Sujet tabou par excellence, parler d’argent s’accompagne de distance, de pudeur voire de silence. Et pourtant. Abordé et bien maîtrisé, le thème mérite que l’on s’y attarde pour prévenir des situations complexes. Quelques pistes de réflexion en amont du ELLE Summit, organisé par ELLE Luxembourg le 26 novembre prochain à la Banque de Luxembourg et soutenu par Porsche.
« Avant toute réflexion, il est primordial de devancer les interrogations et s’intéresser au sujet pour bâtir des fondations solides pour le futur » explique Stéphanie Baldinucci, Coordinatrice Private Banking à la Banque de Luxembourg. Quels sont les objectifs recherchés ? Garder le même niveau de vie ? Accroître son patrimoine ? Épargner pour ses enfants ou sa propre retraite ? Compte tenu de sa situation personnelle, quelles sont les préoccupations majeures ? Résolument des questions essentielles pour apprendre à mieux gérer son patrimoine. « Prendre conscience de son avenir financier, s’informer et se former sont les éléments clés pour gérer son patrimoine ». Savoir en parler pour mieux préparer l’avenir. Prendre en main son autonomie financière pour atteindre un bien-être économique durable. Encore faut-il passer outre le malaise lié aux discussions sur l’argent, souvent ressenti comme « sujet privé » par les plus âgées. Ou bien encore le sentiment de non-éligibilité par rapport au domaine de la finance.
Cette relation, souvent compliquée, que nous entretenons avec l’argent
Lorsqu’interviennent des changements de circonstances – séparation, familles recomposées, perte ou changement d’emploi, accidents de la vie, décès d’un proche – bon nombre de femmes se retrouvent déstabilisées, peu préparées à affronter ces nouvelles situations. Quand elles ne sont pas confrontées à des situations précaires. Les décisions, prises alors trop à la hâte, sont parfois insatisfaisantes. « Pour des raisons compréhensibles, les femmes établissent une distance par rapport à leur finance » selon le Dr Nannette Hechler-Fayd’herbe, Responsable stratégie d’investissement, durabilité et recherche, CIO EMEA, autrice du livre blanc Women Invest. Entre un temps compté, un partage des responsabilités centré sur la sphère familiale plutôt que sur les finances, et le sentiment de ne pas saisir entièrement les rouages financiers…
Selon Marina Andrieu – entrepreneure, administratrice indépendante et autrice du livre Féminisme financier – la relation complexe des femmes à l’argent repose sur plusieurs déséquilibres. La rémunération, la négociation à l’embauche, une demande d’augmentation salariale, une modification de rythme de travail : autant de facteurs qui creusent l’écart de salaire. Quant à la retraite ? Qui dit rémunération en décalage pendant la vie active, dit pension de retraite plus faible. Un constat prégnant au Luxembourg, où 31% des femmes travaillent à temps partiel contre uniquement 7% des hommes*. Ajouté au fait que les femmes vivent en moyenne six années de plus. « Par répercussion immédiate, les femmes épargnent moins en valeur absolue et surtout, elles investissent moins » souligne Marina Andrieu.
Moins enclines à parler argent et investissement avec leur entourage, à prendre des risques financiers, les femmes vont aller vers des placements plus sécurisés. Plus raisonnables sans doute, mais la peur d’entamer un capital reste un frein majeur. « Une perception exagérée du risque » souligne Marina Andrieu. « Entre vingt et trente ans, femmes et hommes ont la même approche par rapport à la prise de risque. Passé cette classe d’âge, les femmes ont un parcours moins linéaire par rapport à leur travail. De fait, elles changent de comportement » souligne le Dr Nannette Hechler-Fayd’herbe. Devenues plus conservatrices, soucieuses de préserver leur capital plutôt que de le faire croître, les femmes ont alors tendance à se tourner vers des actifs moins risqués. Serait-ce également une perception déformée, liée à un manque d’informations ?
Quand l’éducation financière devient un outil pour lisser les différences
Désacraliser le mot argent. Faire tomber les barrières. Renseigner. Éduquer. Procurer des outils pour mieux appréhender le sujet. « La nouvelle génération, qui travaille à 90%, a pris conscience de la précarité des allocations retraite. Pour pallier cette situation, les femmes sont en quête de sources de revenus complémentaires » appuie Stéphanie Baldinucci. « C’est pourquoi, nous avons un rôle essentiel dans l’éducation financière ». Se sentant parfois moins armées pour investir, les femmes ont une crainte quant aux investissements, spécialement sur des actifs risqués. L’enjeu ? Leur procurer des informations précises et mieux les soutenir et les accompagner pour réaliser leurs placements. « Certaines d’entre elles sont soucieuses d’aligner leur investissement avec leurs propres valeurs. Durabilité, inclusion, équité. Elles sont en quête de détails pointus sur leurs investissements » ajoute le Dr Nannette Hechler-Fayd’herbe. Pourtant, comme le souligne Marina Andrieu, les femmes ont à présent un réel pouvoir d’achat, disposent d’une épargne à placer et représentent les investisseuses de demain. C’est pourquoi prendre le temps de leur expliquer qu’investir constitue une véritable opportunité de participer à l’économie de la vie de demain est un enjeu crucial. « Et même un enjeu déterminant pour l’égalité femmes hommes » précise-t-elle. Des index, tel Equileap, permettent de sélectionner un panier d’actions répertoriant des entreprises cotées, particulièrement reconnues comme performantes dans le domaine de l’égalité de genre (taux de féminisation des fonctions managériales …). Doublement intéressant.
Quels conseils à celles qui hésitent à se lancer ?
Bonne nouvelle. Si la finance demeure encore un univers où le costume-cravate règne encore en maître, de plus en plus de femmes s’intéressent au sujet. Notamment sur les réseaux sociaux. « De nouvelles applications et des influenceuses abordent ces thèmes » souligne Marina Andrieu. Plan Cash, une application pour les femmes qui investissent et construisent leur indépendance financière. Ou Femca qui prodigue des formations en ligne pour gérer ses finances. « Pas la peine de gagner des mille et des cents et d’être bac +12 en finance pour construire un patrimoine solide. Il suffit d’une bonne dose de curiosité, d’un peu de discipline, et d’une véritable stratégie de long terme » précise avec humour et raison l’influenceuse Héloïse Bolle, sur son site Oseille et Compagnie. Les conseils ? « Anticiper car le facteur temps est essentiel. Plus on commence tôt, plus on construit des bases solides. Ensuite oser s’intéresser au sujet et s’informer. Enfin, trouver un partenaire de confiance » conseille Stéphanie Baldinucci. Un accompagnement de qualité, une oreille attentive et à l’écoute permet de réduire la crainte d’investir. Et sans aucun doute, la possibilité d’écrire soi-même son propre avenir.
*Sources : statec 2023
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