Au Luxembourg, de plus en plus de femmes ayant subi une mastectomie après un cancer du sein optent pour le tatouage mammaire en 3D. Rencontre avec deux bonnes fées qui réparent les corps meurtris.

Une ablation du sein laisse le corps profondément blessé dans sa chair. Les cicatrices témoignent d’un long combat fait de doutes, de larmes et de douleur. Elles donnent à voir une image de soi parfois difficile à soutenir. Laura Da Silva en sait quelque chose. Avant de démarrer son activité de tatoueuse paramédicale en 3D en 2022, cette infirmière hospitalière en oncologie à mi-temps s’est retrouvée « de l’autre côté, en tant que patiente ». L’épreuve a amplifié son envie « d’aider les autres et d’être encore plus dans l’empathie ».

Également artiste-peintre, elle fait parler sa créativité « dans l’idée de réconcilier les femmes avec leur corps ». Car après la reconstruction chirurgicale, le mamelon a généralement disparu. L’impression d’avoir « un sein sans visage, un corps incomplet. On ne se reconnaît pas ». Formations en poche, Laura a ouvert son studio Be by Laura (2 rue des Carrefours, Bridel) et intervient auprès d’associations, en proposant du coaching de vie et d’image. Son travail est désormais salué à l’international, puisqu’elle vient tout juste d’offrir une belle seconde place au Grand-Duché lors du concours Wulop Benelux.

« Cela les rassure car j’ai traversé la même chose »

Laura constate une hausse de la demande bien qu’elle ne tatoue jamais à la première rencontre, ni directement après une radiothérapie. Elle s’assure que la peau soit prête avant toute intervention. Elle prend le temps de mettre en confiance celles qui s’en remettent à ses soins. « Il y a beaucoup d’échanges, cela les rassure car j’ai traversé la même chose ». En transition, elle a développé des mamelons en silicone médical, plus vrais que nature et résistants à l’eau durant dix jours. Elle réalise en outre du camouflage de cicatrices, adapté à toutes les carnations.

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Au moment venu, Laura met ses connaissances picturales à profit pour « savoir comment gérer les perspectives, les pigments ». Lorsque les deux mamelons sont absents, « je peux prendre une empreinte sur une maman, une sœur ou une amie de la cliente. C’est un geste fort, comme un don », s’émeut Laura. L’émotion est encore plus forte quand ces femmes découvrent le résultat, face au miroir. « J’ai des frissons ». Comme cette fois où une dame de 70 ans lui a confié : « Enfin je me sens complète ». Ou cette autre, croisée au supermarché, venue l’embrasser. « Je mets le point final à la maladie », aime à penser Laura.

« Certaines reviennent pour un autre tatouage »

Monica Macedo prend elle aussi le temps de comprendre les attentes de celles qui passent la porte de son salon Monink Tatoos (73 route de Longwy, Pétange), qu’elle tient avec trois autres tatoueuses. « J’attends toujours que le feeling s’installe avant de parler », explique la jeune femme, qui s’est lancée dans l’aventure il y a cinq ans après un changement de carrière. Diplômée des Beaux-Arts et créatrice de sculptures sur le thème de la maternité, elle s’est formée au tatouage auprès d’un studio professionnel. « Au fil du temps, j’ai adapté mon style ». À savoir un dessin tout en finesse, fait de lignes et de transparence. « Je voulais faire des tatouages qui s’adaptent à tous les âges, peu importe la manière dont on s’habille, même si l’on porte une robe de mariée », explique Monica. Un univers féminin qui imprègne les lieux de ses tons clairs et espaces intimistes, loin de « l’ambiance rock et dark » habituelle.

©Monink

C’est en voyant un reportage télévisé sur le sujet que Monica décide de s’essayer au tatouage de l’aréole mammaire. Elle comprend vite « la responsabilité énorme » qui lui incombe vis-à-vis de ces femmes, à la fois pétries d’angoisse et pleines d’espoir. Elle peaufine son entraînement sur du silicone, investit dans les équipements adéquats. Prends toutes les mesures, observe les particularités de chaque peau. Depuis, elle a tatoué une cinquantaine de personnes, dont une pas plus tard que le matin de notre rencontre. La plupart sont orientées chez Monica par les hôpitaux et gynécologues. Elle est d’ailleurs aujourd’hui sollicitée par la Zitha Klinik pour des présentations.

Ses clientes ne souhaitent généralement pas regarder l’avancée de la prestation. Mais leur réaction émue à la dernière touche transporte constamment Monica. « Certaines reviennent parfois pour un autre tatouage », sourit-elle.

Prévention : les bons gestes à adopter

Si la reconstruction mammaire finalise le parcours purement médical, la prévention reste la première étape. C’est ce que les professionnels de santé et les associations rappelleront lors de la nouvelle campagne d’Octobre Rose au travers d’ateliers, de conférences, ou encore du Broschtkriibslaf, la course solidaire organisée par l’asbl Europa Donna Luxembourg (le 3 octobre au parc de Hesperange).

Cette dernière entend particulièrement sensibiliser à la nécessité du dépistage. « On a la chance au Luxembourg d’avoir baissé l’âge de la mammographie à 45 ans, parce qu’on s’est rendu compte que l’incidence du cancer du sein était assez présente en dessous de 50 ans », indique Laurie Mathay, chargée de direction. Entre 500 et 550 nouveaux cas sont recensés chaque année, selon le Registre national du cancer. « Détecter à un stade précoce, c’est presque 100 % de chances de guérison », souligne l’infirmière de formation spécialisée en oncologie. Elle le répète, le dépistage sauve des vies. « On sait que si le cancer est découvert assez tôt, on peut faire de la chirurgie conservatrice sans passer par des mastectomies radicales ».

« Prendre l’habitude de connaître son corps »

Une consultation annuelle chez son gynécologue est préconisée pour les femmes plus à risque (antécédents familiaux, problématiques d’hygiène de vie…). L’autosurveillance est également primordiale. « Prendre l’habitude de connaître son corps, c’est très important pour pouvoir évaluer le moindre changement et aller assez rapidement consulter », insiste Laurie Mathay.

Pour que la palpation soit efficace, il faut déjà observer son corps devant un miroir debout et couchée « parce qu’on ne ressent pas les mêmes choses ». Avec la pulpe de l’index, du majeur et de l’annulaire, on fait de petits gestes circulaires sur les seins, ainsi que sous les aisselles et les clavicules où des ganglions sont susceptibles de se loger. Les signes peuvent se manifester par une rétractation, inflammation ou écoulement du mamelon, l’apparition d’une bosse, d’un effet peau d’orange, d’une rougeur, croûte ou fossette, une déformation du sein, des douleurs ou tensions inhabituelles (plus rares). « Faire tout cela, c’est déjà mettre beaucoup de chances de son côté », pour éviter une forme grave.

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