Longtemps reléguée au rang de littérature « à l’eau de rose », la New Romance connaît aujourd’hui un succès fulgurant. Des millions d’exemplaires vendus, des autrices devenues des stars et des librairies qui lui consacrent désormais des rayons entiers : le phénomène n’épargne pas le Luxembourg. Rencontre avec celles qui le font vivre.
En 2025, près de 11 millions d’exemplaires neufs de titres de New Romance se sont vendus en France, selon l’institut NielsenIQ BookData, le genre pesant désormais 10 % du marché littéraire. La même année, l’autrice française Morgane Moncomble grimpe sur la 2e marche du podium des auteurs les plus lus, selon le classement annuel établi par Le Figaro Littéraire. Avec 800 000 exemplaires de ses romans dévorés par des fans, de plus en plus nombreuses, les œuvres de cette autrice, publiée chez Hugo Publishing, sont traduites à travers le monde et font l’objet d’adaptations télévisuelles.
2026 a aussi marqué, pour la première fois, la présence d’autrices de New Romance au Festival du Livre de Paris. Avec des conférences sur le sujet – « Comment la romance peut-elle se libérer de la vision stéréotypée que l’on s’en fait, de textes uniquement portés par des histoires d’amour ? » –, le monde littéraire a conscience d’avoir affaire à un revirement qu’il serait judicieux de ne pas écarter d’un revers de la main, par snobisme pour ce genre littéraire, trop souvent cantonné à une « sous-littérature ». Mais comment définir ce genre littéraire ?
Lire aussi : Rentrée littéraire 2026 : les 15 livres en haut de notre PAL
Preuve supplémentaire de cet engouement : le genre possède même son propre événement, le Festival New Romance, qui fêtera cette année sa 10e édition, du 29 octobre au 1er novembre à Lille.
Qu’est-ce que la New Romance ?
Écrite, pour la très grande majorité, par des autrices, la New Romance pourrait se définir, basiquement, comme un roman d’amour. « Mais ça va bien au-delà d’un simple roman à l’eau de rose », précise Marion, libraire chez ERNSTER – l’esprit livre (Cloche d’Or) et spécialiste du genre. « Ce sont des romans contemporains où la relation amoureuse est certes au centre de l’histoire, et non en marge, mais les autrices abordent aussi des sujets sociétaux ». Sexualité, santé mentale, traumatismes, consentement… le tout sur fond d’amour, qui doit rester central. « C’est un roman d’amour où l’intrigue et les personnages sont plus approfondis. Les personnages ont souvent des blessures, un vécu compliqué ou une rupture douloureuse », explique Clothilde, 44 ans, lectrice assidue de New Romance.
« La New Romance, pour moi, c’est un peu le Sex and the City (version livre) de nos années 90/2000, adaptée aux années 2020 ! Moderne, léger, sexy mais pas hard », compare Camille 44 ans.
Le lectorat majoritaire a entre 16 et 30 ans, « mais j’ai parfois aussi des vieilles dames qui consultent la table romance avec curiosité », sourit Marion. Ce genre attire également de très jeunes filles qui en ont entendu parler via les réseaux sociaux et notamment BookTok, une communauté de TikTok. « Les premiers romans de Morgane Moncomble, très softs et accessibles, sont d’ailleurs au rayon jeunesse car ils attirent des jeunes de moins de 16 ans ».
La New Romance a aussi une particularité : elle ne cherche pas forcément à surprendre. « Avec les romances pures, on ne s’attend à rien en les lisant », ose même Marion. Rien de péjoratif dans ce constat pour elle, mais plutôt une réalité de lecture : les lectrices savent ce qu’elles viennent chercher et prennent plaisir à suivre une histoire dont elles connaissent les codes.
Elles savent également à quoi s’attendre grâce aux nombreux sous-genres qui ont fait leur apparition : la Small Town Romance (un couple amoureux dans une petite ville de province), la romance sportive (sur un campus universitaire, avec la rivalité, l’amour et le sport au centre), le Romantic Suspense ou encore la Romantasy. Tout est finalement dans le titre.
« Les lectrices sont très fidèles et restent très bloquées sur un genre précis de romance », précise Emma, libraire (Librairie Tome 5, Thionville).
Camille, qui ne lisait que des romans policiers, s’est tournée vers la New Romance depuis deux ans et vit ses lectures comme une vraie échappatoire. « Ça fait du bien de lire du beau, du romantique, du doux et de l’amour ». Cette maman de deux enfants l’avoue sans détour. « Quand on a deux enfants, un bébé chien et un mari absent, on n’a plus grand-chose qui nous fait vibrer ».
Car qui dit New romance, dit-il scène de sexe ? « Les lectrices s’attendent à en trouver. Ne pas en avoir reste l’exception. Pour certains titres, les éditeurs indiquent « contenu spicy » dans les résumés pour avertir les lectrices que des scènes de sexe assez explicites font partie de l’histoire » détaille Marion. Pour autant, l’histoire d’amour doit rester au centre. « Les scènes de sexe n’arrivent jamais sans raison » précise dans une interview pour France Inter, Alix de Maintenant, journaliste qui a suivi des autrices et lectrices pour les besoins de son documentaire « New Romance : ce que veulent les femmes ». Le consentement et le désir féminin occupent également une place centrale dans ces romans, où les relations sont de plus en plus pensées du point de vue des femmes et de leur liberté de choisir.
Il s’agit donc bien de lectures fantasmées qui permettent de s’extraire d’un quotidien parfois morose et de rêver à un idéal de couple. Dans un monde assez anxiogène, savoir à quoi s’attendre en ouvrant un livre peut apporter une forme de réconfort. Pourtant, certaines lectrices défendent une vision différente de la littérature et attendent davantage de surprise ou de profondeur. « Je n’ai pas envie de tourner les pages lorsque je sais déjà exactement comment l’histoire va se dérouler. À mes yeux, les personnages ou l’intrigue ne sont pas suffisamment développés ni travaillés, ce qui m’empêche d’entrer dans le récit », explique Margot, qui a lu plusieurs titres afin de se faire sa propre opinion.
Le boom des librairies spécialisées en romance
À côté de ces librairies spécialisées, la plupart des librairies classiques ont pris la mesure de ce phénomène et réalisé son impact sur les ventes. « Là où, il y a cinq ans, seuls quelques titres se disputaient une place en rayon, on trouve aujourd’hui un véritable espace dédié à la romance, pleinement intégré à la librairie », explique Emma, libraire.
Même constat chez ERNSTER – l’esprit livre (Cloche d’Or). « Il y a deux ans, nous avions quelques titres, essentiellement en anglais, puis nous avons dédié une table entière à la romance et maintenant, un rayon ». En langue anglaise, leur catalogue compte environ 80 titres de romance (Dark Romance incluse), contre 70 en français et une trentaine en allemand. « Beaucoup de lectrices allemandes lisent les romans en version anglaise originale. Mais depuis quelque temps, l’autrice allemande Mona Kasten, connue pour les trois tomes de la série Maxton Hall, adaptée par Prime Video, est très populaire », précise la libraire. La Dark Romance, genre à part dans la romance, prend de l’ampleur mais doit être abordée avec prudence. « On déconseille certains titres à des lectrices trop jeunes. Et nous avons fait le choix de ne pas commander les livres qui traitent de sujets comme le viol ou la soumission », précise Marion.
Lire aussi : Romance d’été : 4 livres pour rêver au soleil
Des séries Netflix/Prime aux romans : l’effet adaptation
La fidélité des lectrices est aussi l’une des raisons du succès en librairie. Consciente de ce phénomène, ERNSTER – l’esprit livre (Cloche d’Or) vient d’organiser une animation sur le thème de la romance sportive. « J’avais un peu peur de ne pas avoir de public, car c’était une simple animation autour de Heated Rivalry et Off Campus, où les lectrices pouvaient venir acheter des ouvrages dédicacés. Les lectrices fans sont arrivées avec des maillots de hockey ! », s’enthousiasme Marion. Il faut dire que Off Campus est le gros succès de 2026. Écrit par la canadienne Elle Kennedy sous le titre The Deal, le livre a été adapté pour le petit écran et les droits audiovisuels ont été rachetés par Prime Video. Ce livre a mis en lumière un sous-genre de la New Romance : la romance universitaire. Sur le papier, l’histoire est ultra simple : dans le tome 1, on suit une jeune étudiante sérieuse qui donne des cours de soutien à un des joueurs de l’équipe de hockey en échange de conseils de drague. Et l’amour frappe à leur porte.
« J’ai commencé par regarder la série sur Prime Video, que j’ai beaucoup aimée, et j’ai enchaîné avec les romans, mais je n’ai pas accroché », explique Emmanuelle. L’inverse est pourtant la tendance actuelle. Les téléspectatrices conquises par une série adaptée d’un roman se tournent ensuite vers les livres. « Suite à la diffusion de Heated Rivalry, de nombreuses clientes sont venues chez nous pour acheter la saga. Et il y a quinze tomes ! », s’exclame Marion. Depuis quelques mois, Ernster commande, chaque mois, entre dix et vingt-cinq exemplaires de chaque tome (en fonction des langues), « et ça part comme des petits pains ! »
Un genre qui donne (enfin) le goût de la lecture aux jeunes
Plonger dans la New Romance, c’est aussi attraper le virus de la lecture régulière. « Avant, je lisais juste le soir avant d’aller me coucher et je lisais un livre par mois maximum, car je m’endormais dessus au bout de deux pages. La New Romance m’a appris à ouvrir un livre en pleine journée, à attendre ma pause déjeuner avec impatience pour lire et connaître la suite… », explique Camille.
N’est-ce pas finalement là l’essentiel ? Donner le goût de la lecture à de jeunes lectrices, mais aussi à celles qui l’avaient peut-être un peu délaissée. Les éloigner des écrans, le temps de quelques pages, pour les inviter à se laisser emporter par une histoire imprimée.
Faut-il ensuite les encourager à explorer d’autres genres littéraires ? « Oui, cela nous arrive de leur proposer d’autres types de romans », précise Emma. Mais après tout, pourquoi chercher à les détourner d’un univers dans lequel elles trouvent du plaisir, du réconfort et une véritable échappatoire ?
Carnet d’adresses spécial New Romance
Au Luxembourg
- Ernster l’esprit Livre : 25 Boulevard Friedrich Wilhelm Raiffeisen, L-2411 Luxembourg, ernster.com
- A Secret Place : 52 Bvd Grand-Duchesse Charlotte, L-1330 Luxembourg et sur Instagram
En France
- Librairie Hisler Tome 5 :46 Rue de Paris, 57100 Thionville, France et sur Instagram
- Sestra’s Books : 4 Rue Saint-Gengoulf, 57000 Metz (France), sestrasbooklovecoffee.fr
- Gibert Romance : 28 boulevard Saint-Michel, 75006 Paris (France), gibert.com
À lire également sur le même thème
Quels sont les livres que la rédaction a dévorés cet été ?
Les meilleurs livres de poche à glisser dans sa valise cet été
9 livres ultra hot à feuilleter (ou dévorer) cet été