Une voix posée et profonde, le regard bienveillant, l’écoute attentive : Franziska Peschel remporte la Slampionship 2026, compétition luxembourgeoise de slam organisée aux Rotondes.
Un succès mérité qui propulse la slameuse allemande vers les championnats germanophone et européen. ELLE Luxembourg est allé à sa rencontre.
Rien ne prédestinait Franziska Peschel à monter sur scène. Hormis son amour des mots. Journaliste de formation, entre l’Allemagne – son pays natal – la France et le Luxembourg, elle débute son parcours professionnel dans la presse, puis à la radio ARA. Ses thèmes de prédilection ? Justice sociale. Inégalités. Immigration. Qualité de vie. Pourtant, c’est le slam qui lui offre un espace de liberté inédit. Forme de poésie libre et orale, le slam (de l’anglais to slam : claquer) impose son rythme et ses thèmes. Aucun tabou. Pas de frontières. Un art qui renverse comme un coup de vent. Pour Franziska, la découverte de cet art urbain se fait presque par hasard, lors d’un atelier animé par le collectif luxembourgeois Géisskan. Sans le savoir, son texte s’inscrit parfaitement dans la dynamique. Pensé pour la scène, agrémenté par le rythme de sa voix et de ses intonations. « Ce n’est pas de la poésie au sens classique, celle lue dans les livres. Le slam est vivant, incarné, il se joue devant un public ».
Sans musique, rien que des mots
Chuchotés ou criés. Rapides ou lents. Drôles ou graves. Tout à la fois. Sur la scène du slam, tous les textes et tous les styles sont possibles. « Ce que j’apprécie par-dessus tout, c’est l’énergie qui circule entre le slameur et l’audience ». Franziska Peschel aime la sincérité et l’authenticité du moment. Une façon pour l’artiste de monter sur les planches avec une liberté totale d’expression. À l’instar du texte qui lui a permis de remporter le slampionship du Luxembourg. « Fett » ou sa nouvelle vie après l’arrêt du tabac. Un texte fort, sincère, personnel, saupoudré de beaucoup d’humour que la slameuse déclame sans fards. Difficile de résister à l’humour de celle qui évoque avec beaucoup d’auto-dérision son rapport au sucre, depuis qu’elle a arrêté de fumer. « Le slam permet de raconter, d’exagérer, de moduler et jouer avec le réel pour mieux en révéler les tensions ». Mêlant humour et sarcasme, Franziska aborde de manière franche et directe les sujets qui lui sont chers. Notamment lorsqu’elle traite le monde du travail, la frustration professionnelle ou les attentes irréalistes imposées aux individus.
Son processus d’écriture ? « Mes idées surgissent par fragments, toujours accompagnés d’une musicalité, d’un rythme, d’un ton ». Au gré de ces journées, souvent au volant de sa voiture, la slameuse enregistre des mémos vocaux qui lui permettent de conserver cette mélodie qu’elle associera à son texte. Sa passion des mots ? Avec un grand père libraire et une tante journaliste, nul doute de l’atavisme familial. Quant à ses textes, ils évoluent au gré du temps, des expériences et de ses prestations. C’est cet aspect éphémère qui lui donne sa force. « Un texte vit un instant, puis disparaît après la performance ». Seule demeure l’émotion du moment.
Une scène accessible à tous
Si le slam lui donne un espace de sincérité, rejoindre en 2021 le Géisskan Kollektiv procure à Franziska un véritable sentiment d’appartenance. Actif depuis plus de dix ans au Grand-Duché, le collectif organise des événements autour du slam, de la poésie et de l’écriture. Ateliers, festivals ou format pop-up au Luxembourg et aux alentours. Également des projets dans les lycées, avec l’ambition de redonner aux jeunes le goût de l’écriture et de la prise de parole. À travers le slam, ils découvrent que la littérature peut devenir vivante, accessible, ludique loin d’une image figée. Pour Franziska, ce sentiment de communauté forge son équilibre. « Nous partageons des moments très personnels, créant des liens très forts. Avec des mots choisis, les artistes se livrent entièrement au public ». Chacun peut s’exprimer et tenter sa chance, quelques que soient ses origines socioculturelles. Avec un format très particulier – chaque passage est limité à six minutes – les profils de participants sont très variés. Artistes, ingénieurs, étudiants, informaticiens. Une diversité au cœur de l’esprit du slam.
À la conquête de l’Europe
Forte de cette victoire au 5e championnat luxembourgeois de poésie slam, Franziska Peschel va participer au championnat allemand à Hanovre en septembre. Puis Européen à Graz en Autriche en décembre. Un programme dense qui n’inquiète pas outre mesure la slameuse. « Je monte sur scène environ six fois par an ». Le stress est-il toujours présent ? « Oui ! Surtout lors des championnats où l’ordre de passage est tiré au sort et l’attente peut être longue ». Mais ce trac, cette adrénaline au moment de se produire face au public, loin de la freiner, l’aide à se concentrer. Et à se rappeler qu’elle est là pour partager une vérité intime. Parmi ses performances les plus marquantes, un texte consacré à la contraception et à ses effets sur le corps des femmes. Après l’avoir interprété pour la première fois, plusieurs spectatrices sont venues lui dire qu’elles se reconnaissaient pleinement dans ses mots. Une confirmation de ce qu’elle pressentait déjà : le slam peut donner une voix à des expériences intimes, souvent tues, et créer une résonance collective.
Plus qu’une discipline artistique, le slam est pour Franziska Peschel « une tribune libre ». Un moment unique, sincère, sans filtre. Une performance où les barrières entre artiste et spectateurs n’existent plus. Vivement que la slameuse fasse briller les couleurs du Luxembourg en Allemagne, puis en Autriche ! Montrant ainsi que la poésie urbaine trouve toujours une écoute.
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