Créatrice française de bijoux, réputée pour ses pièces en cristal et son goût pour le beau, Shourouk Rhaiem a franchi les frontières du bijou pour s’emparer du parfum et de l’art muséal.

Après une collaboration iconique avec Guerlain, elle participe à l’exposition Le mystère Cléopâtre à l’Institut du Monde Arabe (jusqu’au 11 janvier 2026) et figure dans la sélection de ELLE pour le Pavillon France à l’Exposition universelle d’Osaka. ELLE Luxembourg est allé à la rencontre d’une artiste dont le travail mêle mémoire, beauté et pouvoir féminin.

Pourriez-vous nous parler de votre collaboration avec Guerlain ? Quel moment marquant en retenez-vous ?

Guerlain est pour moi une véritable madeleine de Proust : chaque femme française entretient une histoire intime avec cette Maison. La mienne a commencé dans l’enfance, avec les effluves de Shalimar que portait ma mère ; mon premier parfum Guerlain a été, bien plus tard, l’une des créations de la gamme Aqua Allegoria. J’ai donc naturellement abordé cette collaboration avec beaucoup d’émotion. La Maison m’a offert une liberté rare et m’a exceptionnellement autorisée à réaliser un trompe-l’œil de Shalimar sur le mythique flacon aux Abeilles, en hommage à son centenaire. Réunir ces deux icônes dans un même dialogue artistique et personnel a été un geste symbolique : un clin d’œil à mes souvenirs d’enfance et aux flacons somptueux qui incarnent l’élégance intemporelle de Guerlain.

Flacon aux abeilles de Guerlain, orné de cristaux Swarovski. Un hommage somptueux à Shalimar. Édition limitée à 58 pièces.

Quel produit Guerlain vous représente le mieux et comment avez-vous conçu son design par rapport à son usage ?

Le produit Guerlain qui me représente le mieux est sans doute le rouge à lèvres. Je me maquille peu, mais le rouge à lèvres est pour moi indispensable : il donne immédiatement de l’éclat et une bonne mine. Je suis fascinée par ce que j’appelle les « objets de luxe de poche ». Au XVIIIe siècle, ce pouvaient être des tabatières ; aujourd’hui, ce sont des poudriers ou des rouges à lèvres. Guerlain a inventé le premier bâton de rouge à lèvres et ses écrins sont somptueux, avec leur miroir intégré. J’ai voulu rendre hommage à cette invention en créant un trompe-l’œil du « raisin », le bâton lui-même, pour célébrer cet objet intime, raffiné et universel.

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Guerlain est pour moi une véritable madeleine de Proust

Vous faites partie de l’installation Cléopâtre à l’Institut du Monde Arabe : que représente-t-elle pour vous, tant sur le plan créatif que personnel ?

©Yann Pichonnière

Cléopâtre est probablement la reine la plus immédiatement reconnaissable au monde. Mon premier contact avec elle remonte à l’enfance : la BD Astérix et Cléopâtre, les films et même des produits populaires comme le savon « Cléopâtre » des années 90. J’ai toujours été fascinée par cette double dimension : Cléopâtre historique d’une part et Cléopâtre devenue icône de la pop-culture et de la consommation de l’autre. On retrouve son nom sur tout, des parfums aux conserves : elle incarne à la fois le glamour, le pouvoir et le rêve. À travers cette installation, j’ai souhaité explorer cette ambivalence : la figure politique et stratégique qu’elle fut, et l’emblème populaire qu’elle est devenue. Sa force réside précisément dans cette capacité à être à la fois sublime et universelle.

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Cléopâtre incarne à la fois le glamour, le pouvoir et le rêve.

Y a-t-il une pièce de l’exposition qui vous a particulièrement touchée ? Laquelle et pourquoi ?

Je dirais une pièce de monnaie prêtée par la BnF, qui porte le visage de Cléopâtre. Malgré sa célébrité, Cléopâtre a laissé peu de traces matérielles et son tombeau reste introuvable ; ce portrait historique est d’une grande rareté. Son visage est très différent de l’image hollywoodienne façonnée par Elizabeth Taylor : il est marqué, franc, déterminé. Cela me plaît car il rappelle que le pouvoir d’une femme ne se réduit pas à la beauté : il tient à l’intelligence, au charisme et à la stratégie. Cette pièce rétablit une vérité : Cléopâtre fut avant tout une femme d’État incroyable, une stratège hors normes.

Votre sélection pour la collection artistique des 80 ans de ELLE : que signifie-t-elle pour vous ? Pouvez-vous préciser l’œuvre choisie et la date de la vente aux enchères ?

Faire partie du collectif pour les 80 ans de ELLE a été une immense fierté. J’ai grandi avec ce magazine : il m’a donné l’envie d’incarner la Française chic, nonchalante et parfois un peu insolente que le magazine a si bien illustrée. Pour lui rendre hommage, j’ai transformé le magazine en un objet précieux, recouvert de cristaux Swarovski, une façon de faire scintiller symboliquement toutes les femmes célébrées par ELLE depuis huit décennies. La pièce sera mise en vente chez Artcurial.

Quel conseil donneriez-vous aux lectrices inspirées par votre parcours de créatrice plurielle ?

Osez suivre votre intuition : c’est souvent elle qui nous guide le mieux, même lorsque le chemin paraît incertain. N’ayez pas peur d’expérimenter, de mélanger les univers et de sortir des cadres. La créativité naît du croisement des influences, des cultures et des souvenirs ; chaque échec est une leçon qui nourrit le parcours. Enfin, restez fidèles à ce qui vous fait vibrer : cette étincelle intérieure finit toujours par toucher les autres.

©Yann Pichonnière

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