À la Milan Design Week, Baccarat a signé une installation marquante avec « Crystal Crypt ». Imaginée par l’artiste Emmanuelle Luciani, cette œuvre totale a mis en lumière le geste des artisans, tout en proposant une lecture contemporaine du cristal. Entre film, scénographie et narration, Emmanuelle Luciani dévoile pour Baccarat une vision sensible et actuelle de son savoir-faire, où héritage et création dialoguent librement. ELLE Luxembourg a rencontré l’artiste à Milan.

La Design Week de Milan est le moment des superlatifs dans la capitale économique italienne. Design innovant, marques qui se réinventent, palais historiques qui s’ouvrent exceptionnellement pour accueillir des installations spectaculaires… Une question revient chaque année : que faut-il absolument voir ?

Cette saison, Baccarat et sa « Crystal Crypt » by Emmanuelle Luciani figuraient parmi les incontournables. À l’heure où l’humanité se tourne de nouveau vers la Lune, l’artiste, scénographe et chorégraphe Emmanuelle Luciani propose une vision singulière, reliant son univers au savoir-faire d’une maison fondée il y a plus de 260 ans à Nancy, emblématique de l’art du cristal.

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Corse et Marseillaise, l’artiste Emmanuelle Luciani a imaginé un film à la manière d’une nouvelle de science-fiction autour de l’histoire de la manufacture et du geste artisanal. Cette œuvre totale rend hommage au savoir-faire et à la fascination que suscite le cristal, mêlant passé, présent et futur à travers une mise en valeur de cristaux Baccarat issus de différentes époques. Le film, au cœur de l’installation, transforme le regard porté sur le cristal et poursuivra son voyage après Milan.

© Jessika Maria Rauch

© Jessika Maria Rauch

L’interview d’Emmanuelle Luciani à Milan

Avant de nous plonger dans la Crystal Crypt, commençons par votre résidence « Pavillon Southway » à Marseille, car ce projet illustre parfaitement votre façon de travailler. Que vais-je y découvrir ?

Pour moi, le Pavillon est un projet exemplaire. C’est une maison du XIXe siècle, marquée par un héritage provençal assez pur, peu coloré. Il y a une forme de rusticité, et j’avais envie de faire dialoguer des œuvres contemporaines avec des pièces plus classiques, en y intégrant aussi la pop culture, qui est essentielle pour moi. Cette idée de décloisonnement est au cœur de ma manière de penser. J’ai une pratique très conceptuelle : je raconte toujours une histoire.

Qu’est-ce que cela révèle sur vous et votre travail ?

Je n’aime pas les hiérarchies ni les catégories. Cette opposition entre « art majeur » et « art mineur » ne m’intéresse pas. J’ai fait vingt ans de ballet classique avec des professeurs russes, et j’ai toujours été fascinée par cette capacité des Ballets russes à mêler excellence et folklore. Cela rend les choses vivantes. J’aime créer des points de rencontre entre des univers très différents, avec des portes d’entrée multiples. Le ballet, comme le sport, ont cette capacité à nous transporter — et c’est aussi ce que je cherche à faire ici avec Baccarat.

À quel moment Baccarat vous a-t-elle contactée, et avec quel point de départ concret ?

Tout est parti d’une discussion autour du patrimoine. Baccarat est une maison qui laisse une grande liberté aux artistes, qui les invite à relire son histoire — et c’est extrêmement stimulant. Ce qui m’intéresse aussi, c’est cette capacité à conjuguer tradition et innovation. J’aime me situer dans cet espace-là. Je ne suis pas dans une approche nostalgique de l’histoire : je me promène plutôt dans le temps.

Quelle a été votre toute première pensée, et votre tout premier geste dans ce projet ?

Je suis partie de la manufacture. J’ai regardé les artisans comme des danseurs et je voulais proposer une autre manière de voir le cristal, sortir d’une vision uniquement liée à l’objet ou à la tradition. Pour moi, c’est un travail collectif, presque comme une équipe de sport. Je voulais aussi montrer la contemporanéité du cristal et cette dimension collective. L’objet devient alors une relique de tous ces efforts.

© Emmanuelle Luciani x Baccarat Crystal Crypt

Et à partir de là, comment avez-vous développé le projet ?

J’ai toujours besoin d’une émotion de départ. Ensuite, je construis une histoire. Ici, j’ai imaginé une forme de ballet, mais mon travail reste très contextuel, il évolue beaucoup. Et j’ai besoin des autres : des échanges, des collaborations. C’est dans ce dialogue que le projet trouve sa justesse.

Pouvez-vous nous résumer les moments clés du projet ; et à quels moments précis votre collaboration avec Baccarat a-t-elle été la plus intense ?

La création du film, au centre de l’installation, a été particulièrement intense : le storyboard, la production des images, le travail du son, puis le montage. Le film est une œuvre en soi. Nous avons réinterprété la manufacture pour en faire une sorte de fiction, un fantasme autour de l’histoire de Baccarat.

Que provoque le cristal chez vous et comment a-t-il nourri votre conception ?

J’adore le cristal. Il est rare, complexe à produire, et je le vois comme un véritable travail collectif. Il incarne une somme d’efforts humains, une accumulation de savoirs et de gestes. Tout cela se condense dans l’objet final.

Que découvrent les visiteurs en entrant dans « Crystal Crypt », et quel élément reflète le mieux votre signature ?

On entre dans un autre espace-temps, porté par une forte dimension émotionnelle. C’est à la fois une expérience du savoir-faire et une œuvre globale, qui transmet autant une sensation qu’une forme de connaissance. Deux écrans se font face, entre lesquels apparaissent les objets : une composition totale, pensée comme un environnement immersif. C’est une approche très représentative de mon travail.

En quelques mots : quelles sensations souhaitez-vous susciter chez le visiteur ?

Un léger décalage. Quelque chose d’étrange, qui nous emmène ailleurs. Je veux que les objets deviennent presque vivants.

Comment travaille-t-on avec une maison de plus de 260 ans d’histoire ?

Tout part de la manufacture. Ce qui m’intéresse, c’est de m’appuyer sur cet héritage pour proposer un nouveau regard. On s’inscrit dans une chaîne, dans une continuité. Je suis là pour porter ce savoir-faire, qui est souvent anonyme.

Le cristal appartient-il au passé ou au futur ?

Justement, les deux. Le cristal traverse le temps. C’est ce qui m’intéresse : cette possibilité de circuler entre les époques. Je me demande toujours d’où il vient et où il va.

La Milan Design Week est l’événement le plus important au monde pour le secteur du design : est-ce une contrainte ou un terrain de jeu ?

J’adore la Design Week. C’est un véritable terrain d’expérimentation. C’est le moment idéal pour créer des projets spéciaux, comme celui-ci avec Baccarat. Le projet naît ici, mais il est amené à voyager – notamment le film…

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