Référence dans le monde du podcast depuis 7 ans avec « Métamorphose » aux 100 millions d’écoutes cumulées, Anne Ghesquière a su créer un lieu d’écoute et de respiration pour explorer les grandes questions du bien-être et de la quête de sens.

Invitée à s’exprimer lors de la première édition du ELLE Summit 2025, elle nous livre ses réflexions sur le thème retenu cette année : la performance.

Quelle place la performance a-t-elle dans nos vies ? Que signifie-t-elle ?

La performance, pour moi, est intéressante lorsqu’elle est envisagée comme un dépassement de soi porteur de sens. Sinon, elle devient une forme de compétition stérile, souvent en écho à des blessures anciennes, et qui aboutit le plus souvent à des déceptions sans fin. Et en effet, qu’est-ce que réussir ou échouer sa vie ? La performance est associée au mot « réussite », c’est « la vie agréable, les plaisirs » selon le père de la psychologie positive aux États-Unis, Martin Seligman. Les études sur le bonheur montrent qu’atteindre un objectif que l’on s’est fixé ne nous rend pas plus heureux. L’illusion de la quête du succès est un puits sans fond. Si je cherche la performance pour elle-même, je serai éternellement insatisfaite. En revanche, si on l’associe à l’engagement, au lien, au sens profond, cela favorise un bonheur plus durable.

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Réinventer notre relation à notre performance implique un travail mental, mais vous insistez sur la nécessité d’une reconnexion préalable au corps. Pourquoi ?

Notre mental est souvent tyrannique : il surchauffe, compare, exige. Il est très utile, mais programmé pour la survie, et ne fait pas toujours la différence entre un stress lié au travail (pas très « grave ») et une situation de survie réelle. Le corps, lui, sait. Il porte la mémoire de nos histoires avec leurs blessures, mais aussi nos élans joyeux. Se reconnecter à lui, c’est retrouver l’ancrage et une écoute juste. Avant de transformer nos croyances ou de traverser nos peurs, nous avons besoin d’habiter nos sensations, de respirer pleinement, d’écouter plus finement nos émotions. C’est là que naît une performance durable, en alliance avec le corps, plus respectueuse de notre écologie intérieure.

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Chez les femmes, le succès pend une forme plus intuitive, plus respectueuse de notre énergie

Comment intégrer les phases de vie ou les cycles hormonaux féminins dans une définition personnelle et durable du succès ?

Nous, les femmes, sommes depuis longtemps contraintes par des modèles patriarcaux. Or nos cycles hormonaux, tout comme les grandes étapes de nos vies, dessinent une temporalité différente : faite de phases de créativité, de repos, de métamorphoses. Honorer ces rythmes et nos mues, c’est cesser de culpabiliser et commencer à valoriser ce qui se vit dans chaque période. Ainsi, le succès prend une forme plus intuitive et organique, respectueuse de notre énergie, de notre santé et de notre singularité. Plus facile à dire qu’à faire : le corpus sociétal n’est pas organisé pour valoriser ce tempo, et nous sommes conditionnées à suivre un modèle principalement pensé pour les phases de vie des hommes.

Que sont les « 12 piliers de vie » auxquels vous faites référence dans votre livre ?

Pour moi, il existe deux grands axes d’équilibre à conscientiser pour cheminer vers une « vie bonne et heureuse », comme disent les philosophes. D’abord, la connaissance plus fine de qui nous sommes : nos blessures, nos croyances et nos conditionnements, nos liens de souffrance, notre histoire familiale, les émotions qui nous traversent. Ensuite, ce que nous déployons dans le monde : nos talents, notre créativité, le sens que nous donnons à notre vie, l’amour que nous manifestons, ce qui nous émerveille. Ces piliers sont comme des racines, et chacun peut les nourrir selon son histoire.

©Valérie Mathilde

©Valérie Mathilde

Quelles stratégies conseillez-vous pour naviguer entre nos voix contradictoires et quitter les masques qui nous enferment ?

Il s’agit d’abord de reconnaître que nous portons tous des masques, hérités de notre éducation ou forgés par la peur d’être rejetés. L’idée n’est pas de tout réussir, mais d’observer où nous nous sentons en manque ou en abondance, et de réajuster avec douceur. Cela devient une boussole pour avancer en cohérence. Ensuite, créer des espaces de silence, d’écriture, de lien au corps ou à la nature permet de distinguer la voix de notre être profond de celle des injonctions sociales et familiales. Enfin, oser la vulnérabilité dans nos relations est une clé : quand nous acceptons d’être vus tels que nous sommes, les masques tombent et la liberté s’installe.

Comment les schémas d’enfance influencent-ils les profils hyperactifs ou neuroatypiques ?

Nos schémas d’enfance sculptent notre manière d’habiter le monde. Les profils neuroatypiques portent souvent une hypersensibilité, qui peut être exacerbée par des environnements peu accueillants ou négligents. Comprendre son fonctionnement, c’est offrir à l’adulte que nous sommes un espace de réconciliation : considérer nos particularités non comme des failles, mais comme des fêlures à réparer par la dorure, à la manière du kintsugi japonais.

©Ana Cosich

©Ana Cosich

L’actualité d’Anne Ghesquière

Les Souffles du silence (Éditions Eyrolles), un recueil de fragments poétiques illustré par Izumi Idoia et préfacé par la chanteuse Anna Chedid.

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