Petit pays, population internationale, milieux professionnels ultra-connectés : au Luxembourg, trouver l’amour sur une application n’a rien d’une évidence. Avec près de 47 % de résidents étrangers, une population jeune et souvent de passage, et un taux de divorce parmi les plus élevés d’Europe, le Grand-Duché offre un terrain amoureux aussi cosmopolite que complexe. Sans oublier l’obstacle numéro un : ici, tout le monde finit par se connaître. Enquête.

Quatre femmes témoignent

«Sex&TheLuxCity», IT manager de 37 ans, documente sur Instagram ses aventures du dating luxembourgeois, souvent désastreuses, toujours hilarantes. Elle ne jure plus que par Hinge. « Tinder, c’est superficiel. On y croise beaucoup trop d’hommes qui vendent de la crypto monnaie ou des versions sublimées d’eux-mêmes. Son anecdote favorite : un match aux photos si manifestement retouchées qu’elle avait exigé son Instagram avant d’accepter le rendez-vous. Il s’est quand même présenté, dix ans de plus que sur ses photos».

« Beaucoup d’hommes dans la tranche 32-38 ans ne cherchent pas de relation sérieuse. J’ai l’impression qu’ils veulent se distraire de la précédente plutôt qu’en construire une nouvelle ».

Nour, 38 ans, télécharge Bumble après treize ans de relation et un divorce, par curiosité. Bilan globalement positif : une quinzaine d’échanges, deux vraies rencontres, une relation de quelques mois. « Ça m’a permis de retrouver confiance en moi après mon divorce ». La petite taille du pays finit pourtant par s’en mêler : un match avec qui le courant passe travaille dans la même entreprise que son ex-mari. « Dans un grand pays, personne n’y aurait prêté attention. Ici, les cercles se croisent plus vite qu’on ne le croit ».

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Avec près de 47 % de résidents étrangers, une population jeune et souvent de passage, et un taux de divorce parmi les plus élevés d’Europe, le Grand-Duché offre un terrain amoureux aussi cosmopolite que complexe.

Daniela, maman solo à Esch, a testé Facebook Dating et Lovoo. Même constat, répété : « des hommes qui cessent de répondre dès qu’ils apprennent qu’elle a un enfant, y compris des pères. « Je pensais que ça les rendrait plus compréhensifs ». Pas vraiment. « Après quelques semaines, ils disparaissent. Il y a tellement de femmes disponibles qu’ils n’ont pas l’impression d’avoir quoi que ce soit à perdre ».

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Joséphine, avocate, est l’exception qui confirme la règle : elle a trouvé son copain sur Hinge. « Il avait une bio qui m’a fait rire, ce qui est rarement le cas sur Tinder ». Elle reconnaît pourtant le piège du scroll : « Je collectionnais les matchs sans vraiment répondre, juste pour me sentir désirable ». Seule ombre : au Luxembourg, un rendez-vous qui tourne mal ne disparaît pas vraiment de votre vie. Dans un pays si petit, se croiser est presque inévitable.

Les agences matrimoniales, une alternative sérieuse

The Materialists avec Dakota Johnson et les émissions comme Indian Matchmaking sur Netflix ont remis au goût du jour une question simple : et si on confiait sa vie amoureuse à des professionnels ?

Atoutcœurs, dirigée par Claire Mottart depuis quinze ans et active au Luxembourg, en France et en Belgique, s’adresse à une clientèle de 25 à 85 ans. « Agence matrimoniale ne veut pas dire senior », tient-elle à préciser. La tranche la plus représentée : 38-58 ans, comptant parmi elles des personnes divorcées ou des parents célibataires qui n’ont plus l’énergie de laisser le hasard opérer. Tout commence par un entretien de deux heures, un suivi et des propositions de profils anonymes, la discrétion étant absolue pour une clientèle souvent haut placée. L’investissement financier de 6000 euros (payable en plusieurs fois), Claire Mottart l’assume pleinement : « Cela élimine les profils peu sérieux et l’énergie gaspillée. Les personnes qui s’inscrivent sont véritablement motivées à être en couple sur le long-terme. Cela change tout ».

Luxdates, fondée en 2017 par Claudia Neumeister, mise sur le coaching relationnel pour professionnels. Son observation : des gens brillants, très connectés dans leurs cercles, mais dont ces cercles ne se croisent jamais en dehors du travail. « La culture de la haute performance pousse certains à aborder le dating comme un problème à résoudre plutôt qu’une relation à vivre ». Son conseil : ne pas confondre attirance et compatibilité. « Les valeurs partagées et la disponibilité émotionnelle comptent tout autant que l’attraction. Certaines des relations les plus solides ont commencé sans étincelle immédiate ».

Et si la vraie vie avait encore du bon ?

Susana Da Costa, thérapeute de vie chez Sente.S, le voit semaine après semaine. « Entre le boulot, les enfants, la charge mentale et la fatigue du quotidien, on peut finir par vivre côte à côte sans vraiment se retrouver ». Elle observe une génération qui a progressivement perdu l’art d’aborder l’autre simplement, et pointe la disparition de l’authenticité dans les rencontres. « On joue un rôle, on se présente comme une version optimisée de soi-même. Alors qu’au fond, on cherche tous la même chose : quelqu’un devant qui on peut être soi-même, se sentir écouté, choisi, aimé ».

Sur les forums, un conseil revient : délaisser les applications au profit des activités et des lieux que l’on aime. Au Luxembourg, Hoplr, l’application de quartier très active dans le pays, offre ce type de rencontres, plus douces, moins chargées d’attentes.

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