Certaines personnes ont tendance à minimiser voire auto-juger l’image qu’elles ont renvoyée lors d’un rendez-vous amoureux. C’est ce qu’on appelle le ” liking gap “.
La pression du premier rendez-vous peut chambouler les émotions. Désireux de faire bonne impression, on a tendance à sous-estimer l’image que nous renvoyons. Ce décalage porte un nom : le « liking gap ». Popularisé sur les réseaux sociaux, ce biais psychologique désigne l’écart entre la perception que l’on a de soi après une interaction et l’appréciation réelle qu’en a notre interlocuteur. Ce sentiment peut se traduire par des ruminations mentales : « Qu’est-ce que cette personne a pensé de moi ? », « Ai-je été bizarre ? », « Il ne me rappellera jamais »…
Ce phénomène a été mis en lumière par une étude publiée en 2018 dans la revue « Psychological Science ». Les chercheurs ont observé des participants lors d’échanges entre inconnus, mais aussi au sein de relations professionnelles ou de colocation. Résultat : après une interaction, les individus estiment systématiquement que leur interlocuteur les a moins appréciés que ce n’est réellement le cas. « Les conversations peuvent être intimidantes et anxiogènes, ce qui amène les gens à s’interroger et à s’inquiéter de ce que leurs interlocuteurs pensent vraiment d’eux. Ces estimations sont-elles justes ? Nous avons constaté qu’après leurs interactions, les gens sous-estimaient systématiquement à quel point leurs interlocuteurs les appréciaient et aimaient leur compagnie, une illusion que nous appelons le “linkng gap”», rapportent les experts. Si cet écart d’appréciation peut survenir dans le domaine social, professionnel ou encore amical, il est particulièrement présent dans la sphère amoureuse.
Qui est le plus concerné par le « liking gap » ?
Les personnes timides, introverties ou en manque d’estime de soi y seraient particulièrement sensibles, souligne la psychologue américaine Melissa Shepard sur TikTok. Une autre étude, publiée en 2021 dans « Sage Journals », indique que ce décalage apparaît très tôt : dès l’âge de 5 ans, moment où les enfants commencent à se préoccuper du regard porté sur eux. À l’âge adulte, ce phénomène s’expliquerait notamment par une focalisation excessive sur soi-même lors des interactions. « On regarde nos maladresses de langage et de comportement, ainsi que nos éventuels défauts physiques avec une loupe, alors que les autres ne le voient pas », confirme la psychologue Amélie Lobbé, sur Instagram.
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Un mécanisme de protection, aux effets contre-productifs
Cette façon de se concentrer sur de faux indices – « Il n’avait pas l’air intéressé par ce que je disais », « Il m’a répondu de façon détachée », empêche de prendre en considération d’autres signaux positifs, comme un sourire ou un compliment.
Selon plusieurs chercheurs cités par « Psychologies Magazine », ce pessimisme social relèverait d’un mécanisme de protection émotionnelle. Anticiper le rejet permettrait, en théorie, d’en amortir l’impact. Mais cette stratégie a un revers.
Une enquête publiée en 2024 sur « ScienceDirect » souligne en effet que le « liking gap » nuit aux relations sociales. Convaincus de ne pas être appréciés, certains individus évitent de créer des liens significatifs. Une lien de cause à effet qui peut ainsi freiner la construction de relations sincères.
Comment apaiser ce sentiment ?
Pour apaiser ce sentiment, certaines techniques issues des thérapies cognitives et comportementales (TCC) peuvent être utiles. L’une d’elles consiste à noter, après une rencontre, les pensées automatiques négatives – par exemple : « Il m’a trouvée inintéressante » – puis à chercher des preuves concrètes qui les confirment. Dans la majorité des cas, il n’existe pas de preuves réelles et factuelles. « Il m’a regardée bizarrement » n’est en rien une validation de cette fausse croyance – contrairement à « Il m’a dit que j’étais inintéressante », par exemple.
Prendre conscience de l’existence de ce biais, apprendre à relativiser ses interprétations et cultiver davantage de bienveillance envers soi-même permettent de gagner en sérénité. De quoi aborder les prochaines rencontres avec plus de confiance, et un regard un peu plus juste sur l’image que l’on renvoie.
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