. « En tant que mère de deux enfants et professionnelle de santé, je considère qu’il est de notre responsabilité d’être prêts à faire face à des situations imprévisibles et à prendre les bonnes décisions au bon moment. Ce workshop m’a apporté une préparation concrète et structurée. Il m’a donné des repères simples, pratiques et immédiatement applicables dans la vie réelle ». Cette mère de deux enfants de 46 ans a d’ailleurs pu rapidement mettre à profit sa formation, lors d’un déplacement professionnel. « Je me suis retrouvée aux États-Unis en pleine tempête arctique et j’ai gardé mon calme et appliqué les réflexes appris pendant le workshop », témoigne-t-elle.
Se préparer pour gagner en apaisement
Pour de nombreuses participantes, ces ateliers apportent également un sentiment d’apaisement. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, se préparer ne nourrit pas forcément l’anxiété. « Elles cessent de voir la préparation comme quelque chose d’extrême ou réservé à des spécialistes, et commencent à la considérer comme une forme normale et intelligente de responsabilité. Cela les laisse souvent plus calmes, plus confiantes et davantage en confiance avec leur propre jugement. La préparation aide justement parce qu’elle donne à leur anxiété une direction, une structure et une réponse concrète. Dès que les personnes posent quelques actions simples, le problème devient moins vague et moins écrasant. Même des mesures très simples font une vraie différence : stocker de l’eau, garder des batteries externes chargées, avoir des lampes de poche, conserver une petite réserve alimentaire, imprimer les contacts importants, vérifier les médicaments et définir un plan familial, énumère Yon Elosegui. Un kit aide, bien sûr, mais la vraie valeur n’est pas l’objet en lui-même. C’est le fait que l’incertitude diminue et que la capacité d’agir augmente ».
Reste aussi la question des enfants, souvent centrale pour les familles. Comment les préparer à d’éventuelles perturbations sans les inquiéter inutilement ? Pour les formateurs, tout repose sur une approche simple et rassurante. « On peut les préparer exactement comme on leur apprend la sécurité routière ou ce qu’il faut faire s’ils se perdent, calmement, simplement et sans dramatiser. En général, les enfants se sentent plus en sécurité lorsque les adultes sont calmes et qu’il existe un plan. Cela peut être aussi simple que de leur montrer où se trouve la lampe de poche, leur expliquer ce qu’est une panne d’électricité, ou répéter ensemble quelques routines simples et rassurantes à la maison ».
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