De sa mère Augustine à Hélène Lazareff, les femmes jalonnent la vie et l’œuvre de Marcel Pagnol. Producteur de Marcel et Monsieur Pagnol, Lilian Eche revient sur la place de ces figures féminines dans le film d’animation de Sylvain Chomet.

En quoi les femmes ont-elles compté dans le parcours artistique de Marcel Pagnol ?

Tout commence avec sa mère, Augustine*. Enfant, Marcel lui écrivait des poèmes lorsqu’elle était malade, s’efforçant chaque fois d’affiner sa plume. Elle incarnait pour lui la douceur et la compréhension, face à un père plus autoritaire. Sa mort, alors qu’il n’avait que 15 ans, a été un véritable traumatisme. Augustine est sans doute la première femme à avoir éveillé sa sensibilité artistique.

*Augustine Pagnol (1873-1910), née Lansot, est la mère de Marcel Pagnol. Figure majeure de ses souvenirs d’enfance, elle occupe une place centrale dans La Gloire de mon père et surtout Le Château de ma mère.

Puis il y a eu celles qu’il a aimées…

Plusieurs étaient actrices et Pagnol a écrit pour elles. Orane Demazis* a notamment créé le rôle de Fanny dans la Trilogie marseillaise. Josette Day* a tourné dans plusieurs de ses films, avant que Jacqueline Pagnol* ne devienne à son tour l’une de ses interprètes. Pour elle, il écrira et réalisera notamment Manon des Sources. Chacune accompagne ainsi une période de sa vie et de sa création.

*Orane Demazis (1894-1991). Compagne de Marcel Pagnol, elle est aussi l’une de ses interprètes emblématiques. Elle crée le personnage de Fanny dans la Trilogie marseillaise, rôle auquel son nom demeure étroitement associé.

*Josette Day (1914-1978). Compagne de Marcel Pagnol de 1939 à 1944, elle tourne sous sa direction dans plusieurs films, dont La Fille du puisatier et La Prière aux étoiles, resté inachevé.

*Jacqueline Pagnol (1920-2016). Elle épouse Marcel Pagnol en 1945 et devient l’une de ses actrices privilégiées. Elle tourne dans six de ses films. Après Naïs, il écrit et réalise pour elle Manon des Sources, dont elle interprète le rôle-titre.

Dans le film, Hélène Lazareff, fondatrice du magazine ELLE, incite Pagnol à renouer avec l’écriture. Que s’est-il réellement produit ?

Oui, le point de départ est authentique. Hélène Lazareff* et son mari, Pierre Lazareff, recevaient à leur table des personnalités politiques, des écrivains et des artistes. C’est dans ce cercle qu’elle rencontre Marcel Pagnol et lui propose d’écrire ses souvenirs d’enfance pour ELLE. Dans le film, nous avons simplement accentué le fait qu’il oublie cette commande jusqu’à l’arrivée du coursier.

*Hélène Lazareff (1909-1988). Fondatrice et directrice de ELLE, épouse du journaliste et patron de presse Pierre Lazareff, elle encourage Marcel Pagnol, en 1956, à raconter son enfance dans les pages de l’hebdomadaire. Cette commande marque son retour à l’écriture et donne naissance aux premiers volumes des Souvenirs d’enfance.

Est-ce à ce moment-là que naît son écriture autobiographique ?

En racontant son enfance, Pagnol replonge dans ses souvenirs. C’est devenu notre porte d’entrée dans le film : il se revoit enfant et son passé ressurgit peu à peu. La Gloire de mon père et Le Château de ma mère paraîtront ensuite, en reprenant certains éléments initialement publiés dans ELLE.

©What the Prod-Mediawan Kids & Family Cinéma-Bidibul Productions-Walking the Dog

Comment s’est imposé le choix de Véronique Philipponnat, actuelle directrice de la rédaction de ELLE pour prêter sa voix à Hélène Lazareff ?

Nous cherchions à qui confier la voix d’Hélène Lazareff et ce choix nous a semblé être un joli clin d’œil. Elle n’avait encore jamais fait cet exercice et est arrivée avec une certaine appréhension. Nous lui avons simplement conseillé de rester naturelle : elle connaît intimement cet univers puisqu’elle exerce aujourd’hui les mêmes fonctions qu’Hélène Lazareff à l’époque. Ce fut une très belle expérience.

Icone citation

Je ne mesurais pas moi-même l’importance qu’il avait eue dans l’histoire du cinéma

Pourquoi était-il important pour Sylvain Chomet de raconter Pagnol à travers ses souvenirs d’enfance ?

C’est un choix à la fois narratif et artistique, qui permettait de revenir dans le passé sans multiplier les flash-backs traditionnels. Le film fait ainsi dialoguer le Pagnol adulte avec l’enfant qu’il a été. Sylvain connaissait évidemment son œuvre, mais il l’a aussi redécouverte en travaillant sur le film. Nicolas Pagnol, son petit-fils, nous a ouvert les archives familiales ainsi que son bureau. Ces documents, complétés par nos recherches et nos échanges avec lui, ont permis de retracer son parcours au plus près.

Souhaitiez-vous montrer davantage le cinéaste ou l’écrivain ?

Son parcours est beaucoup plus vaste. Il a d’abord été professeur d’anglais, puis homme de théâtre, il a connu un grand succès avec Topaze en 1928, avant de devenir cinéaste et, plus tard, romancier. Je ne mesurais pas moi-même l’importance qu’il avait eue dans l’histoire du cinéma. Il possédait ses propres studios et a réalisé de nombreux films. Le travail dans les archives familiales nous a permis de retracer les différentes étapes de son parcours et de restituer toutes les facettes de Pagnol.

©What the Prod-Mediawan Kids & Family Cinéma-Bidibul Productions-Walking the Dog

Votre expérience dans l’animation a-t-elle changé votre manière d’accompagner le film ?

Je suis l’un des producteurs du film et j’en ai suivi le développement, le financement et la mise en place de la coproduction franco-belgo-luxembourgeoise. En tant que producteur exécutif, j’ai travaillé aux côtés de Sylvain pendant toute la fabrication. Je viens de l’animation, un métier que j’exerce depuis vingt-cinq ans, et j’ai également pu l’accompagner dans le choix des comédiens qui prêtent leur voix aux personnages, notamment Laurent Lafitte et Géraldine Pailhas. 

Quel regard Christel Henon a-t-elle porté sur le film ?

Nous avons fondé Bidibul Productions ensemble et choisissons les films que nous produisons, avant de nous répartir les projets. J’ai suivi Marcel et Monsieur Pagnol au quotidien, tandis que Christel travaillait sur d’autres productions. Elle en connaissait néanmoins la structure, mais n’a découvert les images achevées qu’à la fin. Son regard était donc plus neuf que le mien. Elle a beaucoup aimé le film, qu’elle a trouvé très dense, ainsi que cette manière de redécouvrir Pagnol à travers les femmes qui ont traversé sa vie et son œuvre.

Actuellement sur les écrans au Luxembourg. kinepolis.lu

À lire également sur le même thème

Alexandra Hoesdorff : le Luxembourg, terre d’avenir pour le cinéma et les industries créatives

CinEast 2026 : trois réalisatrices d’Europe de l’Est à découvrir au Luxembourg