Jusqu’au 30 septembre, la Casa Sanlorenzo de Venise accueille Fiat Lux, l’exposition signée De Mains de Maîtres Luxembourg autour de la lumière, inaugurée en présence du Grand-Duc Guillaume et de la Grande-Duchesse Stéphanie. Rencontre avec trois artisanes d’art présentes à Venise : Anne Bauler, Sandy Kahlich et Laure Mackel.

Installée dans le quartier de Dorsoduro, face à la basilique Santa Maria della Salute, la Casa Sanlorenzo est l’écrin, jusqu’au 30 septembre, de créations luxembourgeoises. Placée sous le commissariat de Jean-Marc Dimanche, Fiat Lux réunit 27 artisans d’art luxembourgeois et plus de 60 œuvres, et s’inscrit dans une réflexion poétique et universelle autour de la lumière. Organisé par l’association « De Mains de Maîtres », cet événement est au cœur de la programmation Homo Faber in Città, le rendez-vous mondial des métiers d’art contemporains. Le vernissage s’est tenu en présence de Leurs Altesses Royales le Grand-Duc Guillaume et la Grande-Duchesse Stéphanie, venus célébrer le dixième anniversaire de l’association.

« C’est cette rencontre entre savoir-faire, création contemporaine et transmission que De Mains De Maîtres souhaite encourager et faire rayonner au-delà de nos frontières. Notre présence à Venise marque ainsi une nouvelle étape », témoigne Roland Kuhn, président de De Mains De Maîtres Luxembourg. Pour la première fois, « De Mains de Maîtres » exporte une exposition exclusive, en franchissant les frontières du Grand-Duché, pour inscrire le savoir-faire luxembourgeois dans un dialogue international autour de la lumière et du geste.

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Fiat Lux : la lumière comme révélatrice du geste

À Venise, la lumière est le miroir des savoir-faire, glisse Jean-Marc Dimanche. Pour le commissaire de Fiat Lux, « Les œuvres que nous avons choisi d’exposer, […], revendiquent le geste comme un acte de résistance. Face à l’automatisation et la reproductibilité devenue infinie, elles s’affirment par leur singularité, leurs défauts, et la lenteur avec laquelle elles ont été conçues et produites ». Elle met en valeur ce qui distingue l’artisanat d’art : « La lumière […] expose la matérialité du faire et rend visible à nos yeux le temps singulier du geste ».

À la Casa Sanlorenzo, la lumière se traduit à travers trois matières et trois approches : par des empreintes végétales sur le textile chez Anne Bauler et Denise Schumann, chatoie dans les plumes chez Sandy Kahlich et prend forme dans les sculptures en papier-mâché de Laure Mackel. Des créations qui abordent chacune à leur manière le thème de Fiat Lux.

Laure Mackel, sculptrice : la dentelle en papier-mâché

© MeltStudio

Avec Laure Mackel, la lumière rencontre une tout autre matière : le papier-mâché. Sa sculpture La dentelle en floraison trouve à Venise une résonance particulière. Les fleurs qui entourent le vase font écho à la tradition de la dentelle de Burano. « La lumière révèle la subtilité de la matière », souligne la sculptrice : « Le jeu entre ombre et clarté fait apparaître les reliefs et donne au vase l’apparence d’une dentelle en train de se dessiner, alors que le gris naturel du papier mâché apporte une présence brute et minérale et contraste avec les fleurs blanches ». La sculpture porte également une réflexion sur la féminité, que Laure Mackel associe à la création : « J’aime cette idée d’une féminité à la fois délicate et puissante, capable de transformer une matière humble et recyclée en quelque chose de vivant et de précieux ».

Trois créations se déploient dans Fiat Lux : la trace végétale imprimée sur le tissu, les plumes qui filtrent la lumière, le papier-mâché qui révèle ses reliefs dans le jeu des ombres. Autant d’expressions qui témoignent que les métiers d’art ne sont pas que maîtrise technique. Depuis dix ans, « De Mains de Maîtres Luxembourg » défend précisément ce dialogue entre savoir-faire et création contemporaine. Fondée en 2016, « De Mains de Maîtres » célèbre cette année ses dix ans en développant un programme d’expositions au Luxembourg et à l’étranger. Après Venise, le parcours anniversaire se poursuivra en Suisse, à la Fondation Opale de Crans, puis en France, au Château de La Roche-Guyon, avant de culminer avec la sixième Biennale au Luxembourg en 2027.

Sandy Kahlich, modiste : l’éclat des plumes

© DR

Cette exigence du geste artisanal s’exprime différemment dans le travail de Sandy Kahlich : « Après 27 ans passés à exercer le métier de modiste par passion, Fiat Lux est pour moi la plus grande récompense : pouvoir consacrer toute ma vie à mon artisanat d’art ». Son fascinator, un ornement de tête proche du serre-tête, conçu avant tout comme une pièce décorative, se compose de plumes teintées et travaillées en forme de petits feux d’artifice. Un choix qui lui permet de jouer avec des reflets : « J’ai choisi des plumes pour l’effet qu’elles créent en laissant passer légèrement la lumière ». La créatrice y associe également l’ombre : « Pour moi, la lumière va toujours de pair avec l’ombre ». L’expérimentation occupe une place essentielle dans sa pratique. « Les essais ont toujours joué un rôle majeur dans mon métier. C’est la seule façon d’apprendre à mieux connaître les matières et d’en tirer des créations exceptionnelles », conclut Sandy Kahlich.

Anne Bauler et Denise Schumann, maîtres couturières : l’empreinte de la nature

© Franck Meiers

Chez les maîtres couturières Anne Bauler et Denise Schumann, la lumière accompagne un travail de transformation. Pour Rhu-(barbe), une robe réalisée selon la technique de l’impression botanique, les motifs végétaux sont directement transférés sur le textile. Le procédé, aléatoire par nature, laisse apparaître des empreintes. Le vase Fleurs, une citrouille séchée et évidée, devient quant à lui un réceptacle d’où émergent des fleurs confectionnées à partir de tissus imprimés selon le même procédé : « La lumière n’est donc pas seulement une présence visible : elle est aussi ce qui se révèle peu à peu à travers le geste », expliquent les deux créatrices. Pour Anne Bauler et Denise Schumann, chaque étape et temps de fabrication : « couper, assembler, coudre, broder » participe à cette « révélation ». Cette part imprévisible est au cœur de leur démarche. « Le caractère aléatoire du procédé rend chaque pièce unique, évoquant la poésie des organismes vivants ». La robe reflète une rencontre entre le végétal et le travail de la main. Une approche qui rejoint directement le thème de Fiat Lux.

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