Des œuvres tantôt poétiques, tantôt intrigantes, des sculptures à ciel ouvert et des vitrines transformées en galeries : l’art contemporain s’empare une nouvelle fois des rues de la capitale. Petit tour de l’Art Walk 2026 et de nos coups de cœur.

Envie de changer de vos itinéraires habituels pour courir ou faire vos pas quotidiens ? Ça tombe bien : depuis le 14 octobre, l’Art Walk a repris possession de Luxembourg-Ville, disséminant des œuvres un peu partout dans la capitale. En prélude à Luxembourg Art Week, ce parcours hors les murs fait sortir l’art contemporain des espaces d’exposition pour l’inviter sur notre chemin. Deux parcours sont à explorer : le Sculpture Trail qui rassemble onze œuvres et installations à ciel ouvert, et les Capsules qui investissent des vitrines inoccupées de la capitale, visibles 24h/24.

Art Walk 2026 : les coup de cœur ELLE Luxembourg

11 sculptures à découvrir en plein air

Démarrons la visite du côté du parc Dräi Eechelen où Marco Godinho présente A Head Like a Garden #1–8, une œuvre créée à l’origine pour le LUGA en 2025. Fontaine, acier Corten, terre, eau et végétaux composent ce drôle de jardin, ponctué de phrases poétiques gravées sur des plaques métalliques. Des mots pensés comme de petites consignes pour marcher, observer ou laisser vagabonder son imagination. Une œuvre qui nous invite surtout à regarder un peu mieux ce qui se trouve déjà devant nous…

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Changement d’ambiance au cœur de la vieille ville, au Lëtzebuerg City Museum, où, avec Bloque Series, Dagoberto Rodríguez assemble de grands blocs géométriques qui évoquent immédiatement les LEGO de notre enfance. L’artiste cubain les découvre après son premier voyage hors de Cuba, et leur système modulaire devient pour lui une manière de penser aussi bien la construction des villes que celle de nos sociétés. Derrière leurs formes presque familières, les sculptures parlent ainsi d’architecture, de mémoire et de politique. Rodríguez s’inspire notamment de sa maison d’enfance à Caibarién, dont il reconstruit certains fragments sous forme d’angles, de tours et de structures volontairement inachevées.

Du côté du Grand Théâtre, Jean-Claude Meynard revisite quant à lui un mythe bien connu avec Babel Pyramide. Ici, pas de briques ni de pierres : la structure en métal découpé est entièrement construite à partir de silhouettes humaines qui se répètent et s’imbriquent les unes dans les autres. Chez l’artiste français, la figure humaine est au cœur du travail et devient presque une forme géométrique. Dans cette drôle de tour de Babel, chaque personnage existe donc individuellement tout en participant à un ensemble plus vaste.

Terminons cette mise en bouche du Sculpture trail près du pont Adolphe, avec une œuvre qui attire le regard par son étrangeté. Avec Fork (ROTM), Gilles Pegel fait surgir du sol deux grandes hélices en acier inoxydable traversées par un cadre de BMX rose vif. Leur géométrie renvoie en fait au phénomène de « perversion hélicoïdale », décrit par Charles Darwin en 1865. Chez certaines plantes grimpantes, une spirale inverse soudainement son sens de rotation avant de poursuivre sa croissance. Gilles Pegel revient depuis plusieurs années à cette anomalie structurelle, qu’il utilise comme modèle pour penser la mutation, l’adaptation et ces moments où un ordre établi change de direction sans pour autant disparaître. Le titre de son œuvre n’a d’ailleurs pas été choisi au hasard : en informatique, un fork désigne la bifurcation d’un système vers une nouvelle branche.

Redonner de la vie aux vitrines délaissées

Après les sculptures à ciel ouvert, place aux Capsules, qui investissent les vitrines inoccupées de la capitale. L’idée ? Faire surgir l’art là où on ne l’attend pas forcément et, au passage, redonner un peu de vie à des espaces délaissés. Parmi elles, direction le 6-8, rue Jean Origer, où l’artiste luxembourgeois Pascal Piron s’attaque, avec Public Record, au registre luxembourgeois des sociétés. À l’aide d’un simple traceur à plume A4, il le reproduit ligne après ligne, en regroupant les entreprises selon leur adresse. Là où certaines en accueillent des centaines, les noms se superposent jusqu’à former une masse noire presque impénétrable. Car derrière ce geste presque mécanique se cache finalement une question toute simple : la ville que l’on voit est-elle vraiment celle qui existe sur le papier ?

Au Centre Neuberg, place du Théâtre, l’artiste iranienne Atefeh Majidi Nezhad signe une œuvre poétique avec Revision: Zero-G Columns. Inspirée par l’architecture de la mosquée Jameh d’Ispahan, elle transforme les imposantes colonnes de briques de l’édifice en 28 structures transparentes et suspendues, peintes à l’encre sur un délicat tissu en filet. Ici, plus question de soutenir quoi que ce soit : les colonnes flottent, fragiles, presque prêtes à disparaître. La lumière et les ombres se chargent du reste, modifiant leur apparence au fil de la journée. Une jolie façon de faire perdre toute pesanteur à des symboles traditionnellement associés à la solidité et au pouvoir.

Au 11, rue du Fort Bourbon, Ben Greber nous rend un brin nostalgique avec High Fidelity. Dans la vitrine, une platine vinyle, un amplificateur et deux enceintes sont présentés comme dans un magasin de Hi-Fi d’autrefois. À un détail près : ces moulages en plastique, brillants au premier regard, sont fissurés et semblent déjà tomber en ruine. L’artiste s’intéresse ici à ces objets autrefois désirables et symboles d’un certain statut social, peu à peu éclipsés par le MP3, le streaming et nos écrans. Et le choix de la vitrine n’a rien d’anodin : autrefois lieu où l’on venait rêver devant des objets inaccessibles, elle expose ici les vestiges d’un monde qui a presque disparu.

Terminons cette balade avec Furkan Titiz et son installation Lichtmüll, au 24-26, avenue de la Gare. Dans la vitrine, des sacs de chantier s’accumulent, remplis de luminaires récupérés sur des chantiers de rénovation, issus de commandes erronées, de surstocks ou tout simplement de la surproduction. Chaque semaine, de nouveaux viennent rejoindre l’installation. Mais c’est une fois la nuit tombée que celle-ci prend tout son sens : certains sacs s’illuminent de l’intérieur, grâce aux lampes jetées alors qu’elles fonctionnent encore. L’artiste pointe ainsi du doigt un paradoxe de notre époque : toutes les ressources nécessaires pour fabriquer ces objets face à la facilité avec laquelle on s’en débarrasse…

Retrouvez l’intégralité des parcours en téléchargeant la carte itinéraire par ici 

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