La rentrée littéraire de janvier 2026 confirme la place des premiers romans dans le paysage éditorial français. Sur les 363 romans français attendus entre janvier et février, 65 sont signés par des primo-romanciers, contre 70 l’an dernier. Corps mis à l’épreuve, héritages familiaux, enfances cabossées, récits de jeunesse ou de filiation : neuf romans comme neuf voix qui s’attachent à ce qui se transmet, se subit ou se rejoue. Les coups de cœur ELLE Luxembourg.

Le Visage de la nuit, Cécile Coulon (L’Iconoclaste)

©Ed. Iconoclaste

Un enfant survit à une fièvre, mais au prix d’un visage défiguré. Aux yeux du village, il devient « le monstre ». Son père l’abandonne; il est recueilli par le prêtre du Fond-du-Puits, un hameau isolé dans lequel « les passions sont (aussi) violentes » que les haines sont anciennes. Le roman se construit sur ce huis clos, et sur la rencontre avec une jeune fille et son frère: une amitié fusionnelle, traversée par le désir et la fascination, entre sacré et charnel. Un roman construit comme un face-à-face prolongé avec la violence d’un lieu et le regard qu’il impose.

Je le veux !

Trois Fois Jacqueline, Hadia Decharrière (Alma Editions)

©Alma Editions

Jacqueline a 45 ans, elle est chirurgienne obstétricienne. Elle reçoit une invitation de VirMed pour effectuer la première greffe utérine du métavers. À partir de là, le roman suit les tergiversations de sa pensée, entre résistance, fascination, et cette question très concrète qui grince sous le récit : qu’est-ce qu’il reste du tangible quand tout se convertit. On retrouve ici avec joie la plume ô combien solaire et métallique d’Hadia Decharrière, qui n’a cessé de nous subjugué depuis son premier roman Grande Section.

Je le veux !

L’Enthousiasme, Carole Boinet (Stock)

©Stock

Le point de départ est net, presque physique: un chien s’élance « créature joueuse et violente », que la narratrice par peur propulse dans le vide. Juste un choc. Quelque temps après, le propriétaire du chien frappe à sa porte. L’enthousiasme – premier roman de la rédactrice en chef des Inrocks – part d’un événement ambigu pour explorer la violence, ce qu’elle laisse sur les corps, et ce qu’elle déplace dans une relation. Un premier roman obsédant, qui vous happe de l’intérieur pour ne plus vous lâcher.

Je le veux !

tah l’époque, Oliver Lovrenski (Actes Sud)

©Actes Sud

Ils ont quinze ans et « le monde leur a déjà retiré ses promesses ». Ivor, Marco, Arjan, Jonas : une fraternité forgée dans la poussière des terrains vagues, la fumée des halls d’immeubles, l’ombre d’une ville qui ne les nomme pas. « Tu peux aimer la rue, mais elle ne t’aimera jamais ». tah l’époque porte la rumeur de la ville, le heurt des langues, la violence et la tendresse. C’est l’histoire d’une jeunesse sans abri, et d’un écrivain qui, à dix-neuf ans, sait déjà que la beauté et la douleur ont le même visage. Un premier roman absolument génial et captivant qui s’écrit au rythme de la rue et ne prend aucune distance avec ce qu’il raconte.

Je le veux !

Hors Champ, Marie-Hélène Lafon (Buchet-Chastel)

©Buchet Chastel

Une ferme isolée de tous : là où se tient le royaume du père, qui « donne libre cours à sa violence ». Gilles est le fils, celui qui devra tenir la ferme. Claire, la sœur, prend la tangente grâce aux études, puisqu’elle n’est pas « concernée par cette décision ». Le roman traverse cinquante années en dix tableaux, dix morceaux de temps choisis, en alternant l’entrée avec Claire ou avec Gilles. Dans Hors champ, Marie-Hélène Lafon raconte comment, dans une famille, chacun hérite d’une place dont il ne choisit ni le moment ni la forme.

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Fauves, Mélissa da Costa (Albin Michel)

©Albin Michel

Tony a 17 ans. Après avoir fui la violence de son père, il rejoint un cirque itinérant. Le texte installe une obsession: entrer dans l’arène, faire face aux bêtes, comme une manière d’affronter ses propres démons. Le maître des fauves s’appelle Chavo, et l’extrait mis en avant annonce une attraction pour le danger, assumée, presque revendiquée. Un roman qui suit une obsession adolescente jusqu’à ses confins les plus sombres. Fascinant.

Je le veux !

Une Pension en Italie, Philippe Besson (Julliard)

©Julliard

Milieu des années 1960, en Toscane. Une famille française séjourne dans une pension pendant l’été. Un événement survient, dont les conséquences se prolongeront pendant des décennies. Des années plus tard, un écrivain revient sur cet épisode pour tenter d’en reconstituer les faits et, surtout, pour mettre en lumière ce qui a été tu. Un récit captivant qui reprend un motif central du roman français, aka le secret de famille, pour en montrer les effets différés, plutôt que le choc de sa découverte

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Je Suis Romane Monnier, Delphine de Vigan (Gallimard)

©Gallimard

De Romane Monnier, il ne reste qu’un téléphone portable, des notes, des messages, des souvenirs, des enregistrements. Autant de traces confiées à un inconnu, un samedi soir dans un bar. Le roman part ainsi de cette question simple et persistante : mais qui est Romane, et qu’est-ce qu’on fabrique à partir de ce qu’elle laisse derrière. Un récit vibrant sur l’identité racontée par procuration.

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Femmes tout au bord, Clarisse Gorokhoff (Actes Sud)

©Actes Sud

Tout commence par une lettre et un amour perdu. Anouk est dévastée par une rupture; elle écrit à la mère de Paul, Faye, condamnée par la maladie et décidée à orchestrer sa fin. Entre elles, une correspondance se tisse. Quelques mois plus tard, Anouk quitte New York et part au Nouveau-Mexique, vers une maison au cœur du désert, traversée de silences, d’ombres et de secrets. Clarisse Gorokhoff construit son récit à partir d’échanges entre femmes, où les liens se nouent autour de la perte et de ce qui reste à dire.

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