Patinage artistique, hockey sur glace, galas et cours pour tous : à Kockelscheuer, la glace est un terrain d’émotions autant qu’un sport. Récit, repères et voix de celles et ceux qui font la scène glacée du Grand-Duché.

L’hiver ici n’est pas qu’un décor : c’est une façon de se rassembler. À Kockelscheuer, la patinoire inaugurée en 1974 a grandi avec le pays. L’histoire commence pourtant plus tôt, à la fin des années 1960, quand les familles patinaient librement sur l’étang gelé du site. De cet engouement spontané est née une évidence : offrir une infrastructure dédiée à la glisse, capable d’allier pratique sportive, loisir et culture. Depuis, le lieu a été modernisé à plusieurs reprises et s’est doté d’une patinoire d’entraînement. Pendant des années, il fut même la plus grande salle de spectacle du Luxembourg, accueillant Disney on Ice, Holiday on Ice mais aussi ZZ ou les Backstreet Boys.

« C’est un endroit de vie avant tout : on y vient enfant, on y revient adulte et parfois avec ses petits-enfants », sourit Lex Fautsch, gérant de la patinoire. « Notre rôle est simple : proposer un espace sûr, accueillant et vivant, où chacun peut trouver sa place sur la glace ». Le matin, les écoles découvrent la glisse ; l’après-midi et le soir, les clubs s’entraînent ; le week-end, le public retrouve la glace en famille. « On ne veut laisser personne au bord de la piste, c’est notre boussole », résume-t-il.

Kockelscheuer propose depuis une dizaine d’années un programme structuré : cours collectifs pour débutants, intermédiaires et avancés, sessions adultes et cours particuliers pour progresser au rythme de chacun. Les enfants commencent dès 4 ans pour acquérir des bases solides et ludiques ; à partir de 6 ans, ils entrent dans des niveaux plus techniques. L’ambition est claire : transformer l’appréhension en plaisir, donner les clés pour évoluer en autonomie et en sécurité. Côté pratique, la réservation peut se faire en ligne ; l’achat et le paiement s’effectuent sur place. Les horaires, tarifs et disponibilités sont mis à jour en continu sur le site officiel de la patinoire.

Au centre du miroir glacé, le patinage artistique impose sa grâce. Le Club Hiversport Patinage Luxembourg (CHPL) a façonné plusieurs générations de glisseurs. Sa présidente, Mady Elvinger-Werner (fondatrice d’Ice Pearl), pose le cadre : « Le patinage, c’est la rencontre entre la force et la sensibilité. On construit une technique exigeante, mais on cultive surtout l’écoute du corps, du rythme et de l’émotion ». Le club revendique une pratique « du loisir à haut niveau », avec plus de 300 membres et un noyau de compétiteurs accompagnés dans la durée — sans négliger l’équilibre scolaire. « C’est une école de confiance et d’expression autant qu’un sport », insiste-t-elle.

©Caroline Toft, ICE PEARL Ice Gala 2024 by Frederik Kalbermatten

L’ancrage est ancien : club fondé en 1974, structuration fédérale deux ans plus tard, et naissance en 1978 de la Coupe du Printemps, devenue un rendez-vous international pour les jeunes talents. « La proximité des institutions sportives et l’émergence d’outils de formation ont professionnalisé notre écosystème ; nous sommes mobilisés pour placer nos jeunes sur la scène européenne », poursuit Mady. Elle n’oppose jamais exigence et poésie : avec Ice Pearl, elle tisse des passerelles entre glace, art et mode. L’étincelle de cette aventure tient à une rencontre : la jeune Caroline Toft, dont la grâce et la détermination ont inspiré le tout premier Gala de Glace. « Caroline avait cette lumière tranquille qui donne envie de créer un écrin autour d’elle », raconte Mady. En Suisse, son gala à ciel ouvert, niché à plus de 4 000 mètres, réunit chaque hiver patineuses et public au crépuscule. « La glace est une scène : j’aime voir une performance devenir image, lumière, souvenir », confie-t-elle.

Au Luxembourg, Mady multiplie aussi les collaborations, de l’illustratrice Amarylis Hibon à la créatrice de mode Francine Keiser. Elle anime des cours de Pilates et de barre au sol inspirés du ballet et du patinage. « Ce sont des exercices pensés pour protéger le corps tout en le sculptant. On travaille la musculature profonde, on allonge, on gagne en posture (…) ». Cette approche inclusive séduit des femmes de tous âges, souvent attirées par l’élégance du geste autant que par le bien-être retrouvé.

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La glace est une scène. J’aime voir une performance devenir lumière, image, souvenir. Mady Elvinger-Werner

À quelques mètres, le tempo change : les Tornado Luxembourg font vibrer l’autre piste et rassemblent des centaines de spectateurs lors de leurs matchs de hockey sur glace. La scène est en plein mouvement. « À l’échelle nationale, on compte environ 600 licenciés : le hockey n’a jamais été en aussi bonne forme », se réjouit Loïc Darras, team manager. À Luxembourg-Ville, « nous avons un staff d’encadrants très qualifiés et bien structuré sous la houlette de Christer Eriksson ». Les résultats suivent : « Notre équipe senior évolue en D2 française ; l’équipe féminine progresse et toutes les catégories jeunes — des U7 aux U20 — jouent aussi en championnats de France. Ce qui se passe est extraordinaire ».

Malgré un défi de moyens, « Une patinoire, c’est coûteux et nous dépendons des pouvoirs publics et sponsorings privés », reconnaît Loïc Darras. Sa conviction reste intacte : « Le hockey a un pouvoir d’attraction immédiat ; s’il gagne encore en visibilité, il peut devenir un sport collectif majeur au Luxembourg ».

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Le sport sur glace, c’est la beauté dans l’effort, la grâce et la puissance. Loïc Darras

Loïc Darras raconte sa trajectoire singulière : « Je n’ai jamais joué au hockey, mais ce sport m’a fasciné dès l’enfance. Mes cousins jouaient à Grenoble ; je passais mes week-ends à les regarder ». Le déclic luxembourgeois arrive en 2014 : « J’ai découvert un flyer sur l’équipe des Huskies à l’école de mes enfants, une équipe adverse. J’ai approché Alain Schneider et Monique Scheier, alors présidente du Club des Tornado, et je me suis naturellement impliqué dans le comité ».

Kockelscheuer vit au rythme de la ville. Les matinées voient défiler les écoles ; les fins de journée appartiennent aux clubs ; le grand public prend la main en soirée et le week-end. Les entreprises réservent des créneaux pour créer du lien autrement, sur glace ; les associations organisent des ateliers, des initiations, des moments de détente partagés. Quand l’hiver approche, la programmation devient festive : soirées disco, afterworks, rendez-vous pour Halloween, Saint-Nicolas ou Carnaval. Pendant les vacances de Noël, les deux patinoires s’ouvrent simultanément au public : l’une se transforme en salle de spectacle et discothèque éphémère (éclairages, effets, DJ, musique live), l’autre reste dédiée au patinage libre — double ambiance, même joie. On s’y réchauffe à la cafétéria ou au chalet de Noël sur la terrasse : pommes d’amour, barbe à papa, chocolat chaud, vin chaud…

Envie d’entrer dans la danse ? Le meilleur conseil reste le plus simple : oser. « Venez pour une séance publique, testez votre équilibre, laissez-vous guider », encourage Lex Fautsch. Sur place, l’équipe aide à choisir la pointure et à lacer correctement les patins loués. Côté tenue, gants, vêtements souples et couches légères suffisent : on se réchauffe vite. Ensuite, cap sur un cycle de cours : collectif si l’émulation vous porte, particulier si vous préférez un accompagnement sur mesure. Pour les enfants, 4 ans est un excellent âge pour apprivoiser la glace en jouant ; dès 6 ans, on structure la progression et l’on peut s’orienter vers un club — artistique ou hockey. La saison publique court de mi-septembre à mi-avril ; les clubs, eux, s’entraînent toute l’année.

Au fond, patinage et hockey ne s’opposent pas, ils se complètent. Le premier cultive la musicalité, la narration par le corps ; le second célèbre la vitesse, la stratégie, l’instinct d’équipe. Tous deux demandent concentration, coordination et une éthique de travail ; tous deux créent des communautés fidèles. « Quand la patinoire est pleine, on sent l’énergie collective : c’est ce qu’il y a de plus beau », sourit Loïc Darras. Et Mady Elvinger-Werner conclut : « Le sport sur glace, c’est la beauté dans l’effort. La grâce et la puissance peuvent — et doivent — cohabiter ».

Patinoire de Kockelscheuer, 42, rue de Bettembourg, L-1899 Kockelscheuer ; Saison publique de mi-septembre à mi-avril.

Pour plus d’infos : kockelscheuer.com ; tornadoluxembourg.com – icepearl.com

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