Du cinéma aux jeux vidéo, Alexandra Hoesdorff défend au Luxembourg des histoires capables de circuler entre les formats et de toucher le public. La cofondatrice de Deal Productions partage sa vision d’un Luxembourg où création, financement et transmission font naître de nouveaux projets.

Cinéma, production, modèles de financement, propriété intellectuelle. La cofondatrice de Deal Productions est rompue aux mécanismes, mutations et promesses de cet univers dont elle parle avec une passion communicative. Aussi, lorsqu’on lui demande ce qui fait la réussite d’un projet, sa réponse tient en un mot : l’émotion. « Une histoire prend vie dans l’émotion qu’elle suscite auprès du public ».

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Son parcours ? Il s’est construit entre deux mondes, deux cultures. Des États Unis, où elle a débuté sa carrière, Alexandra garde le goût de l’ambition, l’esprit entrepreneurial et l’agilité du cinéma indépendant. De l’Europe, la richesse des coproductions transfrontalières, la collaboration entre cultures différentes et la diversité sociale. Deux influences qui façonnent toujours sa manière d’aborder les sujets. Deux cultures qui convergent vers une seule et même conviction. « Plus que jamais, le public exprime un besoin de s’émouvoir, de vibrer et de s’offrir un parenthèse d’émotion ».

Les histoires vont au-delà des technologies

Alexandra Hoesdorff regarde avec intérêt les frontières traditionnelles du cinéma s’effacer peu à peu. Film, série, jeu vidéo, expérience virtuelle. Pour elle, ces catégories comptent désormais moins que l’histoire qui les traverse. « Le public, lui, ne fait déjà plus cette différence. Les spectateurs cherchent avant tout des histoires. Leur forme vient ensuite ». Certes, les technologies du jeu vidéo entrent dans les studios de cinéma. Les expériences immersives modifient la manière de raconter. L’intelligence artificielle bouleverse déjà certains métiers. Mais elle refuse d’y voir une simple course à la technologie.

Ce qui l’intéresse est ailleurs. Dans la capacité d’une idée à grandir, à changer de forme et à surprendre. Une histoire peut commencer comme un roman, devenir une série, se transformer en jeu vidéo avant, peut-être, d’arriver au cinéma. Deal Productions l’expérimente actuellement avec « Hologrammatica », adaptation du roman de science-fiction de Tom Hillenbrand. D’abord imaginé comme une série, le projet pourrait finalement connaître une première existence sous forme de jeu vidéo. Cette liberté de circulation entre les univers lui ressemble. Ne pas s’arrêter aux catégories établies, mais regarder jusqu’où une idée peut aller.

Le Luxembourg, un laboratoire créatif

Alexandra Hoesdorff parle du Luxembourg avec ambition. Elle se réjouit notamment de voir le Film Fund Luxembourg soutenir désormais le prototypage de jeux vidéo. Le signe qu’un nouvel écosystème est en train de naître. « Le pays possède déjà des studios d’animation reconnus. Melusine Productions, Fabrique d’Images ou Radar. À cela s’ajoute une expertise financière, un environnement multilingue et une culture entrepreneuriale ». Un cocktail singulier en Europe.

Même la finance, parfois éloignée de l’émotion d’une salle de cinéma, se rapproche de la création. Des investisseurs considèrent la propriété intellectuelle comme un actif capable de se développer dans le temps. Pour Alexandra, la créativité n’est plus seulement un patrimoine culturel, elle devient aussi un levier économique stratégique.

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J’aimerais que notre pays devienne un lieu où naissent projets d’envergure internationale

Des initiatives, comme le Future Content Fund développé par IPR.VC, en sont l’une des illustrations. Elles permettent de réunir autour d’un même projet, créateurs, entrepreneurs et investisseurs institutionnels.

Son rêve ? Faire du Luxembourg une plateforme capable non seulement d’accueillir ou de financer des œuvres, mais de faire naître des univers. « J’aimerais que notre pays devienne un lieu où naissent et grandissent des projets créatifs d’envergure internationale ».

Une femme dans une industrie qui évolue

Lorsqu’on l’interroge sur la place des femmes dans les industries créatives, Alexandra Hoesdorff ne se présente jamais comme une exception. Au contraire. Elle cite immédiatement celles qui l’entourent. Jeanne Geiben, Marion Guth, Christel Henon, Bady Minck, Katarzyna Ozga, Roxanne Peguet, Emmanuelle Vincent, Hélène Walland, et bien sûr son associée chez Deal Productions, Désirée Nosbusch. Des productrices, entrepreneures, dirigeantes, qui contribuent à installer le Luxembourg sur la carte de la création européenne. « Nos parcours démontrent que le leadership féminin n’est pas une exception. Il constitue l’une des forces de notre réussite ». Alexandra n’a jamais oublié le film Thelma et Louise. Cette histoire de sororité radicale où deux femmes puisent, l’une dans l’autre, la force d’aller jusqu’au bout.

Il y a chez elle une fierté évidente à appartenir à cette génération. Mais aussi la conscience qu’une réussite n’a véritablement de sens que si elle ouvre la porte à la suivante. Son ambition ? Transmettre son savoir-faire. Derrière cette volonté ancrée, se cache aussi quelque chose de plus personnel. « Tout au long de mon parcours, j’ai bénéficié de la collaboration et de la générosité de celles et ceux qui ont cru en moi ». À présent, elle estime que c’est à son tour.

Une forme de dette heureuse qu’elle transforme en responsabilité vis-à-vis des générations suivantes. C’est sans doute pour cela qu’elle consacre une partie de son temps au mentorat de jeunes professionnels, notamment au sein d’ACE Producers.

Aucun obstacle n’arrête cette passionnée. L’ancienne cavalière sait l’importance de remonter à cheval après une chute. Battante. Patiente. Alexandra met toute son énergie dans ses projets, quitte à se battre pour ses équipes. Celle que son papa emmenait voir les westerns au cinéma Eldorado, place de la gare, est toujours aussi émue lorsqu’une salle vibre à l’unisson. Après des années passées à produire, financer et accompagner des films, c’est toujours ce moment-là qui lui rappelle pourquoi elle continue ce métier. « Cette émotion partagée reste irremplaçable ».

Alexandra Hoesdorff et Désirée Nosbusch © Cinémathèque de Luxembourg

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