J’ai assisté au show de la star québécoise le 16 septembre. Ceci n’est pas une critique musicale, mais le récit parfaitement subjectif de ma soirée.

Autant le dire tout de suite, je n’ai jamais été ultra fan de Céline Dion. Bien sûr, je connais ses plus grands tubes et ne boude pas mon plaisir quand il faut mêler ma voix à celles de mes meufs sûres au karaoké. Mais à la différence de son acolyte Jean-Jacques Goldman dont j’ai saigné les albums quand j’étais plus jeune, je n’ai jamais connu mon « era » Céline.

Pourtant, à l’annonce de ses concerts après six ans d’absence, je me suis laissée happer par l’hystérie ambiante de la rédac. Car, dans mon équipe en revanche, on compte de VRAIES disciples de la Québécoise. De celles qui connaissent tout son répertoire et peuvent passer des heures à débattre du classement de ses titres du meilleur au meilleur.

Petit à petit, la fièvre m’a gagnée. Moi aussi, j’ai eu envie de rejoindre la secte. De me laisser embarquer par cette liesse collective, cette attente fébrile, cette dévotion joyeusement déraisonnable. Sauf que je n’avais pas de billet.

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L’invitation tombée du ciel

Mais, petit coup de pouce de l’univers, intervention dionvine sans doute (ou  René Angélil qui a un peu aidé de là-haut), il y a 15 jours, sur WhatsApp, message inattendu : « Bonjour Julie, comme vous le savez, Céline Dion revient en septembre, l’événement de la rentrée, et VISA (le géant du paiement, ndlr) est partenaire. On a une loge le 16 septembre, et j’aurais vraiment aimé vous convier à vivre ce concert avec nous. Est-ce que cela vous intéresserait ? ». Oui, disons-le aussi : le métier de journaliste (à ELLE qui plus est) comporte quelques avantages indécents, dont celui de voir parfois tomber l’invitation que tout le monde s’arrache.Est-ce que ça m’intéresse ? Laissez-moi ne pas me concerter avec moi-même et sortir tous mes doigts pour répondre dans la seconde, au cas où l’invitation m’aurait été envoyée par erreur, où elle aurait pensé à une autre Julie ou, pire, où elle changerait d’avis (imagine, tu lis ça puis tu vois s’afficher « message supprimé »).

Me voilà donc embarquée dans la grande aventure. Et autant vous dire que j’ai bien crâné le lendemain dans l’open space. Restait plus qu’à trouver le t-shirt pour l’occasion (pas très compliqué, depuis que Céline est devenue le nouveau Che Guevara, on en trouve partout), j’ai opté pour un modèle bien kitsch mais d’excellente facture, signé Maje. Me voilà parée.

L’excitation est encore montée d’un cran après le débrief du premier concert par Elodie Petit (mon adjointe) et Véro Vatinos (l’amie des stars) parties en éclaireuses. Elles étaient extatiques, avec un seul regret : ne pas avoir eu droit à « Prière païenne ».

En route vers la grâce de Dion

Le jour J, après une journée de travail comme elles savent toutes l’être (trop pleine et trop longue), je ferme mon ordinateur à 19 heures et fonce, déjà en retard, vers la gare d’Asnières, direction La Défense. Arrivée sur place, il me restait à suivre les panneaux « Céliiiine » installés pour l’occasion par Île-de-France Mobilités (eux aussi contaminés, j’adore). Puis la foule jusqu’à la Plénitude Arena, un nom très chelou pour une salle de spectacle, mais de circonstance vu les mines béates des gens qui m’entourent. Me voilà donc sur zone, dans l’attente d’être transportée par la grâce de Dion.

Je ne vais pas m’attarder trop longtemps sur la setlist, car au moment où vous lirez ces lignes, vous aurez déjà été abreuvés de tous les meilleurs extraits du show. J’espérais tous les morceaux de Céline que même les non-célinistes comme moi connaissent, pour chanter faux et lever les bras avec mes condisciples d’un soir, mais ça ne s’est pas passé exactement comme ça. La dame a surtout confirmé au fil de la soirée ma grande inculture célinienne. Elle a en revanche tenu sa ligne éditoriale : « Let’s Talk About Love ». Tout – ses chansons comme ses prises de parole – racontait l’amour, la résilience, la résurrection, la transmission et la célébration du temps présent.

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Amour, résilience et cape rose

Cela commence par quelques mots sur la vie, celle à laquelle elle s’est accrochée face au syndrome de la personne raide, et sur « cette fragilité devenue sa force ». Puis viennent « I Feel Love », « I’m Alive », « Les Derniers seront les premiers ». Ah, « Ziggy » ! Ça, je connais : je peux chanter ! Mais très vite, Céline nous ramène à nos peines, à nos deuils, à ces êtres disparus devenus des étoiles chargées de nous envoyer leur énergie depuis le ciel. Elle s’adresse alors à sa mère disparue et à son mari, dans une interprétation de « Courage » qui dit le vertige de continuer sans eux.

Il y a de la robe qui scintille pour appuyer le propos, une chorale gospel en renfort, un air d’opéra interprété sous une cape de plumes roses – petit ange du love – et un énorme bouquet de roses rouges apporté par l’un de ses musiciens avant un premier au revoir. Évidemment, un rappel outrageusement bruyant la fait revenir pour deux chansons : « Pour que tu m’aimes encore » et « S’il suffisait d’aimer » (ouf, je peux enfin faire du playback).

Mon verdict de mécréante

J’ai eu l’impression d’assister à une grand-messe évangélique, ponctuée de quelques tubes et de prises de parole en anglais pour ne pas perdre complètement les étrangers présents dans la salle. Est-ce que j’ai été transportée par la grâce de Dion ? Pas tout à fait. Mais j’ai aimé faire partie, pendant deux heures, de ce grand mouvement d’allégresse populaire, débordant de bons sentiments et flirtant (parfois dangereusement) avec le pathos. En temps normal, j’aurais sans doute trouvé le prêche un peu chargé. Vu l’époque, je ne vais pas bouder une overdose de joie.

Sa voix, que j’entendais pour la première fois en live, reste exceptionnelle. Le premier concert avait laissé échapper quelques fausses notes, je n’en ai pas relevé ce soir-là. Certains diront qu’elle a perdu en puissance ou en qualité, je n’ai aucun élément de comparaison. Mais il faut un sacré coffre pour parvenir encore à soulever une salle entière. Je ne suis peut-être pas sortie de là totalement convertie, mais je comprends pourquoi les fidèles en redemandent après l’homélie.

Article initialement publié sur elle.fr

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